Presque trois semaines après le début des premières grèves dans les raffineries françaises, le mouvement semble se propager. "La question de la grève doit être débattue dans toutes les entreprises" car "la colère sociale qui s'exprime dans le pays est légitime", tance ce vendredi le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez dans le journal l'Humanité.
Depuis la première réquisition de quatre salariés grévistes au dépôt de la raffinerie d'ExxonMobil de Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime), mercredi 12 octobre, le ton est monté côté syndicats.
Face aux premières réquisitions de salariés demandées par le gouvernement, Philippe Martinez a vite réagi, jeudi matin, sur BFM-TV, estimant que le pouvoir en place "faisait une connerie". Soutenu par Force ouvrière, qui avait pourtant pris ses distances depuis plusieurs mois avec la CGT, l'intersyndical a appelé à la grève mardi 18 octobre, lors d'une journée d'action interprofessionnelle pour "l'augmentation des salaires et la défense du droit de grève" aux côtés également de la FSU, Solidaires et de quatre mouvements représentant la jeunesse (la FIDL, le MNL, l'UNEF, la Voix lycéenne). Cheminots, fonctionnaires, salariés dans les centrales nucléaires... Plusieurs secteurs se préparent à rejoindre le mouvement de mobilisation nationale.
L'énergie déjà sous tension
Outre la filière carburant, des points de crispations ont fait leur apparition dans le secteur de l'énergie. Depuis quelques semaines, des arrêts de travail, sur fond de revendications salariales et de prise en compte de l'inflation, perturbent l'activité de plusieurs centrales nucléaires à Tricastin (Drôme), Cruas (Ardèche), Bugey (Ain) et Cattenom (Moselle). Les grèves pourraient causer des retards dans les travaux préalables au redémarrage de certains réacteurs et, à la longue, compliquer la tâche d'EDF pour éviter les coupures de courant durant l'hiver.
Depuis jeudi, la centrale de Gravelines (Nord), la plus puissante d'Europe de l'Ouest, a rejoint le mouvement, sous l'impulsion de FO et de la CGT. Ils réclament une augmentation de 5% de leur salaire brut, alors qu'un accord de branche prévoyant une hausse de 3,6% est soumis à signature jusqu'à lundi. La Fédération CGT de l'énergie a appelé à élargir à toutes les entreprises du secteur la grève pour les salaires. Une mobilisation est déjà en cours dans les stockages de gaz d'Engie, a-t-elle assuré, promettant le suivi dans le suivi du mouvement national interprofessionnel mardi 18 octobre.
La SNCF et la RATP aux avant-postes
Le trafic des métros, bus, trains et tramways a aussi de fortes chances d'être perturbé mardi, la RATP appelant à rejoindre le mouvement. "Nous nous mobilisons pour des revalorisations salariales, sur la question de la réforme des retraites et pour défendre le droit de grève, remis en cause par les décisions gouvernementales" de réquisitions du personnel dans des raffineries, a affirmé sur franceinfo Vincent Gautheron, secrétaire général de la CGT RATP, le syndicat majoritaire.
A la SNCF, des salariés du technicentre du Landy, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ont voté une grève reconductible à compter de lundi, d'après le syndicaliste Sud-Rail Paris Nord Anasse Kazib. "Les cheminots sont prêts à frapper avec les raffineurs", twittait-il jeudi. De son côté, la CGT-Cheminots, premier syndicat représentatif à la SNCF, appelle également à une journée de grève mardi, pour demander des hausses de salaires et protester contre les réquisitions dans le secteur de l'énergie. "Nous demandons aux syndicats d'organiser des assemblées générales de site le 18 octobre et nous ne nous interdisons aucun scénario pour la conduite de l'action", a précisé jeudi à l'AFP le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun.
La fonction publique également présente
Des préavis ont aussi été déposés pour la fonction publique de l'Etat, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière. Le premier syndicat de la fonction publique, l'UFSE-CGT, a en effet appelé à la grève mardi. Il souhaite "construire avec les personnels la participation la plus large possible à la journée interprofessionnelle de grève et de manifestation (...) pour la défense du droit de grève, l'augmentation des salaires et nos droits à la retraite". Dans un communiqué séparé, la Fédération des services publics a appelé à la grève "pour soutenir les actions décidées par les grévistes dans les raffineries, pour réaffirmer nos revendications salariales (10% d'augmentation du point d'indice tout de suite), notre rejet de la réforme des retraites voulue par Macron et notre attachement au droit de grève et aux libertés syndicales".
Si le point d'indice des fonctionnaires (+3,5 % le 1er juillet), les retraites (+4 % pour le régime de base en septembre) et le smic ont été revalorisés pour tenir compte de l'inflation, la hausse des prix (+5,6 % en septembre, selon l'Insee) continue de grignoter le pouvoir d'achat des Français. Les dispositifs de boucliers tarifaires sur le gaz ou l'électricité ainsi que la prime Macron dont bénéficient certains salariés ne suffisent pas à atténuer les inquiétudes.
Une marche "contre l'inaction gouvernementale" et "contre la vie chère et l'inaction climatique" est ainsi organisée dimanche 16 octobre à l'initiative de la Nupes (Europe Écologie - Les Verts, La France insoumise, le Parti communiste français, le Parti socialiste). "Ce qui permet de produire ces avancées sociales, ce sont ces mobilisations, expliquait Clémentine Autain, députée La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis, jeudi, sur France 2, en évoquant l'année 1936 et les accords de Grenelle après Mai-1968. Bien sûr que l'heure du bras de fer est venue."
