Un dernier pour la route... avant l'inconnue. Verre de vin à la main, Valérie Pécresse devise sur l'avenir de la viticulture, dans un vignoble du Beaujolais. Sur la table, bouteilles et morceaux de charcuterie offrent à la candidate LR à l'élection présidentielle une douce parenthèse. Elle écoute le gérant de la société et son fils, qui a rejoint l'entreprise familiale. Laurent Wauquiez, mutique, se tient à ses côtés. Mais la météo maussade rappelle à la candidate une cruelle réalité. Les sondages promettent à l'ancienne ministre une élimination sèche dès le premier tour. Seul un miracle lui ouvrirait les portes du second tour. "Les vrais amis viennent quand il pleut", sourit l'ancienne ministre en fixant Laurent Wauquiez.
Valérie Pécresse a choisi la région Auvergne-Rhône-Alpes pour son dernier grand déplacement de campagne. La tonalité est résolument économique. Après avoir parlé "industrialisation" et "relocalisation" chez un fabricant de pièces automobiles, elle disserte sur le "pouvoir d'achat" dans le vignoble. Le vin, un symbole culturel qu'elle fait sien. "Je veux réconcilier la France éternelle et la France nouvelle", lance-t-elle.
Terminer devant Eric Zemmour
Imperturbable, la candidate poursuit sa campagne. Un chemin de croix, constatent tant d'élus LR. Elle ne laisse rien paraître et arbore un large sourire dans sa visite du vignoble. Celle dont la "résilience" est reconnue à droite aimerait tant terminer la course devant Eric Zemmour, afin de ne pas affaiblir son parti dans la recomposition politique à venir.
Deux impératifs guident cette fin de campagne. Valérie Pécresse doit sauver les meubles et réhabiliter son image. La droite veut soutenir sa candidate jusqu'au bout. Les sifflets contre Nicolas Sarkozy Porte de Versailles le 3 avril l'ont montré : gare à ceux qui lâchent la prétendante LR. En fin de journée, un meeting organisé à Lyon illustre cette double exigence.
Macron a "escamoté la campagne"
Devant 1200 personnes réunies au Matmut Stadium, la candidate est très entourée. Bruno Retailleau et Damien Abad, présidents des groupes LR au Sénat et à l'Assemblée, sont présents. Tout comme le mousquetaire Michel Barnier ou l'eurodéputé Brice Hortefeux. Pas question de donner le sentiment de quitter le navire. Tous saluent le courage et la ténacité de leur candidate. "Nous t'aimons telle que tu es", lui confie l'ex-négociateur du Brexit. Laurent Wauquiez vante, lui, son "panache". "Tu n'as rien lâché. Tu as tenu le cap d'un projet de droite solde, sérieux et sans complexe."
Sur scène, Valérie Pécresse cible Emmanuel Macron. Avec un double objectif : lui ôter le statut d'homme de droite et fustiger son attitude dans la compétition. "Il a escamoté la campagne", raille la candidate LR, décrivant un "candidat anguille". Ainsi, la ministre revient sur sa non-participation à une émission politique de France 2, qui a diffusé à la place des extraits de son meeting parisien du 2 avril. Ce meeting justement. Le signe selon Valérie Pécresse qu'Emmanuel Macron n'appartient pas à son camp politique. "Pas un mot sur l'autorité, l'immigration ou l'ordre. (...) Il n'y a qu'un seul vote de droite dimanche." Valérie Pécresse renvoie enfin Marine Le Pen et Eric Zemmour dans le camp de la démagogie et de l'extrémisme.
A droite, la peur du jour d'après
S'arroger le monopole de la droite. Impératif politique, mais vaine tentative. Les électeurs de François Fillon de 2017 sont majoritairement tentés par un vote Macron plus que par un bulletin LR, selon les enquêtes d'opinion. Eric Zemmour dispute à Valérie Pécresse la quatrième place au premier tour de la présidentielle. Rassembler un peuple de droite éparpillé était le défi de la présidente de région : tout porte à croire qu'elle ne l'aura pas relevé dimanche.
Cette campagne présidentielle fut douloureuse pour LR. Mais la droite n'a peut-être encore rien vu. En interne, on anticipe avec appréhension la perspective d'un second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Pour qui voter ? Ce choix devrait mettre en lumière les tiraillements stratégiques et idéologiques d'un camp en crise existentielle depuis 2017. En refusant tout "immobilisme ou destruction", Laurent Wauquiez a donné un indice sur son choix. Un bureau politique et un conseil stratégique ont été convoqués lundi prochain par la direction de LR. La droite pourrait bien être nostalgique de la campagne présidentielle ce jour-là.
