A peine les élections départementales et régionales terminées que la bataille pour la présidentielle se dessine déjà. Des enseignements peuvent-ils être dressés en vue de cette échéance ? Non, diront certains politologues, marqués par l'abstention massive, à 66% des inscrits. Il est cependant tentant pour certaines formations politiques, dont le moribond PS, de ne pas y voir une forme d'espoir, tant ses présidents de régions sortants ont réussi à se maintenir à la tête de leur collectivité. Une poignée d'entre eux, plutôt facilement même, à l'image de Carole Delga.
La présidente socialiste sortante a été largement réélue dimanche grâce à une alliance PS-PRG-PC et figure parmi les têtes de liste les mieux élues de France, avec plus de 57% des suffrages, selon des résultats officiels, contre 24% pour son principal adversaire Jean-Paul Garraud (RN). Si le PS est (toujours) à la peine au plan national, il est tout-puissant dans la région Occitanie, où 7 des 13 départements sont à gauche depuis 1945 (12 à gauche au total). Surtout, contrairement à d'autres régions où le PS l'a emporté après avoir noué des accords avec EELV, Carole Delga ne s'est pour sa part pas associée au second tour avec la liste de l'écologiste Antoine Maurice, qui, avec 8,84% au premier tour, ne pouvait pas reconduire sa liste au second tour.
De quoi inciter Carole Delga à rêver d'une candidature à la présidentielle ? "On n'en est vraiment pas là", a tempéré l'élue âgée de 49 ans, auprès d'Actu Toulouse. Tout en louant "la gauche du réel", dont "il sera bon que le national s'inspire, oui." Un premier message adressé au premier secrétaire du PS, Olivier Faure ?
Dans un entretien au Figaro publié ce jeudi, la présidente socialiste de l'Occitanie a réaffirmé son engagement auprès d'Anne Hidalgo en vue de la présidentielle, tout en jugeant que "l'heure n'est pas encore à la candidature" à gauche. Interrogée sur ses propres ambitions, elle dit en avoir "beaucoup pour le pays", mais "pas d'ambition personnelle". "Aujourd'hui, mon avenir, c'est l'Occitanie". Elle glisse toutefois n'avoir "jamais rêvé d'être maire, députée, ministre ou présidente de région" et se dit "reconnaissante au destin". "Je suis d'origine paysanne et on m'a toujours dit de me méfier de ces mots : 'Fontaine, je ne boirai pas de ton eau.'"
Faire-valoir du PS, ou véritable recours ?
La présidente de région n'a occupé qu'une seule fonction politique dans un gouvernement, comme secrétaire d'Etat du Commerce, de l'Artisanat et de la Consommation entre le 3 juin 2014 et le 17 juin 2015 dans l'équipe de Manuel Valls.
Le très bon score enregistré dimanche 27 juin par Carole Delga s'inscrit dans le contexte de la bataille pour le leadership à gauche entre les écologistes et les socialistes. Fort des résultats enregistrés par son parti, Olivier Faure a affirmé, lundi, qu'il existait un "plafond de verre, ou même un plafond vert", quand le PS et les écologistes se rassemblent, et que "les socialistes sont plus crédibles pour conduire ces rassemblements".
"Aujourd'hui ils n'ont pas atteint la crédibilité qui est nécessaire pour pouvoir concourir de manière victorieuse à une échéance de cette nature", a-t-il expliqué. "Ça ne veut pas dire qu'ils sont disqualifiés, moi je me sens très bien dans les accords avec eux, et ce que je souhaite c'est qu'on puisse réunir ce bloc social et écologique qui seul permet la victoire. Et dans ce bloc il y a aujourd'hui une force motrice qui est la force socialiste", a-t-il encore considéré. "Les écologistes qui ont voulu faire des régionales une primaire de la gauche doivent se rendre à l'évidence" : le PS est "incontestablement la force qui a le plus grand maillage territorial", a insisté le premier secrétaire du parti, sans toutefois citer l'exemple Carole Delga. Olivier Faure, qui s'était dit "prêt" à se ranger derrière un candidat écologiste à la présidentielle de 2022, en juin 2020, semble donc moins allant qu'il y a un an sur cette question.
"Une autorité naturelle"
Dans le même temps, le patron EELV Julien Bayou a lui jugé que l'écologie était "la seule force en dynamique". Appuyé par le député européen Europe Ecologie Les Verts (EELV), David Cormand. "En France comme ailleurs la matrice sociale-démocrate s'est effondrée ou s'effondre, ce n'est pas cette matrice-là qui refera retourner les gens aux urnes", a-t-il affirmé sur France Inter. "J'ai toujours défendu l'affirmation de l'écologie (...) c'est ça la force propulsive quand on n'est pas de droite au XXIe" siècle."
Il a estimé que "les régions où les socialistes nous ont laissés mener étaient très dures à aller chercher, contre la droite et l'extrême droite". L'ancien numéro un des Verts a mis également en avant, auprès de l'AFP, une "prime au sortant", lors de ce scrutin, qui aurait bénéficié aux élus de gauche comme de droite.
Cela pourrait être un peu plus que ça pour Carole Delga. "Elle a une autorité naturelle, elle sait toujours où elle va", confie Laurent Blondiau, son directeur de cabinet, au Monde. "C'est l'antistar, un ovni de la politique, totalement droite et intègre", témoigne de son côté Didier Codorniou, conseiller régional dans l'Aude, toujours auprès du quotidien. "Notre pays ne va pas bien (...) Je pense qu'il y a un nouveau modèle et un nouveau chemin à inventer", a déclaré l'élue au soir de sa victoire. Un second message adressé à Olivier Faure ?
