Emmanuel Macron considère-t-il Édouard Philippe capable d'incarner avec force et efficacité son virage écologique ? Cela fait des semaines que députés et membres du gouvernement tentent de trancher cette question - que le chef de l'État n'a sans doute pas encore tranchée lui-même. Et dont la réponse déterminera en grande partie le maintien ou non du Premier ministre à Matignon. Mais le nouveau maire du Havre n'est pas le seul à connaître pareille situation.
À l'échelon inférieur, l'interrogation vaut tout autant pour Élisabeth Borne, Brune Poirson, Emmanuelle Wargon et Jean-Baptiste Djebbari, les quatre ministres qui se partagent aujourd'hui le ministère de la Transition écologique et solidaire. Ils sont d'ailleurs nombreux en Macronie à estimer - voire espérer - qu'une toute nouvelle équipe devra aider le président de la République à verdir les deux dernières années de son quinquennat. Alors, qu'ils soient remerciés ou transférés, les locataires de l'Hôtel de Roquelaure s'apprêtent-il à subir un grand ménage d'été ? Le scénario ne doit pas être écarté.
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Une incarnation pour vendre la transformation ?
Le week-end dernier, l'un des "mormons" qui accompagne Emmanuel Macron depuis le début de sa campagne présidentielle et qui a toujours son oreille aujourd'hui donnait son sentiment sur l'ampleur du mercato ministériel à venir : "Des mouvements importants sont à prévoir lors du prochain remaniement, car c'est maintenant qu'il faut définir l'équipe qui ira jusqu'au bout, assurait-il. Quand des politiques sont mises en place, il y a deux temps dans leur gouvernance : le premier où on lance l'outil, et le second où l'on gère la mise en oeuvre dans le temps. On n'est pas du tout obligé de le faire avec les mêmes personnes..." Rapportons l'analyse à la thématique : ce lundi dans le parc du palais de l'Élysée, en recevant les membres de la convention pour le Climat et en mettant définitivement fin à leurs travaux, le président n'a-t-il pas conclu le premier temps de la construction de sa nouvelle politique écologique ? L'assemblée citoyenne n'en était-elle pas l'outil ?
Maintenant que la feuille de route a été lancée, le plus dur est à venir. Même s'il compte être le premier VRP de ce tournant, le chef de l'État aura besoin à ses côtés de figures fortes et politiques. Tout du moins d'une réelle incarnation à la tête de son ministère de la Transition écologique, pour accompagner ce "changement de modèle" si important pour 2022 ; encore davantage depuis les résultats des élections municipales ce dimanche. Et surtout, pour réussir à le vendre. Aussi efficace, bosseuse et intransigeante soit-elle face à sa haute administration qu'elle connaît par coeur, Élisabeth Borne n'a pas ce profil. "Elle connaît ses dossiers sur le bout des doigts, mais elle ne donne pas d'impulsion politique, elle n'a même pas de conseiller politique, et Macron a toujours ramé pour expliquer sa politique écolo", analyse un conseiller qui officie auprès de plusieurs ministres du boulevard Saint-Germain. Il en va de même pour Emmanuelle Wargon ou même Brune Poirson, plus discrète ces derniers mois.
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"Au bout d'un moment, on peut se dire, peut-être, que le problème ne vient pas du ministre, non ?"
Alors à Roquelaure, comme partout ailleurs, la période n'est pas la plus simple à gérer pour les ministres et leur cabinet, entre l'attente du couperet et le manque de visibilité sur les actions à mener. "Je les sens tendus, forcément, ils sont tous dans l'expectative, ils ne peuvent que patienter jusqu'au jour de la décision", indique un député de La République en Marche qui s'intéresse de près aux questions écologiques et qui côtoie le quartet. "C'est un peu le bordel en ce moment, j'ai le sentiment que tout le monde est en train préparer ses valises", glisse quant à lui un conseiller thématique, qui voit dans la multiplication des notes qu'on lui demande le signe que "le bateau prend l'eau".
Dans leurs équipes, certains confirment "l'ambiance générale un peu pesante, flottante" : "Heureusement, pour nous, l'actualité est chaude, entre la convention citoyenne, Fessenheim... Ça nous permet de moins y penser, de faire diversion !", s'amuse un membre de cabinet. Puis, il y a celui qui ironise sur le nombre de remaniements déjà subis, et qui semble troquer sa légère préoccupation par une pointe d'énervement : "On a eu trois ministres en trois ans : l'hyper-médiatique, on a vu ce que ça donnait ; l'hyper-politicien, on a vu ce que ça donnait ; et là quelqu'un qui bosse le fond... Au bout d'un moment, on peut se dire, peut-être, que le problème ne vient pas du ministre, non ?"
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Si, encore, il n'y avait que l'épée de Damoclès du remaniement. Dans la conduite des politiques publiques, la séquence est également handicapante. "Le tempo est dysfonctionnel, on ne se rend pas compte à quel point ce type de moment est paralysant, s'exaspère un conseiller ministériel. Après avoir été particulièrement mises à l'épreuve, les administrations profitent que les ministres, affaiblis, soient sous le coup d'un débranchage pour reprendre le contrôle. Soit elles ne veulent rien faire, soit faire uniquement ce qu'elles veulent." De toute évidence, il est temps que le brouillard se dissipe.
