Serge Federbusch est un peu inquiet. "Je vous rappelle que nous avons besoin de 527 candidats", glisse-t-il en préambule de sa réunion publique, mercredi 20 novembre, au premier étage du café du Pont neuf, à Paris. La Seine clapote au pied de l'immeuble. Cent cinquante personnes environ se sont installées pour écouter l'autoproclamé "candidat de l'union des droites" plaider sa cause : celle d'un candidat qui porte le fanion de Marine Le Pen dans la capitale aux élections municipales de mars 2020 mais n'est pas encarté au Rassemblement national (RN). Manière, croit-on au sein du parti d'extrême droite, d'élargir un socle désespérément faible chez les électeurs parisiens.
A ceux qui hésiteraient à le rejoindre sur ses listes, le candidat de 59 ans, costume noir et cravate rouge, fourmille de solutions. "Si ça vous gêne, vous pouvez mettre le nom de votre mère ou votre nom d'usage. On peut aussi vous mettre dans d'autres arrondissements que celui où vous vivez, si ça vous arrange." L'heure est-elle si grave pour qu'un habitant de la butte Montmartre, par exemple, puisse aller se présenter sous le nom de sa mère, à Montparnasse, à l'autre bout de Paris ? Le patron du RN parisien, Aurélien Legrand, refuse de donner la moindre indication.
Ces difficultés ne sont pas neuves pour le parti, mais cette campagne a un goût particulier : pour la première fois, le parti de Marine Le Pen ne présente pas de candidat "maison" dans la capitale, mais s'est rangé derrière Serge Federbusch et sa liste "Aimer Paris", OVNI de l'extrême droite parisienne "hors les murs". Un choix qui a fait débat en interne, d'aucuns s'interrogeant sur la fiabilité de l'ancien magistrat, au parcours sinueux. Né dans une famille communiste, encarté au PS dans les années 70, Federbusch a été conseiller à l'urbanisme de l'ancien maire socialiste Bertrand Delanoë, en 2001, puis conseiller apparenté UMP dans le Xe arrondissement de Paris en 2008, dissident de la droite, un mandat plus tard, pour finir aujourd'hui en satellite du parti lepéniste. En septembre, le candidat nous prévenait pourtant : "Je ne suis pas le faux nez du Rassemblement national". Comme s'il lui fallait écarter l'étiquette.
Dans la salle, ce mercredi, les jeunes militants de la branche parisienne du RN constituent la moitié de l'auditoire. Les figures marinistes sont nombreuses : Nicolas Lesage, ancien directeur de cabinet de Marine Le Pen, Jérôme Rivière, député européen RN, et surtout Louis Aliot, député et ancien compagnon de la présidente, venu parler de son expérience de candidat aux municipales à Perpignan. Une tête d'affiche prestigieuse, qui se présente lui aussi sans l'étiquette ni le logo du parti dans la préfecture des Pyrénées-Orientales. De là à vanter, comme Serge Federbusch, l'union des droites ? Pas du tout. "Pour nous, la droite, c'est la résignation", affirme le fils de pied noir, rappelant les nombreux "refus de main tendue" du parti gaulliste. Un discours finalement très "Front", qui soulève les regards interrogateurs de certains dans la salle.
Dépasser les 10 %
"Je préfère être à ma place qu'à la vôtre", souligne, mi-sérieux mi-amusé, celui qui pourrait conquérir Perpignan en mars. Serge Federbusch se pince les lèvres. Il n'a pas d'autre choix que d'être modeste dans sa terre de mission parisienne. En 2014, la liste FN conduite par Wallerand de Saint-Just avait rassemblé un peu plus de 6 % des électeurs. A peine plus que celle de "Paris Libéré", animée par l'entrepreneur conservateur Charles Beigbeder, sur laquelle il figurait. Additionner les deux pourcentages serait pour lui un exploit. "On verra si on dépasse les 10 %, c'est à portée de main", espère Serge Federbusch.
Le magistrat en disponibilité s'appuie sur une campagne qui s'échine à faire le lien entre insécurité et immigration. "Il faut dé-boboïser le problème", affirme-t-il : "Les comportements machistes et patriarcaux sont quand même plus prégnants dans les populations nord-africaines !" Sans surprise, ses propositions épousent les classiques du parti lepéniste : fin de toutes les subventions aux associations d'aide aux migrants, mise en place de rondes sécuritaires dans les quartiers... Et à l'image d'un parti qui se veut le défenseur des automobilistes, il propose aussi de rouvrir les voies sur berge à la circulation.
"Sky is the limit"
Le candidat, qui déplore d'être oublié par les médias, guette les moindres signes d'encouragement. Là, un sondage OpinionWay, qui crédite sa liste de 7 % des voix, à égalité avec celle de Danielle Simonnet de la France insoumise. Ici, le ralliement du Parti chrétien démocrate de Jean-Frédéric Poisson, chantre de l'union des droites. "D'autres viendront, il faut briser cet isolement", dit celui qui regarde avec espoir du côté de Nicolas Dupont-Aignan. "Sky is the limit"', assure avec un brin de folie le candidat.
La réunion s'achève au café du Pont Neuf. Les limites semblent pourtant bien réelles. Le candidat agite de la main droite une corbeille en osier et passe parmi les militants. "Je vous rappelle que nous acceptons aussi les chèques", encourage-t-il. Pour le ciel, on attendra.
