En cette dernière rentrée avant l'élection présidentielle, les livres de responsables politiques, et plus particulièrement de membres du gouvernement, poussent comme des champignons : Jean-Michel Blanquer, Marlène Schiappa, Sarah El-Haïry, Emmanuelle Wargon, Elisabeth Moreno, Agnès Pannier-Runacher... tous ont, avec des styles différents, jugé utile de prendre la plume cet automne. Mais une seule peut se targuer d'avoir sa préface signée de la main du président de la République et se permettre de l'indiquer en gras, bien en évidence, sur sa couverture...

Olivia Grégoire, qui publie ce jeudi 21 octobre Et après ? Pour un capitalisme citoyen (éd. Impact, Le Cherche midi), est la grande chanceuse du lot. La secrétaire d'État chargée de l'Économie sociale, solidaire et responsable défend dans son ouvrage, documenté, charpenté, plein de références, une vision on ne peut plus macroniste du capitalisme, de la finance, de l'entreprise. "L'entreprise ? Pour les uns, imprégnés de l'héritage marxiste, elle a longtemps constitué sinon un ennemi, du moins une contrainte qu'il fallait encadrer, contrôler, taxer. Pour les autres au contraire, son apport à la vie du pays était tel en matière d'économie et d'emploi qu'il fallait la libérer de toute contrainte et charge. Durant la campagne présidentielle 2017, j'ai souhaité au contraire porter une autre voie", écrit le chef de l'État dans son préambule.

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Une voie poursuivie par Olivia Grégoire, présidente de la commission spéciale de la loi PACTE (plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) en 2019, qui appelle à "avoir les deux yeux ouverts, pas seulement celui du symbole, de la morale, mais aussi celui de l'efficacité" : "Cette préface, le président ne l'a pas écrite pour des raisons personnelles mais parce qu'il s'agit d'un vrai essai de politique économique, pas d'un roman de fiction ou d'une biographie qui raconterait comment Bibi est arrivée à Bercy, explique l'élue parisienne. C'est parce que la responsabilisation du monde économique et politique est un sujet qu'il connaît bien, que je l'ai porté pour lui en France, en Europe et dans le monde, qu'il a accepté."

Cet équilibre, ce "en même temps", Olivia Grégoire, qui a commencé à militer chez le libéral Alain Madelin, le revendique pleinement. Elle n'a pas de mots assez durs pour qualifier les responsables politiques qui "pérorent sur tous les plateaux télé sans jamais entrer dans les détails où le diable se cache", se dit "sciée" - dans sa bouche, c'est un euphémisme - par ceux qui à l'Assemblée nationale "multiplient les interventions dans lesquelles les suspicions à l'endroit des entreprises sont permanentes". D'un côté, elle ne nie pas que "le capitalisme tel qu'il se pratique aujourd'hui est voué à une impasse : la course au rendement est une course vers un précipice" ; de l'autre elle constate "qu'on le félicite trop rarement pour tous ses succès" : "À qui faut-il attribuer les incroyables progrès de la science, de l'éducation et de la santé au cours du siècle dernier ? Que dire de l'essor fantastique de pays et de populations entières qui ont pu sortir de la pauvreté ?", écrit-elle.

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À l'instar du chef de l'État - qui prône dans son introduction une "réconciliation entre la société et l'entreprise" pour en finir avec "ce fond de pessimisme et de défiance qui nourrit la France inquiète" - Olivia Grégoire, en bonne tocquevillienne, place au coeur de son ouvrage l'articulation entre aventures entrepreneuriales personnelles et bien commun. Celle-ci passe par une juste intervention de l'État dans l'économie, qu'elle dit avoir cherché à déterminer au travers de ses expériences de salariée, de chef d'entreprise, de députée puis de ministre durant la crise sanitaire.

"Le rôle de l'État a été revu : on est passé d'un État très proche d'une forme d'austérité budgétaire à un État qui a dû se réarmer pour donner les moyens aux entreprises de traverser la crise sanitaire et économique, indique-t-elle à L'Express. J'ai été aux premières loges, j'y ai contribué : j'ai vu le volontarisme politique s'appliquer à l'économie et l'économie se plier à la volonté du politique." Non pas "décideur", mais "pivot", le rôle de l'État "est de construire les rails, pas les locomotives", juge-t-elle.

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Aux entreprises également de prendre leurs responsabilités, dans une société qui leur demande toujours plus en matière d'éthique, d'adéquation entre valeurs affichées et travail effectué. Olivia Grégoire fait de la responsabilisation des acteurs économiques, et en particulier des entreprises, un axe majeur de son essai, qui passe selon elle par davantage de transparence. Là encore, point trop de radicalité : oui à la transparence comme "moyen de redonner confiance aux citoyens", non à celle qui peut devenir "un puits sans fond" et "créer une suspicion permanente et amplifier la défiance". En matière de reconnaissance du rôle de l'entreprise dans la bonne marche de la société, Emmanuel Macron parle, dans la préface, de "combat culturel" à mener. Il a sans nul doute trouvé en Olivia Grégoire une combattante acharnée.

Et après ? Pour un capitalisme citoyen, Olivia Grégoire, éd. Impact, Le Cherche midi, 144p.