Au lendemain du 1er tour, il n'a pas fallu longtemps pour que les esprits s'échauffent. Alors que l'abstention avait marqué un niveau record, de nombreux problèmes avaient été pointés du doigt lors de l'acheminement de matériel électoral - bulletins de vote et professions de foi. Critiqué de toute part, le prestataire Adrexo avait subi des remontrances du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, promettant, lundi 22 juin, de renforcer leurs dispositifs. Pour le second tour, La Poste a donc décidé de reprendre la distribution des cinq millions de plis, comme c'était le cas habituellement. Pour mener à bien cette mission, des cadres de l'entreprise ont été réquisitionnés.

"Six millions de plis en 48 heures, des plis qui nous sont arrivés très tardivement, qui ont bouleversé un petit peu notre processus de production, il a fallu qu'on s'adapte", confie Emmanuel Batou, cadre supérieur à la Poste, au micro de Franceinfo. Malgré les efforts développés par La Poste, de nouveaux couacs n'ont pu être évités pour le second tour ce dimanche. En Alsace, la liste du rassemblement des écologistes et de la gauche "Il est temps" n'a pas pu voir son matériel électoral distribué à cause de délais trop courts. Selon le directeur de campagne du mouvement, Julien Sage, "le rythme imposé pour rendre le matériel électoral pour le second tour était intenable" dit-il à nos confrères de France 3.

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Dans le Grand Est, de nombreuses personnes se plaignent de ne pas avoir reçu les documents ou d'avoir reçu ceux de la région voisine, informe le compte Twitter Bison Teint - repris par France Bleu. Un internaute habitant Besançon, en région Bourgogne Franche-Comté dit pour sa part avoir reçu les professions de foi de la Région Grand Est dans son enveloppe. En Normandie, ce sont 20 000 enveloppes de propagande électorale retrouvées à la poubelle dans la ville de Sartilly, dans la Manche. Au micro de France 3, le maire de la commune, Gaëtan Lambert, a appelé à plus de rigueur : "Nous sommes déçus de voir que nos services publics régressent et que ces opérations très importantes pour la vie démocratique ne sont pas réalisées correctement".

"La situation est pire qu'au premier tour"

En Ile-de-France, une semaine n'aura pas suffi pour régler les dysfonctionnements dénoncés au premier tour. Samedi 26 juin, le Parisien révèle que de nombreuses personnes rapportent des problèmes. Dans la sphère politique, les signes d'agacement se multiplient et la colère gronde. "22 h passé et aucune trace des professions de foi pour le 2e tour (...) J'ai l'impression que la situation est pire qu'au 1er tour. Nous devons en titrer toutes les conséquences pour le bien de notre démocratie", s'indigne sur Twitter Damien Adam, député LREM en Seine-Maritime.

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Principaux concernés, les candidats au scrutin tapent du poing sur la table. "Dans cette ambiance crépusculaire, entre start-up nation défaillante et désinvolture gouvernementale hallucinante, il faut se résoudre à se faire démocratie soi-même", a déclaré Najat Vallaud-Belkacem, candidate aux Régionales Auvergne Rhône-Alpes. L'ancienne ministre de l'Education publie un message adressé aux électeurs pour leur rappeler qu'"il y a bien un second tour", malgré "l'absence de profession de foi dans leurs boîtes aux lettres". Du côté du Rassemblement national, le candidat en Bourgogne Franche-Comté, Julien Odoul, rassure les habitants déclarant que "les quatre bulletins pour les régionales sont présents dans tous les bureaux de vote."

Chez les Républicains, la tête de liste aux élections régionales en Nouvelle-Aquitaine, Nicolas Florian, a dénoncé samedi la "faillite de l'Etat" dans l'organisation de la distribution de la propagande électorale en vue du second tour dimanche. "Ce samedi, des carences importantes dans l'acheminement de la propagande officielle et du matériel de vote demeurent", a-t-il assuré dans un communiqué. Loin de constater une amélioration par rapport au premier tour, certains élus estiment que la situation s'est aggravée. "C'est pire qu'au premier tour", fustige le maire de Remiremont dans les colonnes de Vosges Matin. Jean-Benoît Tisserand (DVD) a affirmé que des rues entières n'avaient pas reçu les professions de foi des candidats.

"Les élections sabotées par indigence du pouvoir"

A gauche aussi, les critiques pleuvent. Le président du Parti radical, Guillaume Lacroix en profite pour taper sur l'exécutif : "Les élections sont sabotées par indigence du pouvoir", accuse-t-il sur Twitter. Par ailleurs, le président du Groupe Socialiste, Écologiste et Républicain au Sénat, Patrick Kanner a interpellé le ministère de l'Intérieur ce samedi : "De nombreux témoignages confirment que sont constatées de nouvelles difficultés dans la distribution des professions de foi. Je repose à Mr Darmanin la même question que lors de son audition au Sénat :quelle est votre responsabilité dans ce fiasco ? Aurais-je enfin une réponse ? PK"