Chapitre 1 : un espoir bref et intense
Ce 4 décembre 2021, une atmosphère légère règne au 238, rue de Vaugirard. La chaleur est étouffante, mais les cadres des Républicains (LR) arborent un franc sourire. Journalistes et élus attendent au siège du parti les résultats du second tour de la primaire. LR souffle : la compétition n'a pas viré au bain de sang, la droite aura un candidat unique à l'élection présidentielle. Même le socialiste François Hollande salue en privé la bonne tenue du scrutin. "Vous partiez de loin", a glissé l'ancien président à un élu LR. Habituel théâtre de guerres intestines, le siège de LR est un havre de paix.
L'issue du second tour Pécresse-Ciotti ne fait guère de doute : l'ancienne ministre est assurée de rafler la mise. Avant le verdict, les élus se prêtent au jeu des pronostics. "Si elle obtient plus de 60% des voix, elle pourra être elle-même, même dans la campagne", juge le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi. Bingo. Ce sera 61%. Sa légitimité est incontestable et son adversaire n'est pas humilié. Ce soulagement collectif est sincère. Mais de manière imperceptible, quelques petites fissurent apparaissent. Valérie Pécresse livre un discours monocorde, Eric Ciotti suggère la création d'un tandem avec la prétendante. Le député des Alpes-Maritimes espérait obtenir 47% des suffrages et a mal vécu la vague de ralliements à sa rivale.
A droite, la cause est entendue : LR ne survivra pas à une nouvelle élimination précoce. La tâche de Valérie Pécresse est immense. Elle doit résoudre la crise existentielle de la droite, prise en tenaille entre LREM et le RN depuis 2017. Au lendemain de sa victoire, un observateur de la droite confie : "Elle a trois choix devant elle. Attirer le centre-droit parti chez Macron ou s'occuper de Zemmour puis Le Pen. Soit mélanger les deux stratégies, mais c'est complexe." Prémonitoire.
Un boom dans les sondages
La droite n'en est pas encore là. Dès sa victoire, Valérie Pécresse fait un bon dans les sondages. L'ascension est plus rapide qu'espérée par son directeur de la communication Geoffroy Didier, qui misait sur un mouvement d'opinion en janvier. Elle profite du phénomène Zemmour, qui affaiblit Marine Le Pen. Chez LR, la candidature de l'essayiste est vue comme un don du ciel. Choix est fait de l'épargner. On n'attaque pas ses réserves de voix. Le second tour est à portée de main. "Ce qui se passe est inespéré, on doit savourer", se réjouit la députée européenne Agnès Evren.
Soucieuse de ne pas répéter les erreurs de François Fillon en 2016, Valérie Pécresse rassemble sa famille. Elle se déplace sur les terres de chaque vaincu du Congrès et désamorce habilement un début de polémique avec Eric Ciotti qui lui reprochait d'avoir balayé plusieurs de ses propositions. "Elle gère bien son début de campagne. Mais c'est plus facile pour elle, car il n'y a plus les haines de 2016", analyse alors le sénateur Bruno Retailleau, proche de François Fillon. Son directeur de campagne Patrick Stefanini consulte à tour de bras pour intégrer les équipes des perdants de la primaire au dispositif de campagne. Les mousquetaires, comme Valérie Pécresse les surnomme, s'impliquent. Surtout Xavier Bertrand, dont le bureau jouxte celui de la candidate au QG.
Voilà pour l'organisation. La stratégie politique s'esquisse. Sondages à l'appui, Valérie Pécresse joue la carte du "vote utile". Elle seule serait en mesure de déloger Emmanuel Macron de l'Elysée. Elle tente d'installer un duel avec le chef de l'Etat. Marine Le Pen et Eric Zemmour sont renvoyés à leur impuissance sondagière. Avant Noël, le président du RN Jordan Bardella propose à Geoffroy Didier l'organisation d'un débat entre les deux rivales. Ce dernier ne donne pas suite.
Vote utile anti-Macron
La majorité l'aide dans son entreprise. Début janvier, les députés LREM tombent sur Valérie Pécresse, qui avait dénoncé l'installation d'un drapeau européen sous l'Arc de Triomphe. La droite se frotte les mains. "C'est bon pour elle, cela installe une Ligue des champions entre Macron et elle. Les autres restent en Ligue 1", note un conseiller LR. "Qu'ils continuent, c'est génial", sourit alors le vice-président de la région Ile-de-France Othman Nasrou.
