François Mitterrand en faisait l'une des marques essentielles du pouvoir : le président de la République nomme. Qui il veut, quand il veut (ou presque). Il n'a donc pas intérêt à se tromper. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Emmanuel Macron n'a pas toujours eu la main heureuse. Les numéros 2 de ses gouvernements (successivement Gérard Collomb, Nicolas Hulot et François de Rugy) sont tous partis, les ministres d'Etat tombent comme des mouches, au point qu'une décision sage vient d'être prise : pour gommer la difficulté, on supprime le titre. Il n'y a aujourd'hui plus aucun ministre d'Etat, et voilà Macron qui fait du Hollande (un parallèle qui lui ira droit au coeur) : le socialiste n'en voulait pas dans ses gouvernements, histoire d'éviter les querelles d'ego.

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Pousser cette logique jusqu'au bout n'est pas évident : un gouvernement sans ministre, ca finirait par se voir. Une chose est certaine : les propos sur la stabilité gouvernementale sont bons pour la campagne, pas au-delà. Avec 15 changements de portefeuilles en 26 mois, le turn-over est inédit. Macron, mauvais DRH, constatait L'Express en avril. Sans doute le président estime-t-il que la plupart des ministres ne servent pas à grand-chose, sinon à faire semblant, et que seules comptent ses orientations. L'honnêteté oblige à noter qu'il n'est pas le premier à ce poste à penser ainsi.

"Le problème, c'est qu'on n'est pas seul!", disait Sarkozy

Un raisonnement qui en rappelle un autre. Pour les européennes, peu importe, expliquaient les stratèges de la Macronie, qui serait à la tête de la liste de la majorité présidentielle puisque le vrai numéro 1 serait le président de la République. Là encore, le casting ne fut pas des plus heureux : Nathalie Loiseau ne fut pas une mauvaise ministre des Affaires européennes, mais elle fut une candidate médiocre et une eurodéputée catastrophique dans la foulée de son élection. Elle est désormais présidente de la sous-commission "Défense" au Parlement européen.

Emmanuel Macron fait partie de ces individus qui peinent à comprendre que les autres ne vont pas aussi vite, aussi loin, aussi fort que lui. Et quand il s'en persuade, il en tire une conclusion : autant qu'il fasse lui-même ce qui est important. L'enfer, c'est les autres ; bien faire, c'est faire soi-même. Cette fois, cela rappelle Nicolas Sarkozy, qui avait confié un jour, dans son bureau de l'Elysée : "Le problème, c'est qu'on n'est pas seul !" Le chef de l'Etat de l'époque racontait qu'il avait dû rédiger lui-même... un sous-amendement sur le projet de loi sur les OGM. Il en tirait une conclusion : "Finalement, j'ai gagné du temps plus que je n'en ai perdu en m'occupant du dossier." L'exercice solitaire du pouvoir ? Il paraît que certains s'en plaignent ; beaucoup de présidents, eux, en rêvent.