Ils poursuivent chacun de leur côté la promotion de leurs ouvrages respectifs et s'apprêtent à se retrouver. François Hollande et Bernard Cazeneuve se présenteront ensemble, ce samedi 9 novembre. A l'invitation de la fédération locale de Corrèze, ils prendront la parole devant les militants pour un moment de "convivialité", tel que les organisateurs l'écrivent dans leur mail d'invitation, dans le prolongement de la Foire du Livre qui se tiendra du 8 au 10 novembre à Brive.
C'est la première fois depuis le 16 juillet que les deux hommes forts du précédent quinquennat s'affichent ainsi publiquement. Tous deux se sont bien croisés le 5 septembre dernier à Avignon pour les journées parlementaires, mais ils avaient échangé de façon informelle, loin des caméras, dans l'hôtel où logeait François Hollande. L'invité vedette de l'événement était alors Bernard Cazeneuve - la parole lui avait été donnée pendant près de deux heures. L'ancien président de la République n'était venu que pour assister au dîner qui suivait, hors presse.
Depuis, Bernard Cazeneuve a sorti son ouvrage, A l'épreuve de la violence, chez Stock. François Hollande lui a embrayé le pas avec Répondre à la crise démocratique, chez Fayard. Deux sorties concomitantes qui ont, selon les informations de L'Express, quelque peu agacé l'ex-pensionnaire de Beauvau. Les deux hommes ont eu l'occasion d'en discuter par téléphone depuis et pourront en reparler de visu.
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Depuis des semaines, la relation entre Hollande et Cazeneuve interroge. Ils ont incontestablement su nouer tout au long du dernier quinquennat une réelle proximité. Aujourd'hui encore, François Hollande loue à qui veut l'entendre la "subtilité", le "sens de l'humour" et la "justesse des analyses" de son ancien ministre. Bernard Cazeneuve prend lui régulièrement soin de défendre le bilan de la présidence Hollande, tout en marquant des divergences de fond, en particulier sur la déchéance de nationalité, au sujet de laquelle François Hollande a depuis fait acte de contrition.
Les idées d'abord, martèlent-ils
Une prise de distance - sur le fond - une nouvelle fois assumée au sujet des dernières propositions de refonte des institutions prônée par François Hollande. Régime présidentiel, sextennat, mandat parlementaire de quatre ans, suppression du poste de Premier ministre, du droit de dissolution, du recours au 49.3... Bernard Cazeneuve s'y oppose: "Je suis très attaché aux institutions de la Ve République. Je pense que nous sommes dans une société qui connaît des tensions et nous ne pouvons pas ajouter des difficultés institutionnelles aux problèmes auxquels la société française se trouve confrontée, lançait-il sur RTL le jour de la parution de l'ouvrage de François Hollande. Nous n'avons pas besoin de fragiliser ces institutions qui nous ont permis dans des moments bien difficiles d'affronter bien des épreuves", concluait-il fermement.
Bernard Cazeneuve déteste se voir attribuer des intentions et des ambitions qu'il jure ne pas être les siennes. A un ami, il a confié avoir dit il y a deux ans à François Hollande "qu'il ne ferait jamais rien" contre lui. La promesse tient-elle encore aujourd'hui ? Bernard Cazeneuve sait parfaitement que 2022 est encore (trop) loin. Il dit vouloir se consacrer uniquement sur les idées, loin des batailles d'ego, afin de contribuer au redressement de sa famille politique. Il devrait d'ailleurs se faire un peu moins présent dans les médias ces prochaines semaines, alors qu'il s'apprête à rédiger le tome deux de ses mémoires ministérielles.
Quant à François Hollande, celui-ci se plaît à laisser entendre que le témoin a été passé à son ancien ministre de l'Intérieur. "Il encourage Bernard Cazeneuve à prendre la parole", nous glissait dernièrement un membre de son entourage. "Je peux vous assurer qu'il a formellement fait savoir à Cazeneuve qu'il le laisserait tenter sa chance", abondait un ancien ministre. Une position attentiste à laquelle d'autres socialistes refusent de croire, n'y voyant qu'une forme de stratégie, dans le cas où un miracle sortirait une candidature PS des tréfonds sondagiers. Interrogé le 29 octobre dernier par RTL sur d'éventuelles ambitions présidentielles, François Hollande s'est encore plu à répondre avec malice. "Si je commençais à dire que je commence à réfléchir, mon propos serait déformé. On dirait: 's'il annonce un sextennat, s'il est pour supprimer le poste de Premier ministre, supprimer des institutions, c'est bien parce qu'il est intéressé, et je ne le suis pas. Son intervieweur pense tenir une confession définitive. Hollande reprend le micro: "Mais je suis intéressé pour que ces réformes puissent être mises en oeuvre, sinon je ne m'exprimerais pas."