L'Express : En tant que députée de l'Hérault, vous pilotez les investitures et supervisez en partie les campagnes départementales et régionales sur ce territoire. La présence de Sara Zemmahi portant son voile sur l'affiche de campagne de la liste LREM dans le premier canton de Montpellier vous dérange-t-elle ?

Coralie Dubost : Le voile n'est pas un sujet en soi pour moi, il s'agit du même débat que nous avons connu pour les accompagnatrices scolaires. Les élections, les candidats qui s'y présentent, sont le reflet de la société : des femmes peuvent à la fois porter le voile et être engagées sur des idées progressistes. La seule exigence que je porte auprès de Sara Zemmahi, c'est d'adhérer aux valeurs de La République en Marche, de soutenir les textes tels que la loi confortant les valeurs de la République, la loi bioéthique, à la PMA... La religion est une conviction du for intérieur qui doit pouvoir se corréler avec des convictions sociétales.

Plusieurs de vos collègues considèrent que le refus de porter des signes religieux sur les affiches électorales permet que ceux-ci ne soient pas utilisés comme propagande électorale...

Je comprends ce débat. A titre personnel, je préfère voir la diversité comme outil d'inclusion. Sur le fond, aucune religion ne devrait être un obstacle à des convictions sociales progressistes. Cela me chagrine que des signes religieux soient automatiquement associés à des signes de conservatisme ou de radicalité. Il y a de toute évidence une discussion sur l'universalité. Peut-être une confusion entre universalisme et interculturalisme : l'universalisme ne signifie pas que tout le monde doit être identique, mais que nous avons tous en partage des valeurs communes fondamentales qui dépassent nos singularités. Dans ce cas, peu importe la nature des identités singulières tant qu'elles ne font pas obstacle à la construction et la subsistance d'une identité collective.

Stanislas Guérini s'est attiré les foudres de plusieurs députés issus de La République en Marche, notamment, pour avoir répondu au tweet de Jordan Bardella, donnant le sentiment de se caler sur l'agenda du Rassemblement national. Qu'en pensez-vous ?

Stanislas a un poste difficile, sur un sujet délicat. La forme de ce tweet et retweet est une maladresse, cela arrive. Répondre directement à Jordan Bardella était une erreur. À la décharge de Stanislas, la règle de parti qu'il énonce semble avoir été construite pendant les élections municipales de 2020. Seulement, elle n'a pas été communiquée, le Bureau exécutif d'hier soir a acté des précisions qui vont être adressées à l'ensemble des adhérents. Cette polémique aura le mérite de faire progresser une position doctrinale.

Comment se fait-il alors que la question n'ait pas été réglée en amont ?

Manifestement, il nous manque une concertation militante ou un congrès sur le sujet, qui mettrait en place des débats et d'où découleraient des décisions prises collectivement. Sur ces sujets-là, il faut une réelle concertation interne, partisane, qui permette la construction et l'appropriation de solutions collectives.

La laïcité, ses contours, ses implications, semble devoir être une vraie ligne de démarcation inéluctable dans la majorité...

Oui, tout comme elle l'est également dans la société. La loi permet beaucoup, certains ne s'en contentent pas, et je rappelle tout de même que lors de la première lecture du Projet de loi confortant les valeurs de la République, les amendements interdisant les accompagnatrices scolaires ont été rejetés ! Pour autant, le débat n'est pas clos, chaque réflexion poursuit son chemin. La laïcité est une matière vivante, qui évolue avec les faits de société.

Comment la situation est-elle vécue sur le terrain en ce moment-même ?

Pour tout vous dire, pas très bien. Les gens sur le terrain sont divisés : il y a ceux qui pensent qu'on doit effectivement retirer tout signe religieux, d'autres pensent que le parti présidentiel ne doit pas être plus laïcard que la loi. C'est l'occasion de se concerter avec les uns et les autres jusqu'à une solution apaisée.

Qu'en est-il de la suite ?

Il va falloir beaucoup discuter et beaucoup apaiser. Je pense que les militants ont besoin qu'on en parle, et moi j'ai besoin de les entendre pour que l'on puisse construire un consensus. J'aimerais qu'un véritable débat pacifique soit organisé.