Cette douce euphorie est en trompe-l'oeil. Plusieurs cadres LR mettent en garde contre le recours excessif à l'argument du vote utile. Trop conjoncturel. "Cela ne marche que tant qu'on est dans le match", résume fin décembre le patron des députés LR Damien Abad. Pas assez politique, aussi. "On ne doit pas faire la campagne de second tour avant le premier, met en garde début janvier un sénateur LR. On doit surtout reconstituer notre socle. Installer le duel anticipe cette étape." Une campagne de premier tour s'articule autour d'une offre politique très définie. Mais que porte Valérie Pécresse ?
Chapitre 2 : l'heure des doutes
Ce 21 janvier 2021, rendez-vous est pris dans un restaurant de poissons du XVIIe arrondissement de Paris. Patrick Stefanini dirige sa troisième campagne présidentielle. Les deux premières ont porté Jacques Chirac à l'Elysée. En cours de rendez-vous, on soumet une interrogation aussi banale que sérieuse à l'ancien préfet. "Qu'est-ce que le pécressisme ?" Le terme est absent du vocabulaire politique. "C'est l'autorité et la liberté." Un peu court. Rares sont les candidats à récuser ces deux concepts.
Passée la joie de la résurrection, la droite doit composer avec les affres du quotidien. A bas bruit, des doutes émergent sur la campagne. Des inquiétudes encore couvertes par le doux son des sondages. Valérie Pécresse a un programme dense, peut-être le plus abouti avec celui de Jean-Luc Mélenchon. Elle le décline au fil de déplacements thématiques, censés illustrés sa capacité à prendre les rênes de l'Etat.
Manque d'identité
Il ne manque rien. Sauf peut-être l'essentiel. Une signature propre. Difficile de résumer en deux phrases son projet politique. Jacques Chirac combattait la fracture sociale en 1995, Nicolas Sarkozy vantait son "Travailler plus pour gagner plus" douze ans plus tard. Valérie Pécresse énumère, elle, un catalogue de mesures, comme lorsqu'elle prononce un discours de... 29 pages sur l'agriculture dans le Doubs.
De nombreux élus souhaiteraient que la prétendante insiste sur quelques "propositions chocs", qui résumeraient son identité. Ils regrettent le manque de "récit" d'une campagne studieuse mais terne. "Elle n'est pas assez disruptive", juge un cadre LR. Transgressive surtout. La candidate ne surprend jamais son camp et ne s'extrait pas d'un classicisme de droite. Les cases sont cochées, les propositions aussi vite énoncées qu'oubliées.
Le 22 janvier, elle rend ainsi visite à Laurent Wauquiez en Haute-Loire. Son discours sur l'éducation est éclipsé par ses retrouvailles avec l'ancien président de LR, qu'elle n'épargnait pas pendant son mandat. Sous les radars, une nouvelle fois. Un intime de Valérie Pécresse le confesse : "J'aurais dû lui dire plus tôt et fort : 'tu as le projet le plus riche, tu dois choisir une clef d'entrée et la marteler." La candidate suscite une forme d'indifférence polie. Pas de rejet, mais aucune passion. Qui s'emporterait contre un rapport de l'Inspection des finances ?
Pécresse, une candidate mal à l'aise
Son déficit de notoriété n'arrange rien. Valérie Pécresse a occupé des ministères techniques sous Nicolas Sarkozy. Sa désignation comme candidate LR n'est pas le fruit d'une épopée, mais d'une victoire surprise dans un scrutin interne. Le changement de division est brutal. "Elle a toujours eu de la retenue dans sa vie publique. Et d'un coup on lui dit qu'il n'en faut plus, résume Roger Karoutchi. A 25 ans c'est facile. Plus tard, c'est plus compliqué."
La candidate a conscience de cet enjeu. Ses équipes aussi. En interne, décision est prise de moins l'afficher avec les fameux mousquetaires. Elle a besoin d'une identité propre, et pas de la tutelle d'hommes. Il n'y aura qu'une femme face aux Français.
Elle décide de multiplier les déplacements aux quatre coins de la France. Mais n'est pas Jacques Chirac qui veut. A l'aise à la télévision, Valérie Pécresse est souvent raide sur le terrain. Elle peine à nouer des échanges chaleureux avec les électeurs. Comme au salon de l'Agriculture, ou elle demande machinalement aux visiteurs leurs régions d'origine. "Bonjour la Bretagne !", "Bonjour l'Alsace !"... "Elle est intelligente mais inadaptée socialement, analyse un cadre de la majorité qui la connaît bien. Elle parle à Bernard Arnault comme à la boulangère du coin. C'est trop long pour l'un et imbitable pour l'autre." Son seul coup d'éclat : son face-à-face sur BFMTV avec Jean-Jacques Bourdin, visé par une plainte pour agression sexuelle.
