En ce tout début de mandat, le think tank de l'Express formule ses propositions pour réformer le pays sans tarder. Des idées dans lesquelles, sait-on jamais, le locataire de l'Elysée pourrait piocher pour enrichir son projet.

Comment reconstruire le lien civique entre les Français ? "Vivre ensemble", "faire société"... L'inflation de formules grandiloquentes ne masque pas la faiblesse des réalisations face à une archipélisation qui semble inexorable : à la fracture sociale se sont ajoutées des fractures territoriales, culturelles et désormais générationnelles. A nouveau, la France est travaillée par sa vieille passion pour la division. Son histoire nous l'apprend : pour surmonter les conflits, il faut se retrouver sur un corps de valeurs communes et s'attacher à les transmettre.

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Avons-nous à refonder ? Non, et c'est notre chance : dans leur immense majorité, les Français font bloc autour des valeurs républicaines, et d'un art de régler nos désaccords qui s'appelle la laïcité. Reste l'autre moitié du chemin : transmettre, nous ne savons plus le faire. Du moins pas avec l'impérieuse efficacité des "hussards noirs", ni via les multiples courroies sociales, culturelles et symboliques que furent la famille, le parti, le syndicat, les fédérations, les clubs, et même les églises. Entre le "haut" et le "bas", plus de colonne d'air, plus de circulation et donc, plus de transmission.

Jeunes retraités, enseignants, cadres supérieurs publics et privés, professions libérales, journalistes : nous sommes quelques centaines de milliers, peut-être plus, à pouvoir libérer une centaine d'heures par an pour 'mentorer' un jeune de 16 à 25 ans

Il reste énormément à faire pour redresser l'école de la République : c'est l'affaire de vingt ans. Formulons une proposition plus modeste : créer un service civique, non pas des jeunes - il existe -, mais des aînés. Puisque les élites sont contestées, demandons à ceux qui sont "arrivés dans la vie" de parrainer, pendant deux ans, un ou deux jeunes d'un territoire rural ou d'une ville de banlieue. Cela se fait déjà ? Oui, grâce à des associations et des bénévoles dévoués. Multiplions cet effort par dix, par cent, en lui donnant un statut public, en créant un défraiement voire une forme de rétribution.

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Parmi tout ce dont ces jeunes ont besoin, il est une chose qu'on ne leur fournit presque jamais : les ressources informelles que les classes favorisées ont à portée de main. Réseau, savoir-être, conseils, suivi personnel... Jeunes retraités, enseignants, cadres supérieurs publics et privés, professions libérales, journalistes : nous sommes quelques centaines de milliers, peut-être plus, à pouvoir libérer une centaine d'heures par an pour "mentorer" un jeune de 16 à 25 ans. Pour trouver un stage ou rétablir ses droits sociaux, mais pas seulement : pour décrypter la société, commenter l'actualité, découvrir les institutions publiques, visiter un musée ou un lieu de mémoire. Bref, l'amener vers une citoyenneté pleine, ressentie, vécue. Un centre de ressources national, une application de rencontres pour se trouver, quelques dizaines de millions d'euros suffiraient à faire démarrer le projet.

L'intégration n'est pas magique : plus que jamais, comme disait Ferdinand Buisson, il faut "faire des républicains". Tout le monde peut y contribuer.