Valérie Pécresse prononce un discours. Cette simple phrase suffit désormais à déclencher des crises d'angoisse à droite. Le souvenir du meeting du Zénith le 13 février hante LR, tant cet échec a écorné l'image de la candidate à l'élection présidentielle. Elle y était apparue figée, au point de devenir un réservoir à moqueries sur les réseaux sociaux.
Cet échec a accéléré la chute de Valérie Pécresse dans les sondages. Deux mois plus tard, la droite a perdu tout espoir de conquérir l'Elysée et prie pour dépasser Eric Zemmour au soir du premier tour. Maigre espérance. Mais l'élection présidentielle est ainsi faite : les meetings en sont, à tort ou à raison, un passage obligé. Décidée à "laver l'affront du Zénith", Valérie Pécresse a tenu ce dimanche 3 avril un nouveau grand meeting parisien au parc des expositions de Versailles. La droite veut sauver les meubles, la candidate doit réhabiliter son image personnelle.
"Il n'y a pas de défaitistes ici"
Le Zénith était un chaudron. La foule est cette fois plus calme. Comme si l'espoir d'accéder au second tour avait abandonné les militants, malgré les "On va gagner" d'usage. Le nom de Nicolas Sarkozy est même sifflé par le public, qui reproche son silence à l'ancien président de la République. Le fondateur de LR a décliné l'invitation de se rendre au meeting.
Valérie Pécresse a tiré les leçons de son échec de février. Elle n'est plus seule en scène. Avant son discours, plusieurs ténors LR montent à la tribune pour mobiliser les troupes. La candidate écoute depuis le premier rang, entourée de Christian Jacob et Gérard Larcher. "Il n'y a pas de défaitistes ici. J'entends que vous avez de la force, de l'énergie et de l'enthousiasme pour faire la campagne jusqu'au bout", lance Xavier Bertrand. Il faut bien donner le change. Michel Barnier met en garde contre toute "complaisance ou compromis" envers l'extrême droite, Laurent Wauquiez loue son "courage" face aux attaques et Éric Ciotti vante les mérites de son projet.
A l'aise sur scène
Après ce long ballet de deux heures, Valérie Pécresse prend la parole. Elle commence son meeting par une minute de silence en hommage aux victimes du conflit ukrainien. La patronne d'Ile-de-France se sait attendue sur la forme. Elle se montre très à l'aise. Elle est plus vive et abandonne le ton ampoulé du Zenith. Valérie Pécresse renonce à singer Charles de Gaulle, à son grand bénéfice. Elle parvient à jouer avec la salle et ne se laisse pas impressionner par la foule. La droite peut souffler.
Sur le fond, Valérie Pécresse ne tombe pas dans le catalogue de mesures. Elle égrène quelques propositions mais insiste sur l'objectif politique qui les sous-tend. Elle évoque la lutte contre la dette - "menace sur notre indépendance et notre niveau de vie" - mais n'égrène pas un chapelet de mesures pour la combattre. Elle vante la "valeur travail" et sa promesse d'augmenter de 10% des salaires, sans se perdre dans les moyens techniques d'atteindre cet objectif. L'ambition oui, la tuyauterie non. Elle articule défense de son projet et vision du pays, fustigeant une "entreprise de démolition française." La prestation est solide, et peut donner quelques regrets à la droite. "Métamorphosée", s'enflamme le député des Alpes-Maritimes Eric Pauget.
Un réveil tardif...
Dans son discours, Valérie Pécresse tente de relever l'éternel défi de sa campagne : s'arroger le monopole de la droite, courant idéologique très concurrentiel. "La droite, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Eric Zemmour en sont les faussaires. Nous en sommes, nous, les légataires." L'ancienne ministre oppose ses "valeurs de droite" au "désordre des extrêmes" et "l'angélisme du président sortant". Ses flèches les plus acérées sont destinées au chef de l'Etat, à qui elle dispute l'électorat de François Fillon de 2017. "De son balcon de l'Elysée, il regarde de haut la démocratie", raille-t-elle.
François Hollande a érigé l'anaphore en accessoire de mode de toute présidentielle. Valérie Pécresse recourt à cette figure de style pour lancer un appel aux Français "méprisés" par le chef de l'Etat. Des "jeunes accusés de ne pas traverser la rue pour trouver un travail" aux habitants de Notre-Dame-des-Landes au "vote piétiné", elle instruit le procès du quinquennat d'Emmanuel Macron. La foule gronde et gagne en enthousiasme.
"Il faut sauver l'honneur" : deux heures avant le discours, un soutien de la candidate résumait l'enjeu de ce discours. Valérie Pécresse a gagné ce pari. Mais ce sursaut risque d'être bien tardif. "Elle est comme on l'aime. Dommage qu'on soit en avril", glisse ainsi un lieutenant en fin de meeting. Créditée de 9% à 10% d'intentions de vote, la prétendante est distancée par le duel Macron-Le Pen. L'égalité du temps de parole imposée par le CSA ne donnera pas à ce meeting un immense écho médiatique. A moins d'une remontada historique, elle sera spectatrice du second tour de l'élection présidentielle. Mais elle peut sortir satisfaite du meeting. L'affront du Zenith a été lavé.