Ses contempteurs se réfugient dans l'anonymat. Jusqu'à début février. Comme souvent à droite, la grenade est dégoupillée par Rachida Dati. Dans un entretien au Figaro, la maire du VIIe arrondissement de Paris met en garde contre les "postures technocratiques" et appelle Valérie Pécresse à faire preuve de "transgression" dans son projet. "L'élection présidentielle, c'est avant tout la rencontre d'un homme ou d'une femme avec le peuple français, pas avec une somme de propositions", conclut-elle. Rachida Dati, ou l'art de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Quelques jours plus tard, le député LR Eric Woerth, symbole de l'orthodoxie budgétaire, rejoint Emmanuel Macron. Valérie Pécresse encaisse ces chocs, et se concentre sur son grand meeting du Zénith le 13 février. L'occasion idéale de se relancer.
Chapitre 3 : le temps des tempêtes
Ce 13 février, Emmanuel Macron jette un oeil au grand raout de Valérie Pécresse. Quelques minutes suffisent. Le chef de l'Etat fait ensuite passer le message à ses troupes : la majorité est invitée à la discrétion. Pas besoin de vider son chargeur quand son ennemi se saborde.
Retour quelques jours plus tôt. La droite a les yeux rivés sur le meeting de "Valérie". Eric Zemmour grimpe dans les sondages, il y a urgence à relever la tête. Etrange paradoxe. Il est de notoriété publique que Valérie Pécresse n'est pas bonne oratrice. Mais personne ne songe à discuter de la pertinence d'un tel rassemblement. "C'est un passage obligé" répètent en choeur les élus LR, attachés aux canons de la Ve République. Qu'importe le profil de sa candidate, la droite gaulliste veut sa grande messe. Valérie Pécresse, elle-même, tient à cette démonstration de force qui avait si bien lancé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. "Pour elle, il fallait cocher la case, c'est comme ça", se souvient une parlementaire.
Ce 13 février, 7000 personnes se massent au Zénith de Paris. Un chaudron. L'ambiance bouillante n'a pour égal que le gigantisme de la mise en scène. Un immense drapeau tricolore est déployé derrière la candidate. Quelques minutes avant sa prise de parole, le chauffeur de salle Geoffrey Carvalhinho lance à la foule : "Vous vous souviendrez de ce meeting dans vingt ans !" Le jeune homme ne croit pas si bien dire. C'est un naufrage. L'entrée en scène de Valérie Pécresse, stricte dans sa tenue noire, est mécanique. Assistée pour la première fois de prompteurs, elle lit son texte de manière figée et ne joue jamais avec une salle acquise à sa cause.
L'échec du Zénith
Ce meeting est une réplique en miniature de sa campagne. La forme est ratée, le fond laisse sceptique. Valérie Pécresse énumère des mesures sans tonalité singulière. Elle donne le sentiment de donner des gages aux électeurs tentés par Macron et Zemmour, dans une synthèse fade. "Ce discours était un non-choix, se rappelle un stratège LR. On a l'impression que plusieurs fées se sont penchées dessus en disant 'n'oublie pas ça et ça'. Elle n'a rien oublié, mais on n'a rien retenu."
Un comité stratégique est organisé le lendemain. Jean-François Copé et Xavier Bertrand reprochent à la candidate l'emploi ambigu du terme de "grand remplacement". Aucun mousquetaire n'a en effet lu le discours avant son prononcé. L'intéressée jure avoir été mal comprise, mais l'échange fuite dans la presse. Dans son entourage, on soupçonne le patron des Hauts-de-France d'avoir parlé. "Il nous a foutus dans la merde en cherchant à prendre date pour la suite", raille un proche. Les relations de Xavier Bertrand avec Eric Ciotti se tendent. Les soupçons d'arrière-pensées empoisonnent la vie de LR.
L'image personnelle de Valérie Pécresse sort écornée du Zénith. L'austère énarque est moquée sur les réseaux sociaux où règnent en maîtres les disciples d'Eric Zemmour. Elle reconnaîtra elle-même le 29 mars à Marcq-en-Baroeul que la droite n'était pas "préparée à cette bataille informationnelle". Ce meeting agit sur elle comme un poison lent.
