C'est la surprise d'octobre au PS: la motion "Oser. Plus loin, plus vite" conduite par Stéphane Hessel est arrivée en troisième position, avec 11,9% des suffrages, lors du vote des militants organisé la semaine dernière. Largement derrière la motion majoritaire menée par Harlem Désir (68,44%), certes, mais à peine distancée par celle de l'aile gauche dirigée par Emmanuel Maurel (13,29%) qui se sentait pourtant pousser des ailes grâce au vif débat sur le traité budgétaire européen.
Mais l'indignation, dont se revendiquent de nombreux manifestants à travers l'Europe, est-elle à ce point partagée par les socialistes... alors que le mouvement des Indignés n'a jamais mobilisé les foules en France? Ce score élevé a mis la puce à l'oreille de Julien Dray, ex-député PS et soutien de la motion de l'aile gauche. Pour lui, une partie des votes, "pas tous bien sûr", a été "téléguidée" pour torpiller la motion Maurel.
"Il y a des votes dans des fédérations qui sont pour le moins surprenants et dont nous avons bien compris qu'on a laissé filer un certains nombre d'éléments de la contestation plutôt vers Stéphane Hessel que vers ce que nous représentons parce que nous sommes désormais un courant constitué qui a vocation à mener la bataille", a-t-il affirmé lors du "Grand entretien" sur RCJ. Il ne nie pas un "vote de référence à la personnalité de Stéphane Hessel", mais n'exclut pas non plus "de petites manoeuvres".
"Julien est taquin", réagit Marie-Noëlle Lienemann, signataire de la motion Maurel. Pour elle, le téléguidage, s'il a eu lieu, se situe davantage au moment du dépôt des motions, lors du Conseil national du PS que lors du vote des militants. "La direction du parti a toujours intérêt à disperser les voix pour éviter l'émergence d'un axe lourd. Elle n'a rien fait pour être rigoureuse sur les conditions de dépôt des propositions."
Cette "inflation des motions", Gaëtan Gorce la déplorait également lors du Conseil national, alors qu'il déposait sa propre motion. Ce lundi, il estime que l'aile gauche "devrait se réjouir de son score plutôt que de polémiquer". Pour lui, le succès de la motion Hessel résulte du "vote des militants opposés à la cooptation incarnée par la motion majoritaire mais qui ne s'enflammaient pas non plus contre le traité européen", le cheval de bataille de l'aile gauche.
"Ce vote de mécontentement a trouvé en Stéphane Hessel une personnalité de substitution", ajoute-t-il. Substitution à qui? A Ségolène Royal sans doute, dont les troupes de Désirs d'Avenir se sont en partie portées vers la motion "indignée". "Les amis de Ségolène, les opposants à la motion majoritaire, mais aussi les urbains sensibles au mouvement des Indignés" se sont retrouvés sur ce texte qui a "cristallisé les attentes", commente Marie-Noëlle Lienemann.
Ce score ne semble d'ailleurs pas étonner l'équipe Hessel. "Il faut arrêter de prendre les militants pour des imbéciles", souligne Pierre Larrouturou, conseiller régional d'Île-de-France, qui a contribué à l'élaboration de cette motion. Et pour qui ces 11,9% sont une suite logique des 85 000 signatures récoltées sur le site du collectif Roosevelt2012, apparu pendant la campagne présidentielle pour "éviter le krach ultime". Ou encore la suite des 3000 exemplaires de son "petit livre orange" (C'est plus grave que ce qu'on vous dit... mais on peut s'en sortir) "écoulés en 24h à l'université d'été du PS à La Rochelle".
Et maintenant, que faire de ces 11,9%?
Mais que faire de ce socle hétéroclite de militants ex-royalistes, "bobos écolos", indignés et/ou irrités par les méthodes du PS? Quel débouché politique donner à cette motion, la plus "ébouriffante" des cinq proposées, selon Rue89? Parmi les propositions mises en avant, Pierre Larrouturou, ancien d'Europe Ecologie les Verts, en souligne quatre: "peser dans les négociations européennes des 18 et 19 octobre, remettre à plat d'ici 3 mois le programme social pour éviter une explosion insupportable du chômage, instiller la démocratie et la parité dans le parti, convoquer des Etats généraux démocratiques pour une VIe République début 2013." Rien de moins.
Et Stéphane Hessel lui-même, dont la popularité a tant fait pour cette motion? Aussi plébiscité soit-il, il ne veut pas siéger au Bureau national du PS. "Nous espérons qu'Harlem Désir tiendra compte de nos propositions", a ajouté l'ancien résistant devenu auteur de best-sellers, se disant "certain que les membres de la motion voteront pour Harlem Désir" lors du prochain scrutin des militants le 18 octobre. "Il sera n°1 après avoir été n°1 par intérim, c'est certain ", ajoute Pierre Larrouturou. "La seule question sur laquelle il y a du suspense est: la gauche se donne-t-elle les moyens de sortir la France de la crise?"
