On ne le connaissait pas quand il est entré à l'Elysée, trop jeune, trop neuf, et c'est peut-être ce qui explique en partie sa victoire - contre ceux qu'on connaissait trop. Deux ans après, en sait-on plus sur Emmanuel Macron, président isolé en son palais, individualiste et omniprésent, qui rassemble tous les pouvoirs sans en dire beaucoup plus sur qui il est vraiment? A L'Express, Corinne Lhaïk, Anne Rosencher et Eric Mandonnet, qui répond à nos questions, ont posé la question à des intellectuels concernés... qui ne sont, finalement, pas beaucoup plus avancés que nous.

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Les questions que nous avons posées à Eric Mandonnet

C'est bientôt le deuxième anniversaire de son entrée à l'Elysée, après une campagne comme jamais la Ve République n'en avait connu, marquée par l'abandon du tenant du titre, l'affaire Fillon, un effondrement des partis traditionnels et un deuxième tour opposant la candidate d'extrême droite à un jeune homme que la majorité des Français avait découvert un an à peine auparavant. A l'époque, Emmanuel Macron était largement un inconnu, l'est-il moins aujourd'hui ? Pas sûr, alors qu'il peine à se sortir de la crise des gilets jaunes, dont il est la cible principale, et qu'il concentre toutes les attentions comme tous les pouvoirs au sein de l'exécutif. Avec Anne Rosencher, Corinne Lhaïk et Eric Mandonnet, L'Express a cherché à savoir qui se cachait vraiment derrière le sourire froid d'Emmanuel Macron. Bonjour Anne, vous avez trouvé ?

  • Pour essayer de lever le masque, vous avez rencontré trois intellectuels, le philosophe Marcel Gauchet, l'économiste Daniel Cohen et la sociologue Dominique Schnapper. Pourquoi ces trois-là ?
  • Sont-ils d'accord sur le constat ?
  • Marcel Gauchet le dit : Emmanuel Macron est de plus en plus insaisissable. Psychologiquement et, plus gênant, politiquement : il ne trouve aucun sens à son action...
  • Hyperindividualisme - quand il est censé porter un projet collectif...

Le Grand Débat a cristallisé ces reproches : le Grand Débat, c'est son grand débat, quand ça aurait dû être celui des Français...

  • Résultat, Emmanuel Macron concentre toutes les haines, on l'a vu avec les gilets jaunes. On a presque l'impression qu'il s'en nourrit...
  • C'est le résultat de son discours, du fait qu'il se présente comme le seul obstacle au populisme, en France et en Europe ?
  • Quand on se veut ni de droite, ni de gauche, on est forcément tout seul ?
  • Marcel Gauchet utilise même le terme d' "exhibitionniste". Mais n'est-ce pas le propre de tous les hommes politiques, l'exhibitionnisme ?

Au-delà du personnage d'Emmanuel Macron, il y a le "macronisme", dont ses partisans se revendiquent. Le macronisme, c'est Macron, en fait ?

  • Comment peut-il, ou plutôt comment les macronistes peuvent-ils pérenniser leur mouvement ?
  • Un mouvement politique qui se résume au "pragmatisme", vous posez la question à Daniel Cohen, est-il encore politique ?
  • Ca manque de vision, d'ampleur, non ?
  • C'est ce qui lui a été reproché après l'annonce de ses mesures censées répondre aux gilets jaunes : ça manque de souffle. Qu'il avait pourtant pendant sa campagne. Où, à quel moment l'a-t-il perdu ?

Macron a l'art de rebondir, on l'a vu avec les gilets jaunes, on l'a vu avec l'incendie de Notre-Dame. Peut-il sortir durablement du piège dans lequel il s'est en partie enfermé ?