La confidence est signée d'un proche conseiller d'Emmanuel Macron : "Eric Dupond-Moretti a pensé un temps à remplacer Laurent Pietraszewski (le secrétaire d'Etat chargé des retraites) et à devenir la tête de liste des Marcheurs dans les Hauts-de-France. Il voulait vraiment se retrouver sur les marchés face à Marine Le Pen." C'était une histoire de tripes, qui a mal tourné. Finalement, il n'occupera le premier rang que dans le Pas-de-Calais et le résultat sonnera comme un cruel désaveu : LREM voulait en faire voir de toutes les couleurs non seulement à l'extrême droite, mais aussi à Xavier Bertrand, au soir du premier tour Eric Dupond-Moretti ne broiera que du noir. Avec moins de 10%, la liste n'est pas en mesure de se maintenir et de peser sur le second tour. Le résultat dans le Pas-de-Calais (8,67%) est même inférieur au score dans l'ensemble de la région (9,13 %). S'en suivra une algarade entre le ministre de la Justice et son homologue de l'Intérieur, Gérald Darmanin, lui aussi candidat dans la région, aussitôt rapportée par des collègues du gouvernement et qui sera du pire effet.
Eric Dupond-Moretti se savait-il chiraquien ? La maxime de feu le président au langage fleuri s'applique parfaitement au garde des Sceaux : les emmerdes volent en escadrille. Le 1er juillet, se déroule à la chancellerie une perquisition spectaculaire, qui précède la convocation du ministre, le 16 juillet, par la Cour de justice de la République en vue d'une possible mise en examen. Il est soupçonné d'avoir profité de ses fonctions pour intervenir dans des dossiers pour lesquels il était auparavant avocat. Dans le Journal du dimanche, le garde des Sceaux contre-attaque : "L'un des syndicats de magistrats qui a déposé plainte avait déclaré, après ma nomination, qu'elle était une 'déclaration de guerre'. Ce même syndicat a dit jeudi que la plainte n'a été déposée que dans le seul but que je sois mis en examen. Tout est là."
Ce mercredi, L'Opinion et Mediapart révèlent que le ministre de la Justice a omis de déclarer des revenus dans sa déclaration fiscale. What's next ?
Macron a voulu faire un coup en mélangeant people et politique
"C'est une rock star", s'enthousiasme un ministre plus habitué, il est vrai, à l'anonymat. Un membre du premier cercle du chef de l'Etat raconte : "Dupond-Moretti vit le fait d'être ministre comme un honneur extraordinaire, il a des yeux grand ouverts qui pétillent. Quelque part il rachète par ces engagements - son travail de ministre mais aussi la campagne régionale et la lutte contre le RN - toutes les turpitudes qu'un avocat doit faire dans sa carrière." D'autres, dans la majorité, restent réservés sur la manière dont Eric Dupond-Moretti attaque Marine Le Pen, redoutant qu'il se trompe de méthode - le temps n'est plus au combat à la mode Tapie.
Emmanuel Macron se retrouve soudain rattrapé par un problème auquel ses prédécesseurs ont souvent été confrontés. Lui, comme les autres, a voulu faire un coup en mélangeant people et politique. Puisque la société dite civile est parée de toutes les vertus par les temps qui courent, allons puiser en son sein ! Mais les retours de boomerang sont parfois douloureux. La vie ministérielle est devenue impossible, elle exige une ascète parfois incompatible avec des vies antérieures. Ces nominations sont donc toujours des paris. Aujourd'hui, à l'aube d'une campagne présidentielle qui placera les questions régaliennes au coeur de l'actualité, l'affaiblissement du ministre de la Justice et son éventuelle démonétisation dans le débat public sont devenus une préoccupation non négligeable pour le président de la République.
