"J'ai dans le coeur quelque part de la mélancolie..." Cet hommage musical à Michel Sardou est entonné par un militant frontiste, à Arras (Pas-de-Calais). C'est le dernier déplacement de campagne pour Marine Le Pen. "Vous vous rendez compte ? C'est peut-être la dernière fois que je verrai un de ses meetings", déplore Bernard, déjà nostalgique malgré ses espoirs de victoire.

A deux jours du second tour, la candidate d'extrême droite est de retour en terrain conquis. Dernière calinothérapie avant le dimanche 24 avril. "J'aime toujours lancer ce petit coup de chapeau à ces électeurs qui ont compris plus tôt qu'on pouvait faire autrement", assure-t-elle face aux journalistes. Roye (Somme), Arras, Etaples (Pas-de-Calais), Berck (Pas-de-Calais). C'est la tournée des grands-ducs, pour ce grand final.

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Attablée avec une vingtaine de routiers, entre deux assiettes de crudités, elle promet d'apporter une "réponse immédiate à l'augmentation du prix du carburant". Devant le restaurant, Marcel, sosie non officiel de Johnny Hallyday et retraité des autoroutes, attend de pouvoir lui serrer la main. Le pouvoir d'achat, bien sûr, ça l'intéresse, mais pour lui, il importe avant tout de "mettre fin aux flux migratoires". "On n'arrive déjà pas à nourrir les Français, qu'est-ce qu'on va faire de ces gens-là ? Il faut arrêter de les faire rentrer, la France, c'est pas une poubelle ! Mais dans ce pays, dès qu'on dit ça, on nous traite de racistes."

Pour Thierry, son ancien collègue accidenté du travail après avoir été enseveli sous une tonne de gravier, cette élection est celle de la dernière chance. "Si elle ne passe pas cette fois, c'est mort, je n'irais plus manifester, je ne ferai plus rien, ce sera terminé", jure celui qui a toujours mis un bulletin "Le Pen" (père ou fille) dans l'urne.

La candidate RN se prête à son jeu favori : celui des selfies

Sur le marché d'Etaples, un couple frontiste et une militante macroniste s'accrochent. "Je gagne 1300 euros par mois comme jardinier, entre le loyer et l'essence, il nous reste 300 à la fin du mois, et on est quatre sur ce salaire. Du coup, on ne mange plus que le soir", raconte l'un, pour qui le vote Marine Le Pen apparaît comme l'ultime recours.

Déambulant entre l'étal de poulet rôti et les fruits et légumes, la candidate du Rassemblement national (RN) se prête à son jeu favori : celui des selfies. Les Nordistes font la queue, souvent accompagnés par leurs enfants, pour se prendre en photo. Entourée d'une foule de journalistes, Marine Le Pen tapote des têtes d'enfants, caresse des chiens et répond aux questions qu'on lui pose : "Oui, je peux gagner, les sondages ne font pas l'élection et si le peuple vote, le peuple gagne", répond-elle, mécaniquement.

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Car au-delà d'un dernier hommage à sa base militante, l'enjeu, à deux jours du vote et alors qu'Emmanuel Macron est systématiquement donné gagnant dans les sondages, est d'aller grappiller quelques dernières voix. "Nous avons quarante-huit heures pour convaincre les 15% qui décident pour qui ils vont voter dans les quatre derniers jours", commente Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen. L'idée est d'appeler à la mobilisation et au rassemblement. Et au RN, on le sait, on n'est jamais plus uni que contre un ennemi commun.

Retour à l'antisystème, à quelques heures du second tour

Après un débat d'entre-deux tours qui a laissé peu de place à l'invective, la candidate frontiste concentre donc ses attaques sur Emmanuel Macron, avec lequel se joue un match par médias interposés. "Avec Emmanuel Macron, les Français vont prendre perpet'", "Tout le monde sait qu'Emmanuel Macron est un menteur", assène-t-elle sur le marché d'Etaples, ce vendredi. La veille, devant quelque 3000 militants, elle a entamé son dernier discours, le plus virulent, en attaquant sur "l'arrogance sans limite" de son concurrent. "J'en ai assez, comme vous, de cet irrespect permanent", rage la candidate du RN, sous un tonnerre d'applaudissements.

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Dans la salle des expositions d'Arras, elle exhorte donc les Français à "constituer un front anti-Macron". Inversion de la charge de la preuve pour l'ancienne avocate, dont l'entourage assure que le Front républicain n'est pas "à toute épreuve". "Jospin, Chevènement, Hollande, Hamon, Sarkozy : ce sont tous les mêmes : tous pour un, tous pour Macron, s'étrangle un proche. Ils ont tous suivi les mêmes politiques, ce qui prouve qu'on est véritablement l'alternative."

Retour à l'antisystème, à quelques heures du second tour. Marine Le Pen appelle donc le peuple à "se lever", face à "l'oligarchie froide qui confisque le pouvoir" et "l'élite autoproclamée". Elle l'assure : cette fois, elle peut gagner. Et sinon ? "Elle restera dépendante des Français, parce qu'elle a ça dans le sang", assure une amie. Vendredi 16 heures. Marine Le Pen quitte Berck. En rentrant dans sa Peugeot, elle adresse à la foule un signe de main. La scène revêt un air de tournée d'adieu, comme un dernier au revoir adressé à ses militants. "A dimanche !", leur lance toutefois la candidate, comme pour conjurer un éventuel mauvais sort.