Sarkozy, l'absent
Tout comme le silence hostile de Nicolas Sarkozy. Dix ans après sa défaite, la droite ne s'est pas affranchie de la tutelle de l'ancien président. Elle n'a jamais dressé un inventaire sérieux de son quinquennat et les élus LR partent toujours en pèlerinage rue de Miromesnil. Cette servitude volontaire affaiblit Valérie Pécresse, à la merci de l'humeur de l'ancien chef de l'Etat.
Cela tombe mal. Nicolas Sarkozy ne porte pas son ancienne ministre dans son coeur. En privé, il lui reproche de ne pas assez le citer et critique une campagne fade. Il n'a pas apprécié de ne pas avoir été prévenu lorsqu'elle a repris sa formule du "Kärcher". L'ex-président est susceptible. Il se plaît à rappeler qu'Emmanuel Macron l'a appelé le 1er janvier pour lui souhaiter bonne année, alors que Valérie Pécresse s'est contentée d'un SMS le lendemain. Crime de lèse-majesté.
Le Figaro se fait écho de certaines critiques le 10 février. Valérie Pécresse est attendue deux jours plus tard au bureau de Nicolas Sarkozy. "Devait-elle l'appeler pour annuler le rendez-vous ?, s'interroge à haute voix un proche de la candidate. Ce n'est pas facile pour quelqu'un qui a été son ministre, mais un homme ou une femme se construit en tuant le père." Valérie Pécresse ne coupe pas le cordon. Elle se rend au pied de son immeuble, tel un jeune député LR en soif de contacts. A cette sujétion répondra la colère des militants LR, qui siffleront le nom de Nicolas Sarkozy lors de son meeting le 3 avril à la Porte de Versailles.
"Sois toi-même Valérie !"
Mais Valérie Pécresse n'a pas osé saisir cet agacement latent. Ce triste feuilleton la poursuivra toute la campagne. Sans espoir que le fondateur de LR ne vienne à son secours. "Il ne soutiendra jamais une candidate à 10%, assure un conseiller de la candidate début février. Il sera en position de négocier un accord politique avec Macron."
A droite, on appelle Valérie Pécresse à retrouver sa singularité du Congrès. Une supplique monte. "Sois-toi même Valérie !" Le conseil est aussi évident qu'ombrageux. La candidate a endossé des identités multiples dans sa vie politique. La chiraquienne - doctrine floue - a opéré une mue conservatrice dans les années 2010. Elle a défilé dans les rangs de La Manif pour tous et recruté des membres du mouvement conservateur Sens commun aux régionales de 2015. Ce positionnement n'a pas survécu à l'élection de Laurent Wauquiez à la présidence de LR. Elle a alors prôné une droite "ouverte" et "progressiste"... Avant de remporter la primaire LR sur une ligne très ancrée à droite.
Valérie Pécresse est prise à revers pas sa plasticité idéologique. Chacun se voit comme son miroir. Bruno Retailleau, libéral et conservateur : "Le passage chez Chirac et la fréquentation des entourages habituels l'ont encouragée à la prudence. Mais tout chez elle en fait une vraie femme de droite." Damien Abad : "C'est une femme de droite modérée." Demander à Valérie Pécresse d'être elle-même, c'est souvent, de la part de ses interlocuteurs, lui demander de leur ressembler.
La voici qui entame une régulière érosion sondagière. Son image est abîmée par les révélations de Libération du 23 février sur le corps électoral douteux de la primaire LR. Un coup dur. Mais elle n'a encore rien vu. La journée suivante lui sera fatale.
Chapitre 4 : la résignation
24 février. 5h30. Vladimir Poutine annonce l'invasion de l'Ukraine dans une allocution télévisée. La guerre est de retour en Europe. Avec une conséquence politique immédiate : Emmanuel Macron profite d'un réflexe légitimiste et mord un peu plus sur l'électorat de Valérie Pécresse. La candidate est désarmée. Elle partage la ligne diplomatique d'un chef de l'Etat dont elle veut pourtant à tout prix se différencier. Elle n'est pas aux affaires et n'a aucune prise sur la crise.
