Jean-Marie Le Pen aura encore réussi un petit tour de force: transformer sa contre-soirée en démonstration de popularité. Et ce au grand dam de sa fille, l'actuelle dirigeante du Front national Marine Le Pen.
Ce dimanche, place des Pyramides, quelque 350 personnes se sont rassemblées devant la statue de Jeanne d'Arc pour écouter l'ancien président d'honneur du Front national, exclu l'an dernier du parti et depuis en conflit ouvert avec sa fille. Un chiffre en deçà des attentes du "Menhir": "S'il y a 200 personnes, on verra que j'ai encore 200 copains. Si c'est 1000 ou 2000, ça deviendra un fait politique", expliquait-il en fin de semaine dernière.
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Des cadres du parti présents... et bientôt sanctionnés?
En deçà, certes. Mais les "amis de Jean-Marie Le Pen" étaient tout de même suffisamment nombreux pour que le rendez-vous ne tourne pas au ridicule. Dans la foule éclectique qui composait le rassemblement, on pouvait apercevoir des jeunes royalistes de l'Action française, des hommes au crâne rasé et portant une veste Lonsdale ou encore un homme arborant une pancarte "[Alain] Soral a raison". Un polémiste d'extrême droite, antisémite, homophobe et misogyne, dont l'image est très éloignée de la stratégie de "dédiabolisation" du parti voulue et orchestrée par Marine Le Pen.
Mais surtout, Jean-Marie Le Pen a réussi à faire venir deux de ses très proches, Bruno Gollnisch et Marie-Christine Arnautu, deux eurodéputés et cadres du Front national. Une visite qui risque de leur coûter leur poste puisque, vendredi, la présidente du FN avait mis en garde les cadres du parti tentés par une escapade dans le 1er arrondissement de Paris. "Les responsables qui se rendraient place des Pyramides encourraient des sanctions importantes" expliquait à L'Express Wallerand de Saint-Just, membre du bureau exécutif du parti.
Des menaces qui n'ont absolument pas effrayé les principaux concernés. Marie-Christine Arnautu explique que sa venue constitue un soutien "personnel" et rien de plus. Quant à Bruno Gollnisch, il assure n'avoir peur de rien, pas même des sanctions qui pourraient être envisagées lundi, lors d'un bureau politique. "Je n'ai peur que d'une chose: c'est que le ciel me tombe sur la tête", assure-t-il, sourire aux lèvres, après le discours du "Menhir".
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Enfin, Jean-Marie Le Pen pourra se satisfaire d'avoir rassemblé sous la statue de Jeanne d'Arc, place des Pyramides, plus de participants qu'au rassemblement organisé par sa fille qui a déposé une gerbe, elle, dans le 8e arrondissement de la capitale. Une petite victoire pour montrer qu'il est toujours là.
"Journalistes, collabo !"
Si le rendez-vous dominical a été moins agité que l'an dernier - Jean-Marie Le Pen s'était imposé sur scène, les Femen avaient débarqué et Bruno Gollnisch s'en était pris à une équipe du Petit journal de Canal+ - l'après discours de Jean-Marie Le Pen aura été émaillé de quelques incidents.
Les journalistes, en règle générale, ont été plusieurs fois hués par la foule sous les cris de "journalistes, collabo" comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous. Par ailleurs, l'équipe de Cyrille Eldin, reporter à Canal+, a été violemment évincée de la place des Pyramides par plusieurs participants sous une pluie d'insultes, comme le raconte le principal intéressé au Huffington Post.
A un an de la présidentielle - rendez-vous auquel Jean-Marie Le Pen a prédit la défaite de sa fille - le "menhir" a pris plaisir a faire entendre sa petite musique. Et a appelé une nouvelle fois sa fille à l'unité, "condition sine qua non du succès" en 2017.
L'immigration, pilier de son discours
Pendant plus d'une demie-heure, Jean-Marie Le Pen a tenu un discours musclé et offensif, avec comme thème principal l'immigration. Il a notamment dénoncé "la substitution, la submersion, le remplacement de nos populations par des populations étrangères". Une définition de la théorie du "grand remplacement", élaborée par le sulfureux écrivain Renaud Camus, et à laquelle Marine Le Pen n'adhère pas.
Il s'en est ensuite pris à Angela Merkel et a sa politique migratoire, assurant qu'elle était "liée par un pacte avec le Turc Erdogan [le Premier ministre, NDLR]". Il a ensuite fustigé la volonté de la Turquie d'entrer dans l'Union Europe, estimant que si cela devait arriver, la France devrait sortir de l'UE.
Dans son discours, Jean-Marie Le Pen n'a pas manqué d'adresser quelques piques à sa fille. Il a ainsi déploré l'abandon du défilé du 1er Mai - une tradition vieille de 25 ans qui avait été entachée d'incidents l'an dernier et remplacé par un banquet - mais aussi l'éviction du parti qu'il a fondé, osant même une comparaison avec la décapitation du roi Louis XVI par les révolutionnaires de 1793.