Jour J pour Cedric O. En gestation depuis plusieurs semaines, le projet d'application stopcovid débarque ce mercredi au Parlement. Députés et sénateurs débattront à partir de 15 heures de cette application, censée permettre à ses utilisateurs de savoir s'ils ont été à proximité d'une personne infectée par le coronavirus. S'ensuivra un vote, en application de l'article 50-1 de la Constitution.
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L'accouchement fut difficile. Le débat "relatif aux innovations numériques dans la lutte contre l'épidémie de Covid-19", initialement prévu le 28 avril, avait été reporté en raison de la présentation du plan de confinement. Le sujet a fracturé la majorité, certains "marcheurs" redoutant une atteinte à la vie privée. Le temps a fait son oeuvre.
"Il y a moins de tensions dans le groupe sur le sujet qu'il y a quelques semaines", glisse un cadre de la majorité. "C'est un sujet qu'on a peu abordé entre nous ces derniers jours", ajoute une députée LREM. Plusieurs contempteurs du projet, comme Guillaume Chiche ou Paula Forteza, ont en outre quitté la majorité pour fonder un neuvième groupe parlementaire. "Le débat n'était pas mûr il y a un mois, analyse la présidente de Commission des lois Yaël Braun-Pivet. Le gouvernement a expliqué sa stratégie et levé les doutes. Au bout du processus de réflexion, nous ne sommes plus sur du ressenti mais sur des avis raisonnés et construits. Au départ, nous étions sur de l'intuitif et du sentiment. Tout cela s'est dégonflé."
Un vote décisif... mais sans grand suspense
De son côté, Cedric O n'a pas ménagé sa peine. Cnil, commission des lois, groupes parlementaires... Le secrétaire d'Etat au Numérique a multiplié les auditions pour rassurer sur la viabilité de son application. "Il a fait un travail de pédagogie pour expliquer qu'il ne s'agissait ni de tracking ni de géolocalisation, glisse à L'Express son entourage. Il n'a jamais balayé le débat. Avant la date initialement prévue pour le premier vote, il a fait plus de 20 heures d'auditions et de réunions de groupe." Anonymat, volontariat et protection des donnés personnels : les arguments ont été répétés à l'envi. En guise de transparence, le code source de l'application a commencé à être publié. Le ministre est formel : l'application est prête. La Cnil a donné son feu vert à sa mise en place. "Sous réserve du vote au Parlement, l'application pourrait être disponible dans les magasins d'application d'Apple et d'Android ce week-end", déclare-t-il dans Le Figaro.
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Cette étape est décisive. "Si le Parlement devait s'opposer au déploiement de StopCovid, l'application ne serait pas déployée", assure Cédric O. Son entourage rappelle toutefois que le vote de l'Assemblée nationale sera décisif. Le plan de déconfinement était ainsi entré en vigueur, malgré l'opposition du Sénat, à majorité de droite. L'issue du scrutin à l'Assemblée ne fait guère de doute, tant la majorité LREM-Modem est écrasante. Dans la majorité, on s'attend à quelques abstentions ou votes négatifs. Mardi, le secrétaire au numérique est intervenu devant le groupe LREM lors d'une visioconférence.
Convaincre les Français
Si cette bataille politique touche a sa fin, le plus dur commence pour l'exécutif. Le gouvernement devra convaincre les Français de télécharger massivement l'application, alors que des doutes existent sur son utilité. Ces interrogations portent d'abord sur la capacité de la technologie Bluetooth à mesurer la distance entre deux smartphones. En réponse à ses craintes, Cédric O a mis en avant mardi devant la Commission des lois de l'Assemblée les tests réalisés depuis 10 ou 15 jours. "L'application fonctionne quel que soit le système d'exploitation, Android ou IOS", a-t-il insisté. Selon FranceInfo, StopCovid détecte près de 80% des personnes qui restent autour de son utilisateur dans un rayon d'un mètre et pendant plus de quinze minutes.
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Autre défi : la fracture numérique. Près de 25 % des Français n'ont pas de smartphone. Surtout, seuls 44 % des plus de 70 ans - population à risque - en sont équipés. A cela s'ajoute le problème des "zones blanches", ces territoires où on ne capte pas ou mal. Pas inhibé par ces chiffres, Cédric O assure cibler en priorité les "urbains actifs qui prennent le métro aux heures de pointe". "A partir de 10% de personnes qui l'utilisent dans un bassin de vie, elle a une efficacité systémique pour diminuer la diffusion de l'épidémie", affirme-t-il au Figaro.
Reste à convaincre les Français de télécharger l'application. "La bataille de l'opinion publique doit être gagnée si on veut que cette application fonctionne, résume Yaël Braun-Pivet. Ce processus très transparent permet à l'opinion publique d'avoir des réponses précise et complètes. Quand il y a de la transparence, il peut y avoir de la confiance. Et elle est indispensable pour que les gens téléchargent et utilisent l'application." Pour réussir ce pari, une campagne de communication sera lancée la semaine prochaine. "Elle sera ciblée sur les milieux urbains denses, glisse l'entourage de Cédric O. On réfléchit à se positionner sur l'achat d'espaces, même s'il faut rester sobre budgétairement. On va s'appuyer sur les collectivités locales, les mairies et les présidents d'intercommunalité. Nous allons également échanger avec la RATP, la SNCF et d'autres entreprises." Après la lutte politique, place à la guerre de la communication.
