C'est une décision qui suscite des questionnements chez certains spécialistes et dans le monde associatif. Le délai entre les deux doses de la vaccination contre la variole du singe, jusqu'alors de 28 jours, a été allongé pour les personnes non immunodéprimées, a indiqué jeudi 4 août le ministère de la Santé. Le ministère a en effet déclaré à l'AFP avoir "recommandé aux sites de vaccination, conformément à l'avis de la Haute autorité de santé (HAS) du 7 juillet, d'allonger l'espacement entre la première et la deuxième dose pour les personnes non immunodéprimées". Aucune précision n'a toutefois été donnée sur le délai maximal autorisé par les autorités afin d'obtenir une protection complète contre la maladie.
Deux doses de vaccin sont préconisées pour la plupart des personnes éligibles. Pour les vaccinés contre la variole dans le passé, une dose suffit. Pour les immunodéprimés, une troisième est recommandée. Jusqu'à présent, quelque 18 500 personnes ont reçu une première dose de vaccin en France.
Des témoignages ont fait état ces derniers jours d'annulations de rendez-vous pour une deuxième dose du vaccin contre le Monkeypox. "De nombreuses personnes ont vu leur rendez-vous pour leur seconde dose annulé, sans aucune explication. Ce n'est pas acceptable et les rendez-vous doivent être honorés", a ainsi déploré sur Twitter l'association AIDES.
Le ministère de la Santé a pour sa part souligné que "les rendez-vous de seconde dose déjà programmés ne doivent pas être annulés" et que "les patients dont la deuxième dose serait évaluée comme prioritaire par un médecin pour des raisons de santé, de traitement ou d'exposition, bénéficieront d'un rendez-vous". En revanche, "les rendez-vous de seconde dose non programmés pourront être programmés plus tard".
"Aucune tension d'approvisionnement en vaccins"
Pourquoi les autorités ont-elles décidé d'allonger l'espacement entre les deux doses ? L'objectif est de vacciner avec au moins une dose le plus de monde possible dans la population éligible : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), les personnes trans ayant des partenaires sexuels multiples, les travailleurs du sexe et les professionnels de santé. Cet allongement a été motivé "en raison d'une forte progression de la vaccination sur le territoire national depuis le lancement de la campagne de vaccination préventive le 11 juillet dernier, afin de garantir au plus grand nombre de personnes à risque l'accès à la vaccination dans les délais les plus brefs sur cette période estivale et assurer ainsi une meilleure protection collective", a écrit le ministère de la Santé.
La HAS avait recommandé, dans son avis émis le 7 juillet, un schéma vaccinal "de deux doses, espacées de 28 jours" mais indiqué "qu'un espacement des doses de plusieurs semaines pourra être envisagé en cas de tension d'approvisionnement des vaccins". A la question de savoir si l'allongement du délai était lié à une telle tension, le ministère a réaffirmé à l'AFP qu'"il n'y a aucune tension d'approvisionnement en vaccins".
Le ministre de la Santé François Braun a répété mercredi 3 août, lors de sa première visite dans un centre de vaccination contre la variole du singe, que la France avait "de quoi vacciner la population cible (...) à savoir 250 000 personnes". Après avoir rappelé le déstockage de 42 000 doses, il a assuré que le gouvernement est "en capacité d'augmenter les vaccinations en fonction des besoins". Face aux critiques sur la lenteur de la vaccination, François Braun avait assuré fin juillet que la France n'avait "pas pris de retard" et affirmé que le stock de vaccins anti-variole était "très conséquent". Il avait toutefois refusé d'en préciser l'ampleur, plaidant le "secret-défense" car la variole peut servir d'arme biologique.
Des vaccins initialement périmés sont utilisés
Pour l'heure, on ignore la protection exacte conférée par une seule dose de vaccin. Comme le rappelle Le Monde, les études dont on dispose, et notamment un essai de phase 2 mené entre 2017 et 2019 auprès de 1600 volontaires en République démocratique du Congo, montrent un pic de production d'anticorps neutralisants deux semaines après la deuxième dose. Une étude menée sur des macaques en 2008 suggère quant à elle qu'une seule dose protège contre les formes graves de la maladie, mais pas contre l'infection.
Pour Jean-Daniel Lelièvre, spécialiste du vaccin Modified Ankara Vaccine (MVA), "si la maladie s'étend peu hors de la communauté des HSH, une vaccination à une dose peut être pertinente, car elle offre une protection individuelle. Mais le risque, en procédant ainsi, est de ne pas bloquer la chaîne de transmission et de permettre l'infection d'autres personnes ; on n'atteint pas ainsi l'objectif de protection collective", prévient auprès du Monde le chef du service d'immunologie clinique et maladies infectieuses de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil (AP-HP). "Quelle que soit l'efficacité du vaccin après une ou deux doses, celle-ci ne sera jamais de 100%", a de son côté averti jeudi le ministère de la Santé, insistant sur la prévention en parallèle.
Par ailleurs, comme l'évoque Le Parisien, qui a consulté un document transmis par Santé publique France aux pharmaciens hospitaliers, des vaccins initialement périmés sont utilisés afin d'éviter de se retrouver en rupture de stock. Ainsi, alors qu'un lot de vaccins Imvanex, du laboratoire Bavarian Nordic, périmait initialement au 31 mars 2017, sa date limite de péremption a été retardée au 31 mars 2024 à la suite de "contrôles réalisés par l'Agence nationale de sécurité de médicament". La Direction générale de la santé assure que "l'activité du vaccin n'a pas varié entre 2018 et 2022".
