Voilà bien longtemps que Marseille n'avait pas accueilli un congrès socialiste. Une éternité, même. La dernière fois, c'était en juillet 1937. C'était le temps de la SFIO, le Front populaire vacillait. C'était le temps de Léon Blum et de son acolyte, un autre Faure (Paul) qui n'a aucun lien avec celui d'aujourd'hui (Olivier). On y parlait de la guerre civile en Espagne et des réfugiés, de laïcité aussi... Les temps passent, les sujets moins.
85 ans plus tard, la cité phocéenne accueille un Parti socialiste rabougri, toujours plus affaibli, qu'on accuse d'être affidé à Jean-Luc Mélenchon et aux forces les plus radicales de la gauche. Un PS qui se met aussi à rêver à des jours heureux avec cette Nupes qu'il croit pouvoir diriger tôt ou tard. Ou comme le dit un dirigeant rose : "La Nupes, c'est une poule aux oeufs d'or... Mais si Mélenchon la garde et que les socialistes ne prennent pas le leadership, elle va pondre du plomb."
Fronde
Mais à trois mois du congrès, les couteaux s'aiguisent déjà. Tous les socialistes ne goûtent pas à la Nupes et - surtout - à Olivier Faure. Ses opposants d'hier l'accusaient d'avoir jeté le bilan du quinquennat Hollande aux oubliettes en faisant un inventaire à charge, ceux d'aujourd'hui lui reprochent d'avoir effacé le PS et de l'avoir vendu à Jean-Luc Mélenchon pour une bouchée de pain. Anne Hidalgo la première qui n'a toujours pas digéré la mollesse du Premier secrétaire pendant sa campagne présidentielle, voire son trouble jeu, disent certains proches de la maire. Lors d'une réunion de campagne en janvier, elle l'avait menacé de se venger lors du futur congrès. C'est chose faite, ou presque : Faure a vu une mince partie de sa majorité au sein du parti - des amis d'Hidalgo pour la plupart - le quitter et se rassembler en un mouvement appelé "Refondations".
Ceux-là comptent bien le supplanter à la tête du parti. En trois semaines, ils ont rassemblé pas moins de 1000 signataires, dont des proches de Carole Delga qui, elle aussi, soutient, sans le dire à haute voix, la démarche. Que feront-ils de la Nupes ? Resteront-ils des partenaires de Mélenchon ? Car tel est l'enjeu du congrès, aussi. "Le sujet, ce n'est pas Nupes ou anti-Nupes. Ce fut un accord électoral, c'est fait, c'est du passé", plaide Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et porte-flingue de Refondations. Et de préciser, s'excusant presque d'émettre une critique : "La Nupes, c'est LFI et c'est donc Mélenchon. C'est un accord électoral qui n'a pas fonctionné puisqu'il n'a pas été désigné Premier ministre. Le PS a peut-être sauvé les meubles, mais on reste dans le cimetière." A ses yeux, la radicalité et l'outrance mélenchonistes empêchent la gauche de revenir au pouvoir. C'est, dit-il, "un plafond de verre" dont il faudrait s'extirper pour mieux faire alliance avec les écologistes, voire les communistes, avec qui les socialistes ont plus de proximité idéologique.
Faure favori
C'est entendu, la Nupes n'a pas changé grand-chose pour le PS qui a gardé sa trentaine de députés. Par-delà les murs de l'Assemblée nationale, Olivier Faure est pourtant convaincu d'avoir redoré le blason socialiste au sein du peuple de gauche. Il est applaudi lors des manifestations là où, deux ans auparavant, on sifflait tout socialiste quand la gauche battait le pavé. Pourquoi, dès lors, claquer la porte de cette union de la gauche ? L'initiative de Refondations ne l'inquiète guère. Une "mini-fronde", juge un de ses proches goguenards, "qui ne changera pas la face du congrès à venir".
Car Olivier Faure tient le parti, et fermement. Il reste le grand favori pour le congrès, même ses opposants l'admettent à demi-mot. En témoigne la tribune publiée dans L'Express. Un texte qui ne dit rien de bien différent de celui de ses concurrents au congrès mais qui dénote par la masse des soutiens qu'il a engrangés : 40 parlementaires, 100 maires, 60 patrons de fédérations socialistes. Dans quelques jours, de nouveaux maires de grandes villes apporteront leur soutien à Faure, tels que Johanna Rolland (Nantes) et Mathieu Klein (Nancy), les deux directeurs de la campagne Hidalgo. A une époque où le PS compte au mieux 20 000 adhérents, c'est loin d'être peu.
Flotte dans l'air l'ambiance des sinistres congrès d'antan, ceux des coups bas à foison et des lendemains explosifs. Certains annoncent d'ores et déjà une "explosion" si Faure venait à l'emporter largement face à ses concurrents. Lui croit pouvoir s'extirper tôt ou tard des griffes de Mélenchon, mais à quoi bon si son propre parti n'est plus que l'ombre de lui-même, miné par les divisions ? Les éléphants d'aujourd'hui n'ont décidément rien à envier à leurs prédécesseurs.
