Ira, ira pas ? L'été tire à sa fin, et malgré ses promesses d'annonces "à la rentrée", Laurent Wauquiez laisse encore planer le doute sur sa candidature à l'élection présidentielle. L'ancien leader des Républicains fera, comme tous les ans, sa rentrée politique en Haute-Loire, par l'ascension du Mont Mézenc ce dimanche. Son entourage coupe court : "C'est un rendez-vous local et régional, déconnecté du contexte politique." Comprendre : pas d'annonce prévue pendant la promenade. Alors que ses potentiels rivaux Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ont sillonné les routes de France cet été à la rencontre des Français, Laurent Wauquiez s'est bien gardé de toute apparition médiatique. Parfois le silence est d'or.
D'autant plus lorsque l'on est en position de force. En interne, on le dit : "Laurent Wauquiez a les clés : s'il est candidat, la primaire aura lieu, elle sera incontournable." Pour l'heure, Les Républicains avancent à pas de loup sur le mode de désignation de leur candidat. Le calendrier retenu par la direction du parti repose sur deux hypothèses. Si un consensus émerge entre les prétendants de droite, un candidat unique portera les couleurs de LR à la présidentielle. A défaut, un "processus de rassemblement", formule consensuelle pour désigner une primaire, sera mis en place après une réunion du Congrès du parti, le 25 septembre.
"Il peut rendre cette primaire crédible politiquement"
Pour certains stratèges, la présence de Laurent Wauquiez aurait le mérite de redynamiser un tel scrutin. "La primaire doit apporter un élan, c'est là tout l'enjeu, soutient un conseiller. Il a les clefs pour rendre cette primaire crédible politiquement." Elles sont doubles : l'homme a une stature nationale et sa ligne identitaire parle à une partie du peuple de droite. Enfin, sa présence offrirait l'image d'un parti mature, "capable de se mettre d'accord sur le processus de sélection", juge un proche du président de région.
Les prétendants de droite, eux, attendent avec ambivalence la décision du président d'Auvergne-Rhône-Alpes. Candidate depuis juillet, Valérie Pécresse plaide pour l'organisation de la primaire la "plus large possible" afin de donner "force et légitimité" à son vainqueur. Le vote interne doit servir à la patronne d'Ile-de-France de double rampe de lancement : face à Emmanuel Macron, mais aussi Xavier Bertrand, qui récuse toute méthode de départage et souhaite s'imposer à son ancienne famille.
Un duel Pécresse-Wauquiez ?
Entre les deux anciens ministres sarkozystes, le match est lancé. Valérie Pécresse ne doit pas seulement gagner la primaire. Elle doit le faire avec la manière. S'offrir le scalp de Laurent Wauquiez serait un apéritif idéal en vue de la présidentielle. "Je ne veux pas qu'elle soit seule candidate face à des poids plumes. Cela n'a pas de sens", confie un proche. Seul le médecin Philippe Juvin a annoncé sa candidature. Bruno Retailleau, David Lisnard et Michel Barnier font durer le suspense. Un cadre LR analyse : "Si Pécresse n'affronte que Juvin, Barnier et Retailleau, cela ne suffira pas pour prendre le lead sur Bertrand. Elle doit affronter de gros poissons."
Le duel avec Laurent Wauquiez ne serait pas gagné d'avance. L'ancien président de LR est resté fidèle à sa famille politique et cultive un solide réseau dans le parti. "Il a de solides atouts, admet un proche de Valérie Pécresse. Plus l'électorat est resserré, plus il sera mieux placé." Un risque à court terme, une opportunité à long terme : voilà l'équation posée à la patronne d'Ile-de-France.
Dans le camp Bertrand, on feint d'ignorer le cas Wauquiez. La primaire ? Pas le sujet de l'ex-assureur, candidat depuis mars et opposé à toute méthode de départage. Ses proches disqualifient d'avance ce scrutin, triste remake de celui de 2016 et ses 4,5 millions d'électeurs. "Dès lors qu'un des principaux prétendants à droite n'est pas candidat à la primaire, a-t-elle encore un sens ?, fait mine de s'interroger le député de l'Aisne Julien Dive. Si on a 10% du corps électoral de 2016, ce sera déjà pas mal." Un soutien de Xavier Bertrand ajoute : "La primaire serait un truc de nains de jardin. Qu'importe la décision de Wauquiez : elle n'aura pas la force propulsive attendue. On ne met pas sur orbite un candidat avec 200 000 votants."
D'autres questions en suspens
Les opposants de l'ex-LR font à l'inverse un pari : une candidature de Wauquiez rendrait intenable la démarche solitaire de Xavier Bertrand. "Il devra se soumettre ou se démettre", lance l'un deux. C'est un secret de polichinelle. Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand entretiennent des relations exécrables. Une candidature du premier rendrait plus délicat le scénario établi par le second : obtenir le soutien du vainqueur de la primaire au nom du rassemblement de la droite. "Le facteur humain peut jouer", reconnaît un député LR pro-Bertrand.
La décision de Laurent Wauquiez est imminente. Mais l'avenir de la primaire n'est pas uniquement tributaire de son cas personnel. A huit mois de la présidentielle, cet hypothétique scrutin est nimbé d'incertitudes. Vote physique ou électronique ? Un ou deux tours ? Scrutin ouvert aux adhérents ou aux sympathisants de droite ? La réponse à ces questions est toute aussi décisive que le casting final. A l'aube de la rentrée, LR reste dans le flou.
