Et soudain, Bernard Cazeneuve sonna le tocsin. Tel le sauveur qu'Anne Hidalgo n'espérait plus, l'ancien Premier ministre a réveillé les foules socialistes. D'aucuns diraient qu'il a rallumé la flamme. Dans le Grand Palais de Lille où quelque 1 600 militants et sympathisants du parti à la rose se sont pressés pour le (re)lancement de campagne de la candidate, le pourtant si flegmatique Cazeneuve éructe tel un militant de la première heure, clamant son attachement au socialisme - "on ne peut pas être socialiste sans être ardemment républicain" - et chantant les louanges d'Hidalgo : "J'ai vu qu'Anne Hidalgo est une femme de coeur et qu'elle est une grande dame."

Du baume au coeur, voilà ce dont Anne Hidalgo avait besoin alors qu'elle stagne dans les méandres sondagiers, plus proche des 4 % que de la barre tant espérée des 10. Mais elle a eu bien plus, ce samedi 23 octobre à Lille. Dans la salle Vauban, on a vu la famille socialiste réunie, ou presque, et tout sourire. Il y a là la fameuse "équipe de France des maires" socialistes, les fidèles Johanna Rolland, Mathieu Klein, Nathalie Appéré et l'édile de Montpellier Michael Delafosse en chauffeur de salle.

"Le soutien ne tient que s'il est plein et entier"

Anne Hidalgo n'est pas venue seule. On croise d'anciennes ministres socialistes tels que Najat Vallaud-Belkacem ou Emmanuelle Cosse. Les absents, Carole Delga la première, sont vite oubliés dans les discours. Dans un petit film, on rend hommage aux figures d'un passé socialiste sublimé, de François Mitterrand à Lionel Jospin sans oublier Robert Badinter ou Christiane Taubira. Quid de François Hollande ? L'ancien président aura droit à une simple photographie de lui, ajoutée à la hâte dans la réalisation, et de très rares et timides applaudissements dans la salle.

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"Ce 23 octobre ne sera pas anodin", expliquait il y a quelques jours Patrick Kanner, le chef de file des sénateurs socialistes. Exit la campagne discrète, exit les jalouseries socialistes. Dans un message à peine feutré et sans le citer, Martine Aubry menace François Hollande qui ces derniers jours a multiplié les critiques sur la candidature socialiste : "Le soutien ne tient que s'il est plein et entier." Et Bernard Cazeneuve d'en appeler à l'histoire socialiste : "Nous ne devons pas oublier l'héritage, nous ne devons pas nous dispenser de nous comporter en héritier."

"J'irai jusqu'au bout !"

La candidate socialiste n'est pas non plus venue les mains vides. Devant les militants, elle fait feu de toute flamme dans un discours de près d'une heure. Elle est venue dévoiler un programme que beaucoup n'attendaient plus, n'hésite pas à parler de sécurité - elle propose de renforcer la présence de policiers "dans les quartiers" et dans les plus petites communes - et de la République qu'elle veut "reconstruire". Et elle a des "totems", de "justice sociale" répète-t-elle. À commencer par la fin de vie et l'égalité salariale entre les femmes et les hommes. "Nous ouvrirons à celles et ceux qui le veulent le droit de mourir dans la dignité", lance-t-elle sous les ovations, promettant une loi encadrant "ce droit nouveau dès l'année prochaine" si elle est élue présidente de la République.

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"Je m'engage à ce qu'une loi de programmation sociale soit votée dès l'été 2022 pour atteindre l'égalité totale des salaires en cinq ans", martèle Anne Hidalgo avant de promettre un ISF climatique "qui pèsera sur les ménages aisés", l'abrogation de Parcoursup ou encore un "budget carbone de la Nation" voté au parlement chaque année à l'image des PLFSS.

À la tribune, Martine Aubry promettait : "C'est aujourd'hui qu'Anne Hidalgo lance sa campagne." Il est vrai, ce samedi 23 octobre à Lille, plus personne ne parlait de "plan B" pour remplacer la candidate ; ou ne se plaignait d'une campagne soporifique. Anne Hidalgo, galvanisée, hausse le ton : "Je suis là devant vous et j'irai jusqu'au bout !" Demain est un autre jour et les sondages à venir seront déterminants.