"Tout ça pour ça..." Voilà, peu ou prou, ce qu'on a pu entendre dans les foyers des toqués de politique dimanche 26 juillet, lorsque le communiqué de l'Élysée déclinant les nouveaux secrétaires d'État est arrivé. Vingt jours d'attente clôturés par la nomination de onze secrétaires d'Etat donc, et, parmi eux, seulement six nouvelles têtes. Pas de trace du Républicain Guillaume Larrivé, malgré ses efforts répétés pour en être. Pas davantage d'audace. Notons, par exemple, l'absence de poste dédié à la condition animale. Le hasard ne pouvant être une explication à ce niveau de décision stratégique, que nous dit alors la constitution de cette équipe pléthorique ? Et bien, qu'après avoir donné encore un peu plus de gages à son socle de centre droit, musclé la dimension politique de son gouvernement, le temps est venu pour le président de saisir sa lance à incendie pour éteindre quelques départs de feux au sein de sa majorité. Rétablir, en macronie élargie, la paix des ménages à moindres frais.
Tout d'abord dans son propre groupe à l'Assemblée, de plus en plus fracturé à mesure que les mois ont défilé et en manque de reconnaissance après trois années de loyauté. "Il doit envoyer des signaux au Parlement, faire confiance au groupe, c'est important et surtout c'est attendu. Le sujet est devenu sensible", confiait l'un des cadres de la République en Marche au Palais Bourbon quelques heures avant le remaniement. Voilà qui est fait. Emmanuel Macron a premièrement reconduit la plupart des secrétaires d'État originaires du groupe (Cédric O, Laurent Pietraszewski, Adrien Taquet) et a donc été de nouveau piocher dans son vivier de parlementaires avec les nominations des députés Bérangère Abba à la Biodiversité, Joël Giraud à la Ruralité et Olivia Grégoire à l'Économie sociale, solidaire et responsable. "Il a nommé des secrétaires d'État avant tout spécialistes, reconnus dans leur domaine. Le président de la République cherche de la compétence pour les deux années qui viennent qui vont être dures", affirme le député Sylvain Maillard.
LIRE AUSSI >> Secrétaires d'État : les espoirs déçus des LR tentés par l'union nationale
"Cela va créer beaucoup de déceptions"
Cela sera-t-il pour autant suffisant pour ré-instaurer un peu de calme et de sérénité dans les rangs LREM ? À écouter plusieurs élus, rien n'est moins certain. Les deux semaines de battement durant lesquelles beaucoup d'ambitions se sont dévoilées, beaucoup de CV ont été envoyés, ont peut-être engendré leur lot de frustrations chez les marcheurs non-récompensés. "Les difficultés de la majorité existaient avant et existeront après ce remaniement", assure l'un d'eux. "Il y a eu tellement, tellement d'attente que cela va créer beaucoup de déceptions chez nous, balaie une autre, issue de la droite. Au-delà des individualités, qui auraient pu être plus consensuelles, ce que je vois sur les boucles Telegram c'est que pour les parlementaires le compte n'y est pas sur le volet "On va faire différemment", puisque le premier tour a surtout été un jeu de chaises musicales. Il n'est pas certain que les relations s'améliorent entre les parlementaires et l'exécutif." Le successeur de Gilles Le Gendre à la présidence du groupe n'aura donc pas moins de difficultés à tenir cette troupe pléthorique que d'aucuns, en son sein, décrivent comme "définitivement ingérable".
LIRE AUSSI >> Remaniement : quand Bayrou a menacé de tout envoyer valser
Et puis, c'est une tradition durant ce quinquennat, il s'agit aussi de cajoler François Bayrou et de contenir son pouvoir de nuisance. Le patron du Modem avait menacé de retirer ses troupes lors de la composition de l'équipe Castex le lundi 6 juillet, furieux du peu de considération apportée à ses trois ministres qu'il voulait voir prendre du galon. Il peut désormais s'estimer heureux, avec l'entrée de Sarah El Haïry et Nathalie Elimas à l'Éducation dans le giron de Jean-Michel Blanquer. "C'est un mélange, note un parlementaire, il s'agit en même temps de trouver un équilibre politique, mais aussi ceux qui peuvent être au bon endroit." Au départ de cette course des 600 derniers jours avant la fin de son mandat, Emmanuel Macron semble l'avoir compris : aller de l'avant, c'est aussi assurer ses arrières.
