A six semaines du premier tour, la campagne pour la primaire à droite se tend. Et s'immisce sur un terrain glissant: celui de la situation judiciaire des candidats. En l'espace de 24 heures, cette question brûlante a monopolisé le débat et fait resurgir de vieilles querelles.
Morano dégaine
La première balle a été tirée lundi par Nadine Morano. Interrogée sur le ralliement de Frédéric Lefebvre à Alain Juppé, l'eurodéputée a rendossé le costume de porte-flingue de Nicolas Sarkozy, opposant sa virginité pénale à la condamnation de l'ex-Premier ministre dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. "Quand on est mis en examen, on est présumé innocent. Quand on a été condamné, on a été certifié coupable", a-t-elle lancé sur LCI, avant d'enfoncer le clou: "Que quelqu'un qui a été condamné à un an d'inéligibilité, à 14 mois de prison avec sursis pour avoir quand même trompé la confiance du peuple français, et que Frédéric Lefebvre prenne comme argument qu'il rallie Alain Juppé pour le respect des règles, je trouve ça complètement absurde".
"Tout le monde connaît ma situation", rappelle Juppé
Bruno Le Maire s'était déjà aventuré le terrain judiciaire, fertile pour celui qui se pose en héraut du renouveau politique. Le député de l'Eure ne manque jamais une occasion de rappeler sa volonté d'obliger tout candidat à une élection de rendre public son extrait de casier judiciaire. Une attaque en creux d'Alain Juppé, une de ses cibles favorites.
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La riposte de l'ancien Premier ministre n'a pas tardé à riposter face à ces attaques, directes ou subliminales. Lundi, le favori des sondages a confié qu'il se sentait visait par la proposition de Bruno Le Maire et s'est expliqué sur son passé judiciaire. "Tout le monde connaît ma situation, je me suis exprimé et je crois que les Français m'ont compris et qu'ils m'ont relégitimé à plusieurs reprises", a expliqué Alain Juppé, élu à trois reprises à la mairie de Bordeaux depuis sa condamnation en 2004 pour "prise illégale d'intérêt".
"Le mieux c'est de n'être pas condamné"
Le favori de sondages s'est alors fendu d'une réponse cinglante. "Vous savez en matière judiciaire, il vaut mieux avoir un passé qu'un avenir", a-t-il lâché, dans une allusion limpide aux deux mises en examen de l'ancien chef de l'Etat. Réplique immédiate de Catherine Vautrin, porte-parole du candidat Sarkozy. "En matière pénale, le mieux c'est de n'être pas condamné."
Ce mardi, Bruno Le Maire a rajouté une pièce dans la machine en rebondissant sur les propos d'Alain Juppé. "C'est encore mieux de n'avoir ni passé ni avenir judiciaire", a-t-il indiqué sur RTL, rappelant qu'il ne souhaitait pas interdire à une personne condamnée de se soumettre au suffrage des Français. Manière de mettre en lumière sa probité, l'un de ses arguments de campagne.
