En compétition officielle à la 63e édition du festival de Cannes, le film Hors la loi de Rachid Bouchareb est sous les feux de la critique. Derrière ce long-métrage, la question de la présence française en Algérie. Sans même avoir vu le film, certains parlementaires ont esquinté le travail du réalisateur d'Indigènes.

Parmi eux Elie Aboud. Le député UMP de l'Hérault a expliqué à Midi Libre que le film était "anti-français" et qu'il "entâchait de façon tès violente la présence de la France en Algérie".

On peut dire que ce député est en tout cas très intéressé par le sujet de la présence française en Algérie. En 2008, il avait travaillé sur deux projets de lois visant, d'une part à appliquer la promesse de Nicolas Sarkozy de faire des victimes civiles françaises de la guerre d'Algérie des "Morts pour la France". Et d'autre part, à préserver la mémoire des victimes de cette même guerre.

Elie Aboud n'est pas le seul à choyer les Français pris dans ce conflit. Beaucoup d'autres gardent une attention toute particulière aux Pieds-noirs. Mais pourquoi?

Pour Emmanuelle Comtat, enseignante-chercheur et docteur en sciences-politiques à l'IEP Grenoble, faire un appel du pied aux rapatriés, "c'est un grand classique. Depuis les années 50 les hommes politiques se succèdent pour attirer leurs suffrages."

Un vote attaché à aucun parti

Auteur d'une thèse autour des rapports entre les Pieds-Noirs et la politique, Emmanuelle Comtat a réalisé un grand nombre d'entretiens avec ces rapatriés d'Algérie. Bilan? Le vote "Pieds-Noirs" n'existe pas en tant que tel. Il est fluctuant et évolue en fonction des promesses faites et de l'environnement économique et social.

C'est pourquoi il est prisé. Puisqu'il n'est pas lié à un parti, chaque courant politique est tenté de s'emparer de cet électorat.

Ainsi, "en 1965, les rapatriés ont massivement voté contre de Gaulle", explique Emmanuelle Comtat. "Au premier tour, beaucoup de Pieds-Noirs ont voté pour Tixier-Vignancour, notamment dans le Midi. Et puis, au second, ils basculent à gauche pour Mitterrand. Il s'agit finalement d'un vote sanction pour éliminer de Gaulle, puisqu'ils avaient l'impression d'avoir été trahis et abandonnés par De Gaulle.

Une communauté encore forte dans certaines régions

En 1974, ils se rallient à Valérie Giscard d'Estaing, qui avait promis une politique d'indemnisation des biens des rapatriés. Mais déçus par celle-ci, ils se tournent vers François Mitterrand en 1981. Le même schéma explique leur passage du PS au RPR et Jacques Chirac en 1995, note Emmanuelle Comtat.

Mais attention: le comportement politique de cette communauté est en train de changer. Si son vote a été marqué par la guerre d'Algérie, celui de la génération suivante ne l'est plus automatiquement. "Les enfants se sont fondus dans la société française", précise Emmanuelle Comtat. "Ils n'ont pas le même rapport avec l'Algérie et se fondent dans la population française."

S'attacher à séduire les Pieds-noirs sur le plan national n'est plus aussi "rentable". "Mais ils peuvent encore avoir du poids dans ces départements", ajoute Emmanuelle Comtat.

C'est le cas dans le Midi. Et d'où vient Elie Aboud, le député qui a pris position contre Hors-la-loi? De l'Hérault.