Au milieu des drapeaux Alliance ou UNSA qui flottaient ce mercredi après-midi sur le Quai d'Orsay, de nombreuses écharpes tricolores - ou d'eurodéputés, de conseillers régionaux - pouvaient se distinguer. La quasi-totalité de l'échiquier politique s'était donné rendez-vous ce mercredi à la manifestation organisée par les syndicats de la police devant l'Assemblée nationale. On pouvait y croiser, hormis Gérald Darmanin qui a fait une apparition éclair sous quelques huées provenant de la foule, une grande délégation du Rassemblement national, emmenée par le numéro 2 du parti mariniste Jordan Bardella et la tête de liste aux régionales dans les Hauts-de-France, Sébastien Chenu. Plusieurs responsables de droite comme Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez ou Éric Ciotti étaient présents, ainsi que plusieurs députés issus de la majorité.
À gauche, en revanche, il y avait quelques trous dans la raquette. Des absences qui mettent encore une fois en relief les divergences de points de vue des forces politiques concernant l'institution policière et, plus globalement diront certains dirigeants, leur rapport aux valeurs de la République. Les communistes, emmenés par le candidat à la présidentielle Fabien Roussel, étaient bel et bien dans la foule, à quelques exceptions près, à l'image de la députée Elsa Faucillon. Tout comme le député européen Yannick Jadot, qui considère que "la police, comme la justice, l'école ou l'hôpital, sont des piliers de la démocratie" ou encore la députée écologiste - non inscrite - Delphine Batho : "C'est la place de tous les citoyens et de toute la représentation nationale que de dire notre attachement au service public de la police et de souhaiter que les conditions de travail s'améliorent, indique l'ex-ministre de l'Écologie de François Hollande. La démocratie est attachée sa police républicaine, on doit retrouver la proximité entre elle et la population qui existait après les attentats de Charlie Hebdo."
Comme prévu, le Parti socialiste a également répondu à l'appel. Son Premier secrétaire, Olivier Faure, entouré d'une délégation de plusieurs parlementaires, a justifié sa présence : "Nous avons la volonté de manifester un soutien à une profession qui souffre et qui remplit une mission difficile, parfois au péril de leur vie, martèle-t-il. J'ai soutenu les infirmières et les médecins hier, je soutiens les policiers aujourd'hui, et je soutiendrai les professeurs demain. Je ne comprends pas pourquoi les policiers seraient les seuls agents du service public qu'on ne soutiendrait pas. Pour moi, soutenir des professions qui manquent de moyens, qui sont mal à l'aise dans leur travail, c'est être de gauche."
Désaccord avec Mélenchon
Voilà qui n'est pas de l'avis de Jean-Luc Mélenchon, et derrière lui des cadres Insoumis, qui se sont distingués en amont de la manifestation en indiquant ne pas vouloir y participer, dénonçant notamment des "revendications corporatistes" des syndicats qui participent à "l'ambiance générale de surenchère sécuritaire" à laquelle il ne veut pas être lié. Aujourd'hui, le leader a encore un peu plus enfoncé le clou : d'abord en postant une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il se montre avec un verre en terrasse, accompagnée d'un "Santé !" ; ensuite, en dénonçant lors d'une conférence de presse la "manifestation à caractère ostensiblement factieux" du jour. "Factieux de quoi ?, réagit Olivier Faure. Ces gens ont le droit de manifester, qui plus est devant la maison des Français qu'est l'Assemblée nationale. Après c'est à nous, dirigeants politiques, de répondre !"
Une partie des dirigeants d'Europe Écologie - Les Verts ont également fait le choix de ne pas se rendre Quai d'Orsay ce mercredi après-midi. "Mais chacun fait ce qu'il veut, répond Yannick Jadot lorsqu'on l'interroge sur l'absence de ses camarades écologistes. Moi, j'ai considéré que ma place était ici, toutes les forces syndicales sont là et cela veut dire qu'elles ont un message à faire passer et qu'il faut l'écouter. On peut quand même discuter, débattre, on ne peut pas seulement être une société en tension." Un message que reprend à son compte Olivier Faure : "Depuis quand la gauche refuse-t-elle le dialogue avec les syndicats ? Est-ce que cela signifie forcément que l'on est d'accord avec leurs revendications ? Non ! Y compris dans le contrat que nous avons à passer avec les autres forces de gauche pour la prochaine présidentielle et les législatives qui suivront, ce sont des sujets à prendre en compte, qu'il faut affronter, pour montrer qui nous sommes."
D'ailleurs, ce lundi, le patron du PS s'est entretenu avec toutes les centrales syndicales de la profession lors d'une réunion en visioconférence pour évoquer notamment la question de l'évolution du code de procédure pénale, ou encore celle de la légalisation du cannabis récréatif pour combattre la mainmise des trafiquants dans les quartiers.
Haro sur Darmanin
S'ils considéraient leur présence comme naturelle, les responsables politiques de gauche présents sous la pluie parisienne n'avaient pas assez de mots pour critiquer la venue du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. "C'est baroque, incongru ! Il est quand même rare d'être à la fois interpellateur et interpellé, estime Olivier Faure. Le mieux qu'il puisse faire pour rendre hommage aux policières et policiers, c'est de chercher à répondre à leurs inquiétudes et surtout à y travailler. Aujourd'hui au moins, il aurait pu laisser la parole à ceux qu'il est censé soutenir." "On voit bien que le gouvernement essaie d'esquiver sa propre responsabilité, éminente, dans la situation, notamment en privilégiant le maintien de l'ordre au détriment de la sécurité publique et du maintien de la paix, explique quant à elle Delphine Batho. Le gouvernement est dans l'inquiétude que s'organisent des mobilisations comme en 2001." Croisé incognito dans la foule dense, Jean-Louis Debré, ex-président de l'Assemblée nationale chiraquien et ancien président du Conseil constitutionnel, ne pense pas autre chose : "Ce que cela m'évoque ? Je vais vous le dire en deux mots : Étrange... Et récupération." Voilà qui a le mérite de la clarté et de la concision.
