L'Express : Claude Goasguen, député de Paris et ancien maire du XVIe arrondissement, est mort hier du Covid-19. Que retiendrez-vous de lui ?

Rachida Dati : Malgré nos désaccords, nous nous sommes toujours retrouvés pour défendre ensemble nos valeurs républicaines. Je retiendrai de lui la force de caractère, la passion pour la vie, et la grande culture.

Agnès Buzyn a finalement confirmé qu'elle restait la tête de liste de La République en Marche à Paris. Vous y attendiez-vous ?

Les hésitations et les états d'âme de Mme Buzyn ne sont pas un projet pour Paris et n'intéressent pas les Parisiens.

Compte tenu de son long silence pendant la crise, de ses déclarations après le premier tour et des dissensions au sein de son camp, ce maintien ne fait-il pas vos affaires ?

Cette question est hors de propos et c'est ce qui contribue à écoeurer les citoyens. Que souhaitent les Parisiens ? Ils veulent un changement profond à Paris. Et d'ailleurs, ce confinement a accentué cette volonté de changement. Paris était sale avant le confinement, c'était pire pendant, ce sera bien pire après. Les femmes ne pouvaient pas aller dans certains quartiers avant le confinement. Elles ont été encore plus en insécurité quand les rues ont été désertes. Et la délinquance a repris dès les premiers jours du déconfinement. Voilà la réalité de Paris. Une dégradation continue depuis six ans, qu'a confirmée la période de crise sanitaire, avec un manque d'anticipation dans la gestion de la crise et dans la préparation du déconfinement.

D'anticipation ?

Bien sûr. Paris est une grande métropole, dans toutes les grandes villes du monde on a désormais intégré la gestion des nouveaux risques. Paris n'a pas été épargné ces dernières années avec les attentats, le risque sanitaire ou les effets du changement climatique, comme les épisodes de canicule ou les crues... Et qu'a fait la Mairie de Paris à chaque fois ? Elle a bricolé dans l'urgence et n'a jamais tiré les conséquences en matière d'architecture et d'urbanisme !

Deux exemples : le terrorisme est une menace constante que chacun a intégrée dans son quotidien. Les solutions d'urgence sont devenues des solutions pérennes, comme les blocs de béton installés pour éviter les attaques, qui ont enlaidi la ville et constitué des éléments anxiogènes. Et pour la canicule, à chaque nouvel épisode, on court derrière les bouteilles d'eau et les brumisateurs, alors que nous devrions réaménager toutes les structures d'accueil de publics, notamment fragiles, en intégrant le besoin d'îlots de fraîcheur.

Dans cette crise sanitaire encore, rien n'a été organisé, rien n'a été anticipé. Je ne prendrai qu'un exemple : les masques qui n'ont pas pu être distribués aux Parisiens avant la date du déconfinement. Si demain, je suis élue maire de Paris, je créerai une direction de la prévention des risques, qui intégrera et anticipera toutes les menaces !

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Dernièrement, vous avez beaucoup attaqué la maire de Paris sur la propreté de la ville durant le confinement et le déconfinement. C'est votre principal angle d'attaque pour cet entre-deux tours ?

Trop d'habitants quittent Paris parce que Paris n'est plus vivable. Et, en premier lieu, les familles pour qui tout est devenu coûts et contraintes, les personnes âgées qui sont maltraitées quand elles sont dans l'espace public et livrées à leur solitude quand elles sont chez elles. Je souhaite faire revivre Paris. Cela passe par un nouveau projet : la sécurité, la propreté des rues, parcs et jardins, la relance économique, l'accompagnement des familles, la lutte contre la densification urbaine, la fluidité des déplacements, l'apaisement de l'espace public. Je veux que les Parisiens retrouvent de la qualité de vie à Paris. Avec mon équipe, nous avons créé une dynamique de projet. Pour la première fois à Paris, les Parisiens ne voteront pas par défaut le 28 juin. Le changement est possible pour les six prochaines années.

