Mardi, le chemin de croix de la candidate écologiste s'est allongé d'une station, que l'on baptisera "Eva Joly crucifiée par le coprésident de son comité stratégique". Le co-président en question, c'est le député Noël Mamère. Sur Vivre FM, radio confidentielle, il s'est à nouveau interrogé sur "l'intérêt" de son camp à être présent à la présidentielle, arguant qu'il ne faudrait pas "affaiblir le candidat du PS".

Plus tôt le matin, France Inter avait évoqué l'"hypothèse" d'un retrait de la course d'Eva Joly avant le premier tour, si Corinne Lepage n'obtenait pas les 500 signatures nécessaires pour se présenter.

Immédiatement, quelques cadres du parti ont démenti avec force, Cécile Duflot en tête. La patronne d'EELV a qualifié ces rumeurs de "débilitudes manipulatoires inventées (sic)".

Cela n'a pas suffi à éteindre l'incendie. Ce mercredi, le directeur de la communication d'Eva Joly n'avait toujours pas digéré les propos de Noël Mamère, dont il a été, par le passé, l'attaché parlementaire. "En politique, on a toujours quelques difficultés à quitter le devant de la scène", a ainsi jugé Sergio Coronado, sous-entendant que le député de Gironde ne cherchait qu'à faire parler de lui. Pourtant, il en est persuadé, "dans l'esprit des gens, et selon nos études qualitatives, il ne fait plus partie de l'imaginaire des sondés: pour eux, Noël, c'est la préhistoire." Et d'ajouter: "Il y a une certaine fébrilité quant à des futurs postes que l'on ne veut pas perdre." Ce sont les législatives, qui sont cette fois-ci visées.

Cohn-Bendit, la grenade dégoupillée

Car, les candidats écolos à la députation craignent que l'accord électoral signé avec le PS ne soit localement dénoncé en cas de naufrage présidentiel. "Mon interrogation vaut avertissement à double sens, explique aujourd'hui Noël Mamère à L'Express. 1) en direction d'EELV pour les prévenir qu'un mauvais score (prévisible) le 22 avril, c'est prendre le risque de coups de canif dans notre accord. 2) en direction du PS pour lui dire de ne pas indexer l'accord sur notre résultat à la présidentielle." Le député ajoute qu'il n'a fait que poser la question du retrait sans y répondre et qu'il l'a fait "sur une petite radio sans se rendre compte de l'importance que cela prendrait".

Au milieu de ce champ de bataille, Eva Joly est donc contrainte de poursuivre sa campagne. Ce mercredi soir, elle tient meeting à Strasbourg pour parler Europe. A ses côtés, elle trouvera Daniel Cohn-Bendit, qui, comme Noël Mamère, a régulièrement remis en cause l'utilité d'une candidature écolo à la présidentielle.

Est-ce dès lors bien raisonnable d'inviter le "Schtroumpf grognon", comme l'appelait Cécile Duflot, à monter sur scène? "Il a toujours dit qu'il y avait des moments pour se poser des questions et d'autres pour soutenir la candidate. Ce soir, il ne fera pas de commentaires sur les commentaires, il ne parlera que d'Europe", assure Sergio Coronado.

Mélenchon: "Chaque semaine, la moitié de ses copains lui tire dans le dos"

En fait, l'équipe d'Eva Joly ne peut se passer de Daniel Cohn-Bendit pour ce meeting. "A l'échelle européenne, il est l'une des rares personnalités à incarner l'UE. Il représente quelque chose d'unique", reconnaît Sergio Coronado. La candidate devra donc faire meeting commun avec l'eurodéputé, sorte de grenade dégoupillée, prête à exploser à tout moment.

En plus de Cohn-Bendit, Eva Joly sera entourée de José Bové mais aussi Antoine Waechter, soit une bonne partie du spectre écolo. On n'est pas loin du "meeting de soutien avec tous les grands noms de l'écologie" que réclamait, en novembre dernier,...Noël Mamère.

Il viendra peut-être avant le 22 avril prochain, si Eva Joly résiste jusque là. Jean-Luc Mélenchon n'en est pas persuadé : "Personne ne résiste à un traitement pareil. Chaque semaine, la moitié de ses copains lui tire dans le dos."