Près d'un an après l'apparition du Covid-19 en France et deux vagues meurtrières plus tard, l'attente est toujours extrêmement forte autour de lui. Olivier Véran est actuellement lancé dans un nouveau défi, peut-être le dernier en ce qui concerne cette épidémie : réussir la campagne de vaccination pour enfin sortir de cette longue crise sanitaire.

Mardi, le ministre de la Santé a effectué de nouvelles annonces afin d'accélérer un processus encore poussif, en élargissant notamment aux plus de 75 ans qui ne résident pas en Ehpad la possibilité de se faire injecter le sérum Pfizer-BioNTech.

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Olivier Véran a tenu également aux côtés de Jean Castex, ce jeudi soir, une conférence de presse concernant cette campagne vaccinale mais aussi les dernières évolutions de l'épidémie sur le territoire. A l'issue de cette sortie, il reviendra sur ses orientations stratégiques au micro de BFM TV. Les mêmes qui, aujourd'hui, lui valent de lourdes critiques, particulièrement à droite et jusque dans son propre camp.

Une audition au Sénat le 12 janvier

Celui qui a déjà subi une perquisition de son domicile et de son bureau dans le cadre d'une enquête sur la gestion de la crise, début octobre, sera ainsi auditionné par le Sénat le 12 janvier. "Je demande que le ministre de la Santé Olivier Véran soit entendu par la commission le plus rapidement possible afin d'exposer les mesures correctives envisagées", avait affirmé dans un communiqué la sénatrice LR Catherine Deroche. "Après avoir perdu la bataille des masques, il faut impérativement gagner celle des vaccins", a-t-elle ajouté.

A noter, selon l'AFP, que le président des députés LR Damien Abad et le député LR Eric Ciotti avaient réitéré lundi leur demande d'entendre Olivier Véran à l'Assemblée nationale, dans un courrier adressé au président de la mission d'information sur la gestion de l'épidémie de Covid-19, le député LREM Julien Borowczyk.

D'après un journaliste de LCI, le ministre sera bien auditionné le même jour à l'Assemblée.

L'opposition tire à vue

Bien implantée localement, la droite (LR) ne lésine pas sur les critiques contre l'exécutif et plus particulièrement contre Oliver Véran. Nombre d'élus locaux ont proposé leur aide pour "aller plus vite" dans la vaccination de la population contre le Covid-19, à l'aide de commandes régionales de vaccins, ou encore grâce à la mise en place de "vaccinodromes" un peu partout sur le territoire. Mais les pontes du parti sont catégoriques : Olivier Véran a déjà échoué.

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"Le ministère de la Santé a montré sa grande faiblesse d'organisation. C'est un ministère des comptes publics de la sécurité sociale", a cinglé le chef de file des Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, dans L'Express, mercredi. "Il a une grande différence avec Agnès Buzyn. Cette dernière avait une forme d'humilité devant le Parlement, qu'Olivier Véran n'a pas. Mais il n'est qu'un exécutant", a-t-il ajouté.

"Il restera dans la mémoire collective comme celui qui aura échoué sur les masques, les tests et désormais le vaccin", a attaqué le président centriste de la région Normandie, Hervé Morin, mardi, au Point. Il lui faut "agir ou partir", a tranché le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti. Tandis que la gauche préfère taper indifféremment sur tout le gouvernement : "Le fiasco de la stratégie vaccinale me fait hésiter entre amateurisme et incompétence, et le président fait comme s'il n'y était pour rien", a piqué Yannick Jadot (EELV).

Rappelé à l'ordre par son président

En off, le propre camp d'Olivier Véran n'est pas tendre avec lui. "Il sait qu'il joue sa survie politique sur la capacité à faire accélérer la campagne, car, pour l'instant, la lenteur résulte de mauvais choix logistiques et d'organisation", a glissé un responsable de la majorité au Monde, mercredi.

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"Depuis dix mois, j'ai été soumis à une intense pression. A chaque étape, que ce soit pour les masques, les tests, ou la gestion des confinements, j'ai subi de nombreuses attaques en piqué et d'innombrables procès en scandale d'Etat. Cela ne m'étonne pas et cela ne me touche pas. Le fait est que nous n'avons pas à rougir des résultats", s'est défendu le ministre de la Santé au quotidien.

Mais les critiques les plus dures viennent peut-être du président de la République lui-même. "Lenteur injustifiée", "promenade de famille", les mots choisis par le chef de l'État et révélés par le Journal du dimanche fragilisent son propre ministre. Une volonté de la part d'Emmanuel Macron, assure par ailleurs Le Monde, s'appuyant sur des confidences de l'entourage du locataire de l'Elysée. "Le président n'a pas apprécié que le ministre de la santé lui dise, dans un premier temps, qu'il n'était pas possible d'étendre la vaccination aux soignants de plus de 50 ans... avant de se raviser et d'indiquer qu'il était possible de le faire", raconte encore un proche du chef de l'Etat au quotidien. De l'avis de tous, sur la vaccination, Olivier Véran ne peut désormais que faire mieux.