Et c'est un vieux rival qui le dit, un de ceux qui ont connu les guerres intestines: "Nicolas Sarkozy a changé. Il a tiré les leçons de l'expérience du pouvoir, de l'échec au pouvoir et des blessures, des épreuves qu'il a traversées". Dominique de Villepin persiste et signe sur BFM TV ce vendredi dans son enthousiasme surprenant quant à Nicolas Sarkozy. Début juin déjà, il avait surpris son monde sur LCP en apportant son soutien à l'ancien président de la République alors que les grosses manoeuvres du débarquement sarkozyste avaient commencé.
"Nicolas Sarkozy fait partie des très rares qui ont aujourd'hui les capacités à rassembler la droite", assurait-il alors. "Ceux qui ont cette qualité, cette capacité, ne sont pas nombreux. Je vois Nicolas Sarkozy et Alain Juppé et en plus je pense qu'ils ont la capacité de s'entendre", estimait l'ancien Premier ministre dont l'inimitié avec l'ancien chef de l'Etat, qui voulait le pendre à un croc de boucher, est entrée désormais dans les livres d'histoire.
Dominique de Villepin, nouveau passionaria du sarkozysme? "Il se rend à la raison, c'est tout, dégonfle Jean-Pierre Grand, président du bureau de République solidaire, la formation de Dominique de Villepin, en sommeil depuis de longs mois. Juppé et Sarkozy sont les seuls qui peuvent sauver l'UMP, ce n'est pas faux. Et comme Dominique de Villepin est un homme d'Etat et pas un politicien de quartier, il donne son point de vue. Il fait partie des fondateurs de l'UMP, même s'il n'est plus dedans, il ne veut pas voir le parti exploser. C'est comme votre famille: ce n'est pas parce que vous ne la voyez plus que vous voulez qu'une maladie l'emporte."
C'est Fillon que Villepin boude
"Il constate simplement ce que tout le monde constate à partir des sondages", abonde une amie de Dominique de Villepin. Attention à ne pas y voir allégeance, pourrait-elle sous-titrer. "Depuis le début de l'année, Dominique de Villepin ne dit plus de choses désagréables en privé sur Nicolas Sarkozy", glisse toutefois à L'Express Georges Tron, proche de l'ancien Premier ministre. Selon Le Monde, il confierait avoir "parfois été injuste avec" son ancien ennemi. Il prendrait même sa défense dans l'affaire Bygmalion estimant que ses détracteurs vont "dans les poubelles" pour le déstabiliser.
Un proche confie que les deux hommes se sont rencontrés au moins une fois depuis la présidentielle de 2012 chez des amis à Paris. "Villepin les voit tous à l'UMP, relativise aussitôt son entourage. Sauf Fillon. On sait bien qu'ils ne s'aiment pas trop." Et de poursuivre: "Depuis un an, sa façon de voir les choses en politique ont changé. Il ne se considère plus comme un acteur du débat politique. Lui et Sarkozy ne sont donc plus rivaux", poursuit Georges Tron. Ce qui expliquerait que, dès novembre 2013, Dominique de Villepin a confié à un média suisse que Nicolas Sarkozy aurait "une véritable opportunité" de revenir en politique en profitant du besoin des Français "d'attendre un sauveur".
Sarkozy, suffisamment violent pour l'Elysée
"Villepin estime que pour être chef de l'Etat, il faut des caractéristiques exceptionnelles", glisse un élu qui a déjeuné avec lui récemment. "Il pense que la violence est intrinsèque à la fonction présidentielle et que, de ce point de vue là, Sarko a la carapace nécessaire. C'est donc un compliment réversible", sourit ce proche. Selon lui, les deux hommes auraient également un constat similaire sur François Hollande qui n'aurait "pas l'étoffe nécessaire" pour l'Elysée. Un diagnostic commun, mêlé d'inquiétude, qui expliquerait le rapprochement.
"Dominique parle rarement gratuitement. Il doit y avoir une stratégie derrière...", réagit toutefois l'ancien ministre François Goulard, longtemps proche de Dominique de Villepin mais qui ne le voit plus aujourd'hui.
"Il n'a pas d'aspiration particulière à revenir dans le jeu politique. Sa sortie sur Sarkozy ressemble bien davantage à une analyse fonctionnelle", répond l'ami qui l'a vu récemment. "La politique n'est pas sa tasse de thé du moment", abonde Georges Tron qui avoue avoir essayé de le pousser à se présenter en Ile-de-France aux européennes. En vain. Jean-Pierre Grand souligne que l'avocat, hommes d'affaires et conférencier Dominique de Villepin "mène une vie trépidante" et, "comme Sarkozy, il voyage "dans le monde entier". Commémoration du D-Day oblige, Jean-Pierre Grand note que "l'Allemagne et la France, deux pays en guerre par le passé, peuvent désormais être alliés." Et, "s'il y a un grand rassemblement un jour au sein de l'UMP, je ne vois pas comment il pourrait ne pas être présent..."