Lors d'un récent entretien, vous avez déclaré qu'Anne Hidalgo était "prise en otages par ses extrêmes". Qu'entendez-vous par là ?

Le dogmatisme des écologistes la conduit à mettre en oeuvre un plan de mobilité qui aboutit à faire de la rue une zone d'affrontement entre tous : le piéton contre la trottinette, le vélo contre la voiture. C'est l'inverse d'une ville apaisée. Le dogmatisme des communistes a créé dans certains quartiers des zones de ghettos. Il a chassé les classes moyennes de Paris. Il a conduit à toujours plus densifier Paris, qui est déjà extrêmement dense. Je le dis clairement : je m'opposerai à tout projet de construction sur les dernières friches existantes. Mme Hidalgo est la maire du béton. Je veux des espaces de respiration et d'apaisement pour les Parisiens. Cela apparaît d'autant plus comme une nécessité après la période de confinement que nous venons de vivre.

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Vous avez l'habitude de mener des campagnes, celle-ci est inédite du fait des règles d'hygiène et de distanciation. Comment comptez-vous vous y prendre ?

En parlant des vrais problèmes des Parisiens et en leur répétant la seule information importante dans cette élection : Paris peut changer. Paris doit changer. Nous sommes une équipe renouvelée avec un projet qui a créé une dynamique. Nous allons mobiliser les Parisiens pour le changement et les interpeller. Toute abstention ou dispersion des voix favorisera l'immobilisme et même le déclin de Paris.

Vous êtes plutôt en ballottage défavorable, comment espérez-vous rattraper le retard que vous accusez à l'issue du premier tour ?

Je suis la seule candidate à avoir été élue au 1er tour et je constate que l'équipe sortante ne réussit même pas à obtenir un tiers des voix. Quant aux Verts, ils réalisent leur plus mauvais score de France à Paris. La dynamique est pour notre équipe et notre projet.

Le fait est que vous n'êtes pas arrivée en tête...

Le fait est que c'est le désaveu d'Hidalgo qui est arrivé en tête. 71% des Parisiens n'ont pas voté pour elle. J'appelle les Parisiens à la mobilisation ! Pour eux, c'est le moment ou jamais. Ils peuvent choisir une nouvelle équipe, une nouvelle gouvernance, une nouvelle vision pour Paris! Je leur dis : ne restez pas spectateurs de la dégradation de cette ville. Vous serez les acteurs de votre ville et de votre avenir en votant pour les listes "Dati pour Paris".

Quel est votre sentiment à propos de la fusion des listes LR et LREM qui semble se préparer dans le Ve arrondissement ?

Il n'y a pas de fusion.

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De votre point de vue, Édouard Philippe a-t-il convenablement géré cette crise du Coronavirus ?

Le président de la République a tracé des perspectives, mais les fluctuations et les hésitations du gouvernement, voire les maladresses de certains ministres, n'ont pas aidé et ont abîmé la confiance des Français dans le gouvernement, voire dans la classe politique.

Vous avez été ministre, mais êtes maire : que vous inspire le choix de Gérald Darmanin de cumuler son poste au gouvernement et son mandat à la mairie de Tourcoing ?

On ne comprend pas très bien pourquoi M. Darmanin est une exception au régime général. Est-ce qu'il n'est pas pleinement occupé par la gestion de la crise au gouvernement ?

Un manque de leadership, une ligne politique pas encore dégagée... Si l'on se place à l'échelle nationale, existe-t-il un espoir pour votre famille politique pour 2022 ?

Du fait même que vous posiez la question, c'est que l'alternative est de notre côté. Regardez les élections municipales : nous sommes la première force politique en France. Qui a géré de manière la plus efficace la crise sanitaire ? Les élus de droite, sur le terrain, en action. La ligne politique, les Français l'ont approuvé lors du premier tour des municipales. Nous sommes majoritaires.