Un vent de colère souffle contre la France dans certains pays musulmans. Un appel au boycott des produits français a été lancé après le discours d'Emmanuel Macron prônant la liberté d'expression et défendant la publication de caricatures. Le président français a alors jugé "indigne" et "inadmissible" cette campagne de boycott contre la publication de caricatures de Mahomet.

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Cette campagne "est indigne et je la condamne. Mais elle est faite par certains groupes privés parce qu'ils n'ont pas compris et qu'ils se sont reposés sur les mensonges, sur les caricatures, parfois par d'autres dirigeants. C'est inadmissible", a affirmé le chef de l'Etat dans une interview à la chaîne Al-Jazeera.

"Manipulations" de son discours

"Mon rôle est d'apaiser les choses" mais aussi "de protéger" la liberté d'expression en France, explique le chef de l'Etat dans cette longue interview de près d'une heure diffusée doublée en arabe par la chaîne qatarie, très regardée au Moyen-Orient et au Maghreb.

Emmanuel Macron a dénoncé les "manipulations" autour de ses propos sur les caricatures de Mahomet, venant "parfois de dirigeants politiques et religieux" qui ont laissé penser que ces dessins seraient "une émanation du gouvernement français" contre l'islam.

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Cette campagne antifrançaise "indigne" et "inadmissible" repose, selon lui, sur le fait "que les gens ont cru comprendre que moi, j'étais favorable" aux caricatures de Mahomet publiées dans la presse, en particulier par l'hebdomadaire Charlie Hebdo, estime-t-il. "Je suis favorable à ce qu'on puisse écrire, penser, dessiner librement dans mon pays parce que je pense que c'est important, que c'est un droit, ce sont nos libertés", ajoute-t-il.

Les protestations ont éclaté en réaction à ses déclarations défendant le droit à la caricature au nom de la liberté d'expression, après la décapitation le 16 octobre par un islamiste d'un enseignant français qui avait montré à ses élèves des caricatures du prophète de l'islam, en plein procès de l'attentat de 2015 contre Charlie Hebdo. "Je comprends qu'on puisse être choqué par des caricatures, mais je n'accepterai jamais qu'on puisse justifier la violence. Nos libertés, nos droits, je considère que c'est notre vocation de les protéger", affirme-t-il.

Revenir sur ce droit en France reviendrait à "instaurer" une "forme d'ordre moral ou d'ordre religieux", a averti Emmanuel Macron, en regrettant que "beaucoup de pays dans le monde" aient "renoncé à la liberté d'expression ces dernières décennies parce qu'il y a eu des polémiques, par la peur, par le chaos des réactions".

Réagissant à l'attentat de Nice, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a en effet estimé que la liberté d'expression n'était "pas sans limites" et ne devait pas "blesser de façon arbitraire et inutile" certaines communautés.

Pour sa part, le président indonésien, Joko Widodo, à la tête du plus grand pays musulman du monde, s'est élevé samedi contre la liberté d'expression quand elle "blesse l'honneur, la pureté, et le caractère sacré des valeurs et symboles religieux".

Laïcité et liberté de la presse

Dans l'entretien accorde à Al-Jazeera, Emmanuel revient longuement sur l'importance du principe de laïcité, "ce terme si compliqué qui donne lieu à tant de malentendus" et qui "fait de la France un pays où nous souhaitons que chacun soit citoyen quelle que soit sa religion". "Contrairement à ce que j'ai beaucoup entendu ces derniers jours, notre pays n'a de problème avec aucune religion", et notamment l'islam, affirme-t-il, alors qu'il a été présenté comme "un ennemi de Dieu" par des manifestants à Jerusalem-est vendredi.

Détaillant les "fondements du modèle républicain", il cite aussi la liberté de la presse, soulignant que les caricatures n'ont pas été publiées à l'initiative du gouvernement mais par "des journaux libres et indépendants". Les caricatures se moquent "des dirigeants politiques", de lui "le premier, et c'est normal, et de toutes les religions. Ça ne veut pas dire que je soutiens à titre personnel tout ce qu'on dit, qu'on dessine", souligne-t-il.

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"Dans beaucoup de pays qui ont appelé au boycott" des produits français, "il n'y a plus de presse libre, c'est-à-dire qu'il n'y a plus de possibilité de caricaturer, pas seulement le prophète ou Dieu ou Moïse, mais les dirigeants mêmes du pays", fait-il remarquer.

Revenir sur ce droit en France reviendrait à "instaurer" une "forme d'ordre moral ou d'ordre religieux", avertit Emmanuel Macron, en regrettant que "beaucoup de pays dans le monde" aient "renoncé à la liberté d'expression ces dernières décennies parce qu'il y a eu des polémiques, par la peur, par le chaos des réactions".

Erdogan dans le viseur

Parmi les dirigeants les plus critiques, figure le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a promis de réagir après la publication d'une caricature de Charlie Hebdo le représentant en slip, bière à la main, et soulevant la robe d'une femme voilée.

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Emmanuel Macron a également estimé que son homologue turc avait un "comportement belliqueux avec les alliés de l'Otan", ajoutant souhaiter que les "choses s'apaisent" et que le président turc "ne dise pas de mensonges".

Il a également demandé "que le président turc respecte la France, respecte l'Union européenne, respecte ses valeurs, ne dise pas de mensonges et ne profère pas d'insultes", dans un entretien accordé à la chaîne Al-Jazeera, en pleines tensions diplomatiques entre les deux pays.