Mais elle n'a d'autre choix que d'investir le sujet. Au risque de donner l'impression de "jouer" au chef de guerre. La frontière entre les deux est ténue, la franchir expose Valérie Pécresse aux sarcasmes. Le 28 février, un cliché diffusé sur les réseaux sociaux immortalise une réunion de son Conseil de défense stratégique. La candidate et d'anciens ministres de la Défense sont assis autour d'une table recouverte d'une nappe blanche trop longue et froissée. Tous arborent un air grave, sans que l'on sache ce qu'ils regardent. Cette "war room fantôme" a des airs de mauvaise série Z. "Cela a fait rire la terre entière", soupire un cadre LR. Comme la formule légère de Valérie Pécresse, dénichée par Quotidien, qui écourte sa visite au salon de l'Agriculture en lançant à la cantonade :"Je file m'occuper de l'Ukraine"... Elle se rend alors à une réunion d'information autour de Jean Castex.
Débat virulent avec Zemmour
Ces erreurs de communication illustrent une impasse politique. Lors d'une réunion stratégique le 1er mars, Valérie Pécresse apparaît "éteinte". Elle revient longuement sur la situation internationale et la difficulté de faire campagne. "Je me suis presque dit qu'elle allait jeter l'éponge à la fin de la réunion", se souvient un participant. "Dans cette campagne, on aura été pris en sandwich entre le Covid et l'Ukraine", lâche un intime.
Mais la candidate ne lâche rien. Sur les conseils de Bruno Retailleau, elle accepte de défier Eric Zemmour dans un débat télévisé. Macron perché sur son Olympe, priorité est donné à la qualification au second tour. L'essayiste d'extrême droite n'est plus un marchepied mais un adversaire à condamner à mort. Le 10 mars, Valérie Pécresse domine le fondateur de Reconquête sur TF1. Elle démonte avec justesse son programme, Eric Zemmour peinant à lui opposer autre chose que des sourires narquois.
La voilà requinquée. Elle apparaît combative le lendemain à Brive. Elle échange avec les commerçants et clients d'un marché couvert, goûtant le jambon à la truffe ou posant avec des badauds. Heureuse de sa victoire. Mais à quel prix ? L'échange a viré au combat de boxe et a affecté sa présidentialité. "Elle l'a soûlé de coups, ce qui a pu donner le sentiment d'un pugilat, analyse un proche. Cela les a desservis tous les deux, mais il était difficile de faire autrement. Elle l'a au moins privé d'oxygène, celui qui se rêvait en bâtisseur de l'union des droites a échoué." Les chiffres sont têtus. Les deux combattants ne cesseront de baisser dans les sondages après cette joute.
La droite a longtemps attendu l'entrée en lice d'Emmanuel Macron comme le messie. Elle devait lancer la campagne, ouvrir un débat sur son bilan et installer le match avec Valérie Pécresse. Mais ce scénario a été écrit avant la guerre, lorsque Valérie Pécresse touchait du doigt le second tour.
Dans l'attente de la défaite
Quand le président se lance enfin le 4 mars, Valérie Pécresse n'est qu'une candidate parmi d'autres. Emmanuel Macron lui emprunte plusieurs de ses propositions, comme une réforme du RSA ou un report de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans. Le piège est grossier, la droite tombe dedans. En hurlant au "plagiat", elle accrédite implicitement l'idée qu'Emmanuel Macron est un homme de droite. Un vote utile de droite. Patrick Stefanini doit appeler les siens à modérer le recours à cet argument.
La malchance s'ajoute aux erreurs. La candidate contracte le Covid à trois semaines du premier tour, au lendemain d'une émission chez Cyril Hanouna. Sa voix y est fatiguée, malgré les pots de miel ingurgités pendant la campagne. Elle subit les coups portés par Marion Maréchal et l'Insoumis Adrien Quatennens. Simple anecdote de fin de campagne. La résignation a depuis longtemps gagné la droite. Les députés se retranchent sur leurs circonscriptions et activent le "mode survie" en vue des législatives. Les tracts leur brûlent les mains. Certains se sentent exclus d'une campagne gérée par le carré de fidèles franciliens de la candidate.
L'élection n'a pas eu lieu, mais LR s'interroge déjà sur les contours de la future recomposition du paysage politique. Les fidèles du chef de l'Etat reniflent l'odeur du sang et songent déjà à enterrer définitivement l'héritier de l'UMP. Valérie Pécresse, elle, poursuit son chemin de croix. Celle dont la "résilience" et le "courage" sont unanimement reconnus est désormais créditée de 9% d'intentions de vote. Soit son score d'avant Congrès LR. Comme si ces trois mois de campagne n'avaient été qu'un lent retour à la normale.
