Les institutions donnent parfois l'impression de vaciller, la crise de la représentativité s'amplifie, l'envie de sortir d'un système de monarchie présidentielle gagne du terrain et, pourtant, rien n'y fait : seule l'élection du prochain chef de l'Etat, en 2022, décidera de la réorganisation de notre vie publique - les scrutins intermédiaires n'arrivent pas ou plus à trouver leur place dans notre démocratie. Deus ex machina, quel que soit l'état de la machina...
C'est dans ce contexte que Marine Le Pen va devoir redéfinir sa stratégie pour la présidentielle, c'est maintenant que la question se pose à elle. Voici pourquoi L'Express a choisi cette semaine pour enquêter sur le sujet. La claque reçue par le Rassemblement national au premier tour des régionales, avec ces centaines de milliers d'électeurs perdus depuis la même élection, en 2015, modifie la donne. Attirer des citoyens jusque-là réticents en se banalisant un peu, sans perdre sa base en se banalisant trop ; ne pas être obnubilé par le second tour de la présidentielle, au risque d'en oublier le premier : un double défi attend la candidate du RN.
"Il existe un nouveau clivage dans notre paysage politique, celui qui sépare les partis locaux et les partis nationaux", observe un ponte de la Macronie. On est frappé sur ce point par l'analogie de la situation d'Emmanuel Macron et de celle de Marine Le Pen, l'un et l'autre plus forts à l'échelle du pays qu'enracinés en ses provinces - comme si la France ne souffrait pas de suffisamment de fractures. Et l'on doute déjà que le grand rendez-vous de 2022 suffira à les réduire.
