L'ex-Premier ministre doit préparer ses arguments. Édouard Philippe sera auditionné ce mercredi par la commission d'enquête sur le coronavirus à l'Assemblée nationale. C'est la première fois que l'ex-chef du gouvernement délivrera son témoignage devant une commission d'enquête parlementaire sur la gestion de cette crise sanitaire dont le dernier bilan s'élève à 33?623 morts en France.
L'ex-ministre de l'Intérieur et désormais président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner, sera pour sa part auditionné le 22, avant le ministre de la Santé Olivier Véran le 27 octobre. Ces derniers ont déjà été entendus par la commission d'enquête du Sénat en septembre. La commission d'enquête de l'Assemblée est présidée par le député LREM de la Loire, Julien Borowczyk. Son rapporteur est le député LR des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti.
L'ancien premier ministre va donc devoir répondre à un certain nombre de questions sur sa gestion de la crise sanitaire.
La question du risque d'importation des cas
Comme ce fut le cas pour l'ancienne ministre de la Santé en septembre dernier devant la commission d'enquête du Sénat, la question de la mesure du risque d'importation des cas depuis Wuhan vers la France risque de se poser. A l'époque, le gouvernement, via Agnès Buzyn, avait soutenu que ce risque était "pratiquement nul", alors que les premiers cas étaient détectés en France le soir même.
Pénurie de masques
La question de la pénurie de masques devrait sans aucun doute émerger dans les débats. Au début de l'épidémie en France, le masque était en effet déconseillé par les autorités, pour finalement devenir obligatoire dans certains espaces. L'ancien premier ministre avait ainsi déclaré le 13 mars, à quelques jours du confinement général, que "le port du masque en population générale dans la rue, ça ne sert à rien. Ceux qui doivent porter des masques, ce sont les soignants, les malades, et ceux qui ont été en contact direct et avéré avec un malade".
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Mais le gouvernement a fini par admettre un manque de stocks de masque, par la voix de la porte-parole de l'époque, Sibeth Ndiaye : "Il y a eu récemment quelques difficultés logistiques, mais les masques arrivent dans les pharmacies depuis hier", affirme-t-elle 18 mars. Finalement, le port du masque grand public est rendu obligatoire le 20 juillet dans tous les lieux recevant du public, puis progressivement dans les rues de plus en plus de communes.
Le personnel hospitalier a aussi dénoncé un manque grave de matériel comme des masques FFP2, des blouses, des gants, du gel... Est-ce qu'Édouard Philippe mettra, comme Agnès Buzin, en cause Santé publique France, chargée notamment des stocks stratégiques d'Etat ?
La stratégie des tests
Là aussi, Édouard Philippe devra trouver de bons arguments face à la commission d'enquête qui ne manquera pas de pointer la stratégie, ou le manque de stratégie, de dépistage au début de l'épidémie. Alors que l'Organisation mondiale de la Santé a engagé à plusieurs reprises tous les gouvernements à tester leurs citoyens dès le début de l'épidémie, la France n'a pas opté pour cette stratégie, par manque de tests selon le professeur Delfraissy.
Le président du conseil scientifique confie ainsi en mars au Figaro que "si nous n'avons pas choisi cette stratégie en France, comme cela a été fait en Corée, c'est parce que nous n'avions pas la capacité dans un premier temps de réaliser des tests pour un grand nombre de personnes".
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Changement de stratégie fin avril, alors que le pays est encore sous un confinement général. L'ancien chef du gouvernement annonce que la capacité des tests va être développée ce qui amorce le début de la généralisation des tests dans le pays, quand on ne testait au début que les personnes présentant des symptômes graves, en contact avec des personnes infectées.
Maintien des municipales
L'une des plus épineuses questions pour l'ancien premier ministre sera sans doute celle du maintien de municipales le dimanche 15 mars. Deux jours plus tard, le pays était soumis au confinement général.
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D'autant qu'une étude publiée en juin établit un lien entre le taux de participation dans chaque ville et le nombre de décès du coronavirus. "Les résultats révèlent qu'un taux de participation plus élevé a été associé à un nombre de décès significativement plus élevé chez les personnes âgées dans les cinq semaines suivant les élections", affirme trois chercheurs en économie du CNRS de l'Université Clermont-Auvergne.
Confinement et déconfinement
Des questions devraient également être posées sur la date début du confinement, sa durée et son impact sur l'économie française face à son impact sur la situation sanitaire. Le sujet du déconfinement devrait suivre, alors qu'un couvre-feu a été instauré dans plusieurs métropoles pour endiguer une deuxième vague qui frappe de plein fouet la France.
Tous les signaux sont au rouge, à savoir l'augmentation du nombre de décès, des entrées en réanimation et du nombre de cas détectés ces dernières semaines. De mauvais chiffres qui pourraient là encore poser la question de l'efficacité d'un déconfinement mi-mai, avant les vacances d'été. Dès juillet, les autorités sanitaires se sont montrées inquiètes de la situation.
