Un fantôme a quelque peu plané sur cette élection présidentielle. Son nom : François Fillon. L'ex-candidat Les Républicains (LR), éloigné de la vie politique après le scandale d'emplois fictifs qui l'a touché lui et sa femme Penelope, laissait derrière lui un gros gâteau. Plus de 7,2 millions d'électeurs conquis il y a cinq ans. Environ 20% des suffrages exprimés.

Le premier quinquennat Macron et l'inexorable montée en puissance de l'extrême droite ont sans nul doute contribué à dilapider l'héritage du troisième homme de la présidentielle 2017. Valérie Pécresse se posait toutefois en candidate pour le recevoir, et espérait ainsi maximiser ses chances de bien figurer dans la course à l'Elysée. La suite est désormais connue : LR a sombré, dimanche, divisant son score par quatre, plaçant même en guise d'humiliation suprême la présidente de la région Ile-de-France sous la barre des 5% (4,78% précisément). François Fillon avait pourtant apporté son soutien à sa successeur une semaine avant l'appel aux urnes.

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Un premier constat, donc : sans surprise, Valérie Pécresse n'a pas réussi à convaincre les électeurs de François Fillon. A quel point ? Et à qui profite le reste de ses voix ? Selon notre sondeur Elabe, le grand gagnant s'appelle Emmanuel Macron. Le président sortant aurait recueilli à lui seul 34% des voix attribuées à l'ancien Premier ministre au premier tour, contre "seulement" 25% pour Valérie Pécresse. Tandis que l'extrême droite en ravissait autant qu'Emmanuel Macron, en filant à respectivement 17% vers Marine Le Pen et Eric Zemmour.

Reports de voix entre 2017 et 2022

Reports de voix entre 2017 et 2022

© / Elabe pour L'Express

Razzia sur les communes

Le calcul, pour Valérie Pécresse, semble plausible. Le quart des voix de François Fillon correspond peu ou prou au score de la candidate LR. Cette dernière n'aurait ainsi pas su attirer l'électorat d'Emmanuel Macron, ni même de l'extrême droite qu'elle a pourtant convoité, allant jusqu'à employer l'expression raciste et complotiste du "grand remplacement". Les chiffres changent cependant quelque peu selon les instituts de sondage.

Ipsos, par exemple, est encore plus sévère avec Valérie Pécresse, ne lui attribuant que 21% des anciennes voix de François Fillon. Macron en récolte lui près de 40% d'après cette même étude. Loin, très loin des sondages qui laissaient encore, quelques jours avant l'élection, Valérie Pécresse avec environ 30% de ce gâteau. La terrible dynamique de la candidate sur les dernières semaines, passant de 17 points en décembre à 8 à la veille du vote, a pu motiver un "vote utile" de cet électorat en faveur du président sortant, qui améliore de cette façon son score de 2017.

Les résultats parlent aussi d'eux-mêmes. Selon les calculs de Franceinfo, François Fillon avait été placé en tête des votes au premier tour dans près de 5 900 communes. Valérie Pécresse n'a seulement gagné que... 32 de ces mêmes communes au premier tour dimanche. A l'inverse, 60% d'entre elles ont été conquises par Emmanuel Macron. Les cinq départements de France métropolitaine dans les mains de LR en 2017 (Mayenne, Orne, Sarthe, Lozère et Haute-Savoie) sont par ailleurs tous tombés dans l'escarcelle du président sortant.

La clé : le vote des retraités

Ce bon report s'explique par une sociologie des votants comparable. "Le vote Fillon, en 2017, était un vote de retraités", rappelle le sondeur et politologue Jérôme Sainte-Marie auprès de L'Express. Au premier tour, le candidat LR avait ainsi recueilli 36% au sein de cette catégorie sociale. Grimpant jusqu'à 45% des suffrages des 70 ans et plus. La dynamique est similaire chez Emmanuel Macron en 2022. Quatre électeurs sur 10 du président sortant sont des retraités, 41% ont plus de 65 ans.

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Pourquoi ? L'image du président, d'abord, "plutôt bonne parmi les plus âgés", souligne Jérôme Sainte-Marie, mais surtout la promesse d'un départ à la retraite repoussé à 65 ans. "C'est une population qui dépend du travail d'autrui et de la décision de l'exécutif sur leurs pensions. Ils apprécient donc la proposition d'une retraite à 65 ans avec l'espoir que cette mesure permettra de payer les leurs", observe encore le politologue.

On le comprend, plus grand-chose, à droite, ne pouvait les convaincre de se ranger derrière Valérie Pécresse...malgré une proposition en tout point similaire sur les retraites. "Mais son positionnement était intenable. Elle n'était pas en mesure de faire une campagne d'opposition contre Macron, et devait au contraire justifier en permanence qu'elle ferait tout comme lui... mais en mieux. Ses électeurs ont logiquement privilégié la cohérence." La continuité. Pour Emmanuel Macron, et en dépit de quelques concessions d'entre-deux-tours, peu de risque que la donne change d'ici là. Marine Le Pen, elle, entend laisser l'âge de départ à la retraite à 62 ans.