Un drôle de retour sur le ring. Enfermée dans les vestiaires pendant cinq jours en raison du Covid-19, Valérie Pécresse a de nouveau humé l'air de la campagne ce mardi 29 mars dans le Nord. Avec une impression contrastée : malmenée lors d'un étrange déjeuner avec des chefs d'entreprise, la candidate des Républicains (LR) à l'élection présidentielle a déambulé avec assurance dans l'après-midi a Roubaix, ville théâtre d'un documentaire de M6 sur la montée de l'islamisme. En campagne, les terrains conquis ne sont pas forcément ceux qu'on croit.
Curieux interrogatoire
"Ah, tu ne l'as pas épargné." Xavier Bertrand manie l'art de l'euphémisme. Cette pique du patron des Hauts-de-France est destinée au chef d'entreprise Olivier Albert. Le fondateur du réseau "Business Club" accueille Valérie Pécresse pour un déjeuner à Marcq-en-Baroeul. La candidate vient défendre son programme économique devant 189 entrepreneurs.
Du moins, le pense-t-elle. Sur scène, l'hôte n'est guère disposé à parler des impôts de production ou de la réforme des retraites. Il soumet la candidate à des questions d'ordre intime plus que politique. Closer plutôt que Les Echos. Valérie Pécresse revient sur son enfance et sa relation avec ses concurrents de la primaire LR. Une mosaïque de femmes politiques apparaît sur l'écran géant derrière elle. Avec qui partirait-elle en vacances ? Christine Lagarde. Avec qui une telle aventure est impossible ? Marion Maréchal. L'organisateur l'interroge sur l'effet produit par sa notoriété sur son époux. "Je ne suis pas sûre que vous auriez posé cette question à un homme", raille la candidate... avant de répondre.
Elle se plie à ce curieux exercice et tente de réorienter l'entretien sur les sujets de fond. En vain. Le présentateur reste fidèle à son scénario. Il l'interroge avec une fausse pudeur sur son meeting raté du Zénith - "une leçon de vie", confie-t-elle - et diffuse sur scène une séquence télévisée de 2010. "Rien de tel qu'une femme pour faire le ménage", lance Valérie Pécresse, à l'époque candidate aux élections régionales.
"Les amis, si vous n'avez pas fait une bourde dans les 12 dernières années, jetez-moi la première pierre, se défend la candidate. Il ne faut jamais faire d'humour en politique." Applaudissements de la salle. Pendant l'échange, Valérie Pécresse se montre à l'aise, répondant du tac au tac aux flèches de son interlocuteur. Mais les grands défis que la France a à relever attendront. "C'était curieux, cela n'était pas prévu comme ça", confie après coup un proche de Valérie Pécresse. Rien ne sera épargné à la candidate dans cette douloureuse campagne.
Différenciation
Changement total de décor l'après-midi. La présidente de l'Ile-de-France file à Roubaix pour parler insécurité et communautarisme. Elle traverse la rue de Lannoy - immortalisé par l'émission Zone interdite - et échange avec plusieurs habitants du quartier. Manière de réinvestir la thématique de la sécurité, angle mort supposé du quinquennat d'Emmanuel Macron. Manière aussi de répondre à Eric Zemmour, qui s'est rendu vendredi sur la "colline du crack" à Paris.
Valérie Pécresse écoute les doléances des Roubaisiens et martèle ses propositions : police municipale obligatoire, vidéo protection, hausse du budget de la Justice et "impunité zéro". "Nous souhaitons que la République soit partout chez elle", répond Valérie Pécresse à un passant, inquiet d'une stigmatisation rampante de sa ville. Lors de sa déambulation, elle passe devant une librairie mise en avant par M6 en raison de la commercialisation d'un ouvrage promouvant la défense de l'islam par les armes. Le commerce baisse son store avant le passage de la candidate. "Les Roubaisiens ont le droit à l'ordre et à la République [...]. Rien n'a changé depuis le reportage", s'agace la candidate.
Cette sentence résume le message de Valérie Pécresse. Distancée par le duel Macron-Le Pen dans les intentions de vote, la prétendante LR insiste sur les marqueurs régaliens. Elle a ainsi présenté jeudi son projet de loi constitutionnelle "pour rétablir l'ordre". Elle tente de dépeindre le chef de l'Etat en président du "désordre", incapable de saisir la menace sécuritaire et identitaire menaçant notre nation. Un angle d'attaque plus fluide que sur l'économie, alors que le président a allègrement pioché dans le programme de sa rivale. A onze jours du premier tour, la différenciation reste l'éternel objectif et casse-tête de Valérie Pécresse.
