Une "remontada" historique ou une élimination précoce : deux scénarios s'offrent à Valérie Pécresse à dix jours du premier tour de l'élection présidentielle. La candidate Les Républicains (LR) plafonne à 10% d'intentions de vote (9,5% selon le dernier sondage Elabe pour L'Express et BFM TV, en partenariat avec SFR), loin derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Devancée par Jean-Luc Mélenchon, elle a pour rival immédiat Eric Zemmour, à qui elle dispute une peu glorieuse quatrième place.
Les sondages sont têtus. Valérie Pécresse, elle, ne lâche rien. Elle a repris mardi 29 mars sa campagne de terrain, cinq jours après avoir été testée positive au Covid-19. Un déjeuner avec des entrepreneurs et une déambulation dans les rues de Roubaix ont signé son retour en piste. Sa détermination ne fait guère de doute. Mais elle dessine une cruelle interrogation : que peut-elle faire pour renverser la vapeur ? Quel levier inédit peut-elle actionner pour déjouer les pronostics ? Les munitions manquent.
Temps de parole très réglementé
Depuis le début de la campagne officielle lundi, le temps de parole des douze candidats est décompté selon le principe d'égalité stricte. Chacun dispose du même temps d'antenne à la radio et à la télévision. Cette règle ne fait pas l'affaire de Valérie Pécresse. Elle s'est révélée à l'aise dans les longues émissions politiques, où elle pouvait décliner ses propositions. Sa force de frappe sera désormais moindre, dans des formats plus courts, où elle ne sera qu'une prétendante parmi d'autres.
"C'est difficile pour tous les principaux candidats, mais moins grave pour Le Pen et Macron qui sont devant", résume un fidèle de la patronne d'Ile-de-France. "Il faut bien choisir les moments de communication, souligne son entourage. Il ne faut pas réagir sur tout et prendre trop d'avance dans le temps de parole. Il est important d'en garder pour la fin."
Outre les prestations télévisées, Valérie Pécresse compte se démultiplier sur le terrain. Elle doit tenir deux grands meetings avant le premier tour, à Paris et Lyon. La presse écrite, qui n'est pas concernée par les règles du CSA, sera aussi privilégiée par ses équipes. Elle a ainsi répondu aux questions des lecteurs d'Aujourd'hui en France et de La Voix du Nord. Avec toujours la même idée : se poser en seule prétendante de droite.
"Nous ne sommes pas maîtres de la situation"
S'arroger ce monopole idéologique n'est pas aisé. La faute à la double concurrence d'Emmanuel Macron et d'Eric Zemmour, qui mord davantage sur l'électorat LR que Marine Le Pen. La faute, aussi, à certaines erreurs de communication. LR s'est notamment publiquement ému du "pillage" du projet de Valérie Pécresse par Emmanuel Macron. Au risque d'alimenter l'idée que le président de la République est bien le "vote utile" des électeurs de droite, comme le montrent les enquêtes d'opinion. En interne, le directeur de campagne Patrick Stefanini a appelé ses troupes à modérer le recours à cet argument.
Les proches de Valérie Pécresse ont longtemps cru que l'entrée en lice du chef de l'Etat réveillerait l'intérêt pour la compétition. La guerre en Ukraine a balayé cette espérance et fait craindre une abstention d'un niveau inédit le 10 avril. "Je crains que les gens n'entrent pas dans l'élection d'ici au premier tour, confie le député des Alpes-Maritimes et conseiller de Valérie Pécresse Eric Pauget. Les Français aiment la politique mais ne sont pas dedans. Je ne vois pas ce que l'on peut faire pour créer un électrochoc. Nous ne sommes pas maîtres de la situation."
Valérie Pécresse n'a guère de prise sur le peu de passion suscitée par l'élection présidentielle. Elle n'en a pas plus sur la campagne de ses deux concurrents. Pour être finaliste, elle doit enclencher une dynamique propre et bénéficier en parallèle d'un affaissement des autres candidats. D'Emmanuel Macron, dont la campagne déçoit. De Marine Le Pen, surtout. A droite, on juge que l'abstention pourrait affecter la présidente du Rassemblement national (RN), comme lors des dernières régionales. Son électorat populaire est davantage touché par la désertion électorale que celui de la droite, plus âgée et diplômée. "Il y a un scénario où on se faufile", veut croire un lieutenant de la candidate. De la science-fiction, pour le moment.
"Elle a une résilience qui force mon admiration"
A droite, tout le monde loue la ténacité de Valérie Pécresse dans une campagne aux airs de chemin de croix. "Elle a une résilience qui force mon admiration vu ce qu'elle prend dans la gueule", avance une parlementaire pourtant pas avare de critiques. L'ancienne ministre joue de ses attaques pour se forger l'image d'une combattante, aussi coriace en campagne qu'au pouvoir. "Nicolas Sarkozy avait lui-même dit que, pour être président de la République, il ne faut plus avoir une seule partie du corps sans cicatrice. Là, je crois que je n'en suis vraiment pas loin", confiait-elle au Parisien le 16 mars.
Les plus optimistes veulent croire que ces blessures serviront Valérie Pécresse. Elles humaniseraient l'énarque, souvent dépeinte en technicienne. "Ces attaques peuvent déclencher une prise de conscience dans notre électorat et le mobiliser", juge Eric Pauget. A voir. Le créneau de la femme blessée lui est disputé par Marine Le Pen. Son image personnelle a bénéficié des ralliements de cadres RN, la transformant en candidate lâchée par les siens. "Et contrairement à Pécresse, elle bénéficie de la trahison familiale avec Marion Maréchal", lâche un cadre LR. Qu'elle soit politique ou personnelle, la comparaison avec Emmanuel Macron et Marine Le Pen ne cesse de poursuivre Valérie Pécresse.
