Un premier Premier ministre de droite, un deuxième Premier ministre de droite, un ministre de l'Intérieur de droite, un patron de Bercy de droite, une séquence récente sur le thème de la sécurité, un ralliement tenté avec le Républicain Renaud Muselier en Paca... De toute évidence, depuis le début de son quinquennat, après avoir réduit la social-démocratie à peau de chagrin, Emmanuel Macron a voulu dynamiter la droite et séduire son électorat. Une réussite manifeste, quand on regarde notamment la sociologie des électeurs LREM lors des européennes de 2019. Pour autant, peut-on aujourd'hui réellement affirmer, comme on l'entend souvent, que le socle électoral de chef de l'Etat se situe au centre droit ? Que l'électorat socialiste qui avait voté pour François Hollande en 2012, qui s'était pour moitié reporté sur Emmanuel Macron en 2017, a définitivement quitté les rives du macronisme ? Pas si sûr, loin de là.

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Si, comme l'a montré le journal Libération il y a quelques semaines, de plus en plus d'électeurs de gauche ne souhaitent plus voter pour Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen ; s'il est vrai qu'une partie du socle socialiste qui a fait sa victoire en 2017 ne compte pas recommencer, le président de la République garde un matelas confortable de ce côté de l'opinion. "Le récit, entretenu notamment par les médias, qui tend à dire qu'avec la mise en places de plusieurs réformes dites libérales Emmanuel Macron aurait connu une transmutation de sa base électorale et perdu toute sa gauche n'est pas vrai", explique le directeur général de l'Ifop Frédéric Dabi.

Approbation ne signifie pas vote

Le dernier tableau de bord politique réalisé par cet institut de sondage pour Paris Match et Sud Radio est, en ce sens, particulièrement instructif. Pour ne pas dire surprenant. En se plongeant dans les détails de la popularité du président, on y apprend que 38 % des personnes interrogées qui se revendiquent de gauche approuvent l'action d'Emmanuel Macron ! Un score élevé, surtout lorsqu'on le compare à une autre donnée, bien plus inquiétante pour le chef de l'Etat : seuls 32 % des sondés se revendiquant de droite ont une bonne opinion de lui. De ce point de vue, la balance semble s'être inversée au fur et à mesure que les derniers mois se sont écoulés.

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Et le phénomène est encore plus flagrant s'agissant des Français idéologiquement proches des deux anciens "grands partis de gouvernement" que sont le Parti socialiste et Les Républicains : près de la moitié - 46 % - des sympathisants PS approuve l'action d'Emmanuel Macron, contre 30 % pour les sympathisants LR, avec une chute de 20 points depuis janvier ! Certes, approbation ne signifie pas vote, et vice-versa, mais l'électorat macroniste de 2022 pourrait bien être plus équilibré que prévu, surtout si d'ici-là aucune figure forte n'émerge à gauche.