Alors que Dominique de Villepin publie un réquisitoire sur la présidence Sarkozy, ses partisans l'appellent à sortir de la critique systématique du chef de l'Etat pour ouvrir une phase de "responsabilité" afin de représenter une alternative crédible en 2012.
Dans un livre intitulé "De l'esprit de cour", à paraître lundi, l'ancien Premier ministre pourfend, au terme d'un vaste tