On savait déjà que la double séquence électorale du printemps avait produit un résultat inédit : non seulement l'exécutif n'en a tiré aucune dynamique, voire aucun souffle, mais chacun en est ressorti convaincu d'avoir gagné. A quoi servent donc des élections dans ce cas, si elles ne désignent pas un vainqueur reconnu, et admis, par tous ?
L'automne porte bien son nom, qui semble déjà être celui de ce quinquennat bancal. Emmanuel Macron avait pour ambition première, s'en souvient-on encore, de réconcilier le pays. Il a tenté le fameux dépassement, aujourd'hui réduit à l'addition des forces gouvernementales résiduelles. Voilà que face à la crise de l'essence, le gouvernement adopte la pire des attitudes : "On ne dit pas ce que vivent les gens", résume un ministre. La politique, cette langue morte.
A l'Assemblée, l'examen du budget sur fond de 49.3 montre que la somme des contraires est désormais majoritaire, sans évidemment constituer une alternative. Bien qu'il admette que la question de "l'unité nationale" est posée, Jean-Luc Mélenchon assume une stratégie de la conflictualité. Or il se trouve à son tour emporté par une fracture sociétale - autour des violences familiales -, alors il se veut héraut de la fracture sociale, convaincu, comme il dit en privé, que "la déstabilisation du pouvoir est un fait acquis". Se mettent ainsi en mouvement des France parallèles, qui ne se parlent pas, ne vivent plus la même histoire et jamais ne se rejoignent. Bientôt, ce sera l'hiver.
