C'était en mai 2019. Il y a seulement neuf mois. Autant dire une éternité à l'échelle du temps politique. Ségolène Royal louait alors les propositions écologiques de la liste LREM aux élections européennes. Si l'ex-candidate à la présidentielle n'a pas apporté son soutien à la liste, elle affichait à ce moment-là sa bienveillance. Mais, depuis quelques mois, l'ex-ministre de l'Environnement tire à boulets rouges sur Emmanuel Macron, comme jeudi soir sur BFMTV, où elle a dénoncé à plusieurs reprises "les dérapages" de la politique du chef de l'Etat.
Ses critiques contre l'exécutif lui ont coûté son poste d'ambassadrice des Pôles. Si elle a annoncé jeudi soir sur BFMTV qu'elle avait déjà quitté sa fonction, elle devrait être officiellement limogée lors du Conseil des ministres du vendredi 24 janvier. Totalement affranchie de son devoir de réserve, Ségolène Royal devrait encore davantage user de sa liberté. Dès la campagne des élections municipales.
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Samedi 11 janvier, l'ancienne candidate à la présidentielle s'est rendue à Toulouse pour apporter son soutien à la candidate de gauche Nadia Pellefigue. La première étape d'un tour de France de trois mois où Royal entend décerner des "labels verts" aux candidats dont le bilan ou le projet respecte les engagements de la COP21, relate Le Figaro.
L'occasion, aussi, de prendre le pouls et de garder un lien direct avec les Français, comme elle l'apprécie. "J'adore faire campagne. C'est aussi pour ça qu'on fait ce métier", confie-t-elle. L'ex-ministre de l'Environnement sera ce vendredi à Ris-Orangis, dans l'Essonne, comme le précise Le Parisien, avant de se rendre à Marseille le jeudi 23 janvier pour apporter son soutien à la candidate divers gauche Samia Ghali.
"Les Français ont encore besoin d'elle"
Un signe ne trompe pas sur ses ambitions politiques : c'est Royal en personne qui a sollicité la sénatrice des Bouches-du-Rhône (ex-PS) pour participer à ce déplacement. Au menu, notamment, la visite de la décharge de Septèmes-les-Vallons, au nord de la ville, et une réunion au local de campagne de la liste "Marseille avant tout", conduite par Ghali. "Elle a un vrai savoir-faire en matière environnemental. Elle a été une très bonne ministre de l'Environnement, à l'écoute", estime la candidate à Marseille contactée par l'Express.
"Elle est restée moderne. Elle a aussi montré qu'elle avait du courage, elle n'a rien lâché", se félicite Ghali. "Elle a une force de caractère hors norme. Elle fait partie de ces derniers animaux de la politique qui continuent à combattre même quand ils ont un genou à terre", loue également à l'Express Christophe Madrolle, le cofondateur de l'UDE (Union des démocrates et des écologistes), lui aussi candidat aux municipales à Marseille.
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Selon Ghali, "les Français ont encore besoin d'elle". Royal n'est pas loin de dire la même chose: "Je regarde ce qu'il se passe. Ma parole politique pèse, j'assume cette responsabilité. La France mérite mieux que ce qu'elle vit aujourd'hui", a confié récemment l'intéressée au Parisien.
Elle ne s'interdit pas une candidature à la présidentielle
L'ex-responsable socialiste, pressentie pour conduire une liste lors des dernières élections européennes avant de renoncer, ne ferme pas la porte à une candidature à l'élection présidentielle, comme elle l'a évoqué à plusieurs reprises, sur France 2 le 11 novembre 2018 puis sur Radio-Canada le 24 août 2019.
"L'élection présidentielle n'est pas une aventure individuelle", a-t-elle prévenu jeudi soir sur BFMTV. "Le face-à-face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen est un problème. Je contribuerai à ce que cette troisième voie se dessine. Est-ce que c'est moi qui l'incarnerai ? Je ne sais pas", a expliqué Royal. Avant de poursuivre: "Je soutiendrai celui ou celle qui sera le mieux placé. Si c'est moi qui, à ce moment-là, suis la mieux placée, je serai prête". "C'est la dernière présidentielle qu'elle peut jouer. Elle a un regret : elle estime qu'elle aurait dû être présidente de la République (en 2012) à la place de François Hollande. Elle a une revanche personnelle à prendre sur l'histoire", veut croire un élu qui la connaît, contacté par l'Express.
Si Royal décidait de se présenter en 2022, ce ne sera pas toutefois pas "sous le chapeau socialiste". Comme le souligne régulièrement le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, l'ancienne députée socialiste n'a plus sa carte au Parti socialiste. Au sein du PS, elle ne compte de toute façon plus qu'une poignée de soutiens chez les cadres, comme les députés Guillaume Garot et Luc Carvounas.
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Faure ne fait pas partie de ceux-là. Pour le député PS, Royal "a été la femme de grandes intuitions, sur la démocratie participative, sur l'environnement, qu'elle a portées avec force et courage". Une femme du passé, seulement ? Elle est "potentiellement une femme qui peut encore apporter quelque chose à la vie politique", a poursuivi le patron du PS jeudi sur LCI. Selon lui, la question d'une candidature à la présidentielle est "prématurée".
"Son désir est grand mais son avenir est rétréci"
A gauche, certains ne croient pas du tout aux chances de l'ancienne responsable de l'association Désirs d'avenir. "Son désir est grand mais son avenir est rétréci", ironise une figure du PS à l'Express. "Elle n'est plus la femme politique qui vient bousculer les appareils politiques, les habitudes et les personnalités de la gauche", critique ce responsable.
Pour Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop joint par l'Express, Ségolène Royal est toutefois une personnalité politique qui "compte toujours dans le paysage politique et qui compte fortement à gauche, où elle a un socle assez intéressant". En octobre dernier, une enquête Ifop pour le Journal du dimanche sur la "capacité de différentes personnalités à incarner la gauche" plaçait Ségolène Royal en tête avec 43 %, devant Benoît Hamon. "Elle peut apparaître pour beaucoup de sympathisants de gauche comme un point d'équilibre entre la social-démocratie et l'écologie", estime Dabi.
Reste un obstacle de taille : l'enquête préliminaire ouverte par le PNF en novembre 2019 sur l'usage fait des moyens mis à sa disposition dans le cadre de sa fonction d'ambassadrice des Pôles. "Ce n'est pas l'enquête du PNF qui va changer quelque chose à sa détermination", relativise un soutien de l'ex-ministre. "Macron s'est fait une ennemie de plus. C'est une personnalité qui sera à l'avenir davantage présente dans le paysage politique par sa capacité de nuisance que par sa capacité de rebond", juge un responsable de gauche. Le match entre Macron et Royal ne fait que commencer.
