L'avenir de l'Observatoire de la laïcité et surtout de ses dirigeants ne tient-il vraiment qu'à un fil ? Quand Le Point publie le 19 octobre l'information selon laquelle le rapporteur général de cette instance gouvernementale, Nicolas Cadène, ne tarderait pas à être remplacé, tout est juste. "L'arbitrage avait été rendu par Matignon", confirme un bon connaisseur du dossier.
LIRE AUSSI >> CCIF, BarakaCity, Cheikh Yassine... L'hypocrisie du grand ménage gouvernemental
Mais la parution de l'article, quelques jours après l'assassinat de Samuel Paty, sème le trouble au sommet de l'Etat. "La première mesure après un attentat ne peut pas être de virer le rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité, ça ferait de lui un martyr, même s'il a passé plus de temps à combattre les laïques qu'à promouvoir la laïcité", déplore l'un de ceux qui se sont battus jusqu'à l'Elysée pour obtenir son limogeage.
Des griefs contre l'Observatoire
Pourtant, cela fait des semaines, des mois même, qu'Emmanuel Macron est régulièrement alerté par plusieurs de ses ministres - Marlène Schiappa, Jean-Michel Blanquer et Gérald Darmanin en tête - ainsi que par des personnalités extérieures au gouvernement sur le sujet de l'Observatoire. Leurs griefs ? Plutôt que de défendre la laïcité, son président Jean-Louis Bianco et le rapporteur général se concentreraient sur la lutte contre l'islamophobie avec des alliés pas toujours fréquentables.
Depuis le remaniement, la ministre en charge de la citoyenneté, missionnée pour faire des propositions sur l'évolution de cette instance, a adressé plusieurs notes, dont l'une il y a une quinzaine de jours, à Matignon et à l'Elysée. Marlène Schiappa y élabore trois scénarios.
1) L'Observatoire étant rattaché à Matignon, pourquoi ne pas confier la présidence à un ministre, et le poste de rapporteur général à un préfet ou à un acteur de terrain ?
"Il ne se passera rien avant le premier semestre 2021"
2) Autre idée, "l'Observatoire pourrait devenir une espèce de haut conseil", glisse-t-on à l'Elysée, et ainsi renforcer ses prérogatives en les élargissant notamment à la question scolaire grâce à une coordination avec le Conseil des sages de la laïcité créé par Jean-Michel Blanquer. Le nom de Dominique Schnapper, actuellement à la tête de ce comité, a été soufflé pour la présidence de cet Observatoire élargi. Tout comme celui de Jean-Pierre Obin, auteur du fameux rapport de 2004 sur les signes d'appartenance religieuse à l'école. Une option plus politique a également été évoquée par certains : la nomination de Bernard Cazeneuve. "Il a une posture claire et morale sur ces sujets-là", confirme un membre influent de la majorité.
3) Dernière alternative, "conserver l'instance telle qu'elle existe, mais en remaniant la ligne", glisse un ministre. Comprendre : ceux qui le pilotent. Dans ce schéma, pourquoi ne pas faire appel à une autorité morale comme Elisabeth Badinter ?
Si rien n'a encore été arrêté, la décision semble être repoussée. "Il ne se passera rien avant le premier semestre 2021", glisse un conseiller de l'exécutif. Et peu importe que cela donne une impression de recul.
LIRE AUSSI >> Elisabeth Badinter : "Cela ne peut plus se régler dans le pacifisme"
