La première haie est franchie. Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, Valérie Pécresse en Île-de-France et Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes : les prétendants de la droite à l'Elysée ont été nettement réélus ce dimanche à la tête de leurs régions respectives. Ces victoires, qui les placent sur orbite en vue de 2022, devraient réveiller dès lundi les débats sur le mode de désignation du candidat LR à l'élection présidentielle. La guerre des ego, ou la rançon du succès.

LIRE AUSSI : PS ou EELV : après les régionales, qui prendra le leadership à gauche ?

Parmi les trois ténors, seul Xavier Bertrand s'est pour l'heure déclaré candidat. Avec près de 52% des voix, le président des Hauts-de-France enregistre une large victoire. L'ancien ministre de la Santé et du Travail a réussi son pari. Ses ambitions nationales n'ont pas freiné les électeurs. Surtout, il peut se poser en meilleur rempart face au Rassemblement national. En envoyant au tapis les cinq ministres envoyés au front, Xavier Bertrand a enfin infligé un sévère camouflet à l'exécutif.

Bertrand veut aller "à la rencontre de tous les Français"

Dans son discours de victoire, il s'est projeté dans sa course élyséenne. "Ce résultat me donne la force d'aller à la rencontre de tous les Français", a lancé le vainqueur, avant d'égrener les marqueurs de sa future campagne : "rétablissement de l'ordre et du respect", lutte contre la "haine de la France", et "République des territoires". Un combat qu'il entend mener au nom des "classes moyennes et populaires", sur le modèle de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. "Il est devant et marque des points", admet un cadre LR guère favorable à Xavier Bertrand. "Je ne vois pas ce qui peut empêcher sa candidature", glissait en milieu de semaine un député LREM issue de LR.

Rien n'est pourtant joué. Ses concurrents ont des atouts dans leur manche. Laurent Wauquiez a écrasé tout le monde en Auvergne-Rhône-Alpes. Avec près de 56% des voix, il est le président de région LR le mieux élu ce dimanche. Ce plébiscite est un bol d'air pour l'ancien président des Républicains, contraint de quitter la tête du parti en 2019 après le fiasco des européennes.

Xavier Bertrand a appelé ce lundi Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez, également réélus, à former "une belle équipe" pour 2022. "Quand il y a une grande et belle équipe de France, je suis persuadé qu'elle l'emporte, pas pour elle, pas pour avoir un palmarès, tout simplement car elle rend fier et en plus cette belle équipe de France je pense qu'elle peut faire des choses bien pour la France", a-t-il plaidé sur BFMTV et RMC.

Wauquiez vante un "cap clair"

L'ancien porte-parole du gouvernement de Nicolas Sarkozy veut démontrer avec ce succès qu'une droite identifiée sur ses valeurs peut desserrer l'étau formé par LREM et le RN. "La victoire de ce soir est celle d'un cap clair", a assuré Laurent Wauquiez. L'énarque a défendu son bilan à la tête de sa région et insisté sur ses "convictions" dans une énumération à la totalité nationale : "la défense des classes moyennes, le refus de tout compromis envers le communautarisme, la sécurité (...), le travail." Il s'est posé en garant de la lutte contre les extrêmes, lui qui voulait mordre sur l'électorat RN quand il dirigeait LR. Avant d'appeler à la "reconstruction du pays".

LIRE AUSSI : "On s'y prend comme des pieds" : après les régionales, LREM au bord de la crise de nerfs

A droite, personne ne doute que Laurent Wauquiez s'appuiera sur ce succès local pour amorcer un retour national. Un député LR confiait mi-juin : "Il a créé sa propre traversée du désert. Mais je pense qu'il mise davantage sur 2027. J'espère surtout qu'il ne nous fera pas ch... en 2022 pour jouer le coup d'après."

Pécresse dira si elle est candidate après l'été

Autre gagnante de la soirée : Valérie Pécresse. La présidente d'Ile-de-France a nettement distancé (45%) la liste d'union de la gauche (33%) à l'occasion d'une quadrangulaire risquée. Dans cette région macroniste, elle est parvenue à assécher la liste de la majorité présidentielle et battre nettement l'écologiste Julien Bayou. Son appel à un front républicain contre "l'extrême gauche" lors de l'entre-deux-tours a porté ses fruits. Celle qui n'évoquait jamais 2022 - ses proches s'en chargent pour elle - a avancé ses pions ce dimanche.

Se décrivant comme une "femme fière de servir sa région et son pays", Valérie Pécresse a évoqué les futures échéances nationales. "Une équipe de France de la droite et du centre a émergé dans les régions, a-t-elle assuré. Nous avons une grande responsabilité. J'y prendrai toute ma part. Plus que jamais, je veux continuer et amplifier mon combat pour mes convictions et pour les valeurs de la République."

Ce lundi matin, la présidente de l'Ile-de-France a indiqué qu'elle dira après l'été si elle est candidate à la présidentielle, appelant la droite et le centre à définir collectivement d'ici la rentrée "les règles du jeu" permettant de désigner un candidat commun. "Pour moi tout commence aujourd'hui", a-t-elle dit sur BFMTV et RMC, en disant vouloir "réfléchir cet été" et "consulter pour la suite".

Infographie

Infographie

© / L'Express

Le mode de départage en question

Un RN au tapis dans le Nord, une majorité présidentielle aux abois dans la région capitale, une élection de maréchal en Auvergne-Rhône-Alpes... Les trois impétrants peuvent revendiquer une victoire politique derrière leur succès électoral. La compétition débute. "Le match commence à partir de lundi, souffle un proche de Valérie Pécresse. Entre les trois, les compteurs sont remis à zéro."

Reste désormais à départager ces personnalités. D'autres ténors de la droite, comme le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau, sont sur la ligne de départ. En théorie, les règles sont claires : deux sondages commandés par le parti doivent permettre à l'automne de désigner un "candidat naturel" de la famille gaulliste. A défaut, une méthode de "départage" des candidats - conçue sous l'égide du maire d'Antibes Jean Leonetti - sera mise en place.

En pratique, LR avance dans le brouillard. Xavier Bertrand refuse tout "départage" et veut imposer sa candidature à son ancienne famille. "C'est la stratégie du rouleau compresseur", assume un soutien. "Si jamais un vrai système de départage se met en place, cela serait difficile pour Bertrand de pas s'y soumettre", rétorque un cadre LR. Ses concurrents, comme Valérie Pécresse ou Bruno Retailleau, souhaitent une primaire. Mais laquelle ? La présidente d'Ile-de-France et le sénateur de Vendée plaident pour une primaire ouverte. Laurent Wauquiez, en retrait de la scène nationale, reste discret sur le sujet. Ce dimanche soir, la droite célèbre sa victoire. Lundi, le casse-tête reprend.