Et revoilà la défense de la présomption de "légitime défense" pour les policiers. Face au drame de Viry-Chatillon, à la grogne des fonctionnaires de police et à la mort d'un forcené tué par des policiers ce vendredi, les ténors de la droite ont non seulement apporté leur soutien mais également ressorti une vieille proposition: instaurer la présomption de "légitime défense" pour les policiers. Un débat, porté par le ministre de l'Intérieur, doit avoir lieu début novembre au Parlement. Mais le ministère de la Justice a fait savoir qu'il y était opposé.

Concrètement, comme l'explique Nicolas Sarkozy sur BFMTV jeudi matin, il veut qu'un alignement des règles en vigueur pour les policiers sur celles des gendarmes et des douaniers. Les premiers sont en effet soumis, comme tous les citoyens, à l'article 122-5 du code pénal sur la légitime défense tandis que les autres bénéficient de l'article L2338-3 du code de la défense rappelle Lemonde.fr.

Concrètement, les gendarmes peuvent utiliser leur arme à feu même si on ne leur tire pas dessus, après les sommations d'usage, ce qui n'est pas le cas des policiers (sauf exceptions). Une procédure qui est à nouveau débattue à la suite de la violente agression, le 8 octobre dernier à Viry-Châtillon, de quatre policiers dans leur voiture.

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Une proposition soutenue depuis longtemps par le FN

A droite, à quelques semaines des échéances électorales (la primaire en novembre et la présidentielle en avril prochain), les ténors s'engouffrent dans la protestation des policiers pour ressortir donc leur proposition. Une idée marquée à l'extrême-droite (la proposition est formulée depuis très longtemps par le Front national), et évoqué pour la première fois par Nicolas Sarkozy le 26 avril 2012 pendant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle.

De Nathalie Kosciusko-Morizet à Alain Juppé, candidats à la primaire à droite, à Eric Ciotti, le monsieur sécurité chez Les Républicains, ils sont pour. La députée de l'Essonne l'a clairement envisagé la semaine dernière et l'entourage d'Alain Juppé, contacté par L'Express, assure qu'il s'agit d'une proposition "ancienne" du maire de Bordeaux.

Le revirement de Guéant

Frédéric Péchenard, ancien patron des policiers, ou encore Claude Guéant sont aussi pour. L'ancien ministre de l'Intérieur l'a expliqué sur France inter jeudi matin, assumant totalement un revirement à 180° de sa position sur ce sujet. "Je suis, depuis des années, pour introduire dans notre législation pénale une présomption de légitime défense, explique-t-il. Ma position a évolué et je dois dire que, de toute façon, une présomption de légitime défense ne signifie absolument pas un permis de tuer." Sauf que. Comme le rappelle un article du Monde, Claude Guéant avait balayé cette idée en janvier 2012, estimant qu'on "ne peut pas donner aux policiers un permis de tuer".

"Je n'ai pas le souvenir que la droite ait beaucoup évoquée cette présomption de'"légitime défense', un concept juridique encore très flou, dans les dernières années", explique à L'Express Mathieu Zagrodzki, politologue au Cevipof et spécialiste des questions de sécurité. "Mais face à la grogne des policiers, soutenue par l'opinion publique, il y a une volonté de capter cette colère, d'autant plus parce que l'électorat de droite est sensible aux notions de sécurité et d'ordre", ajoute-t-il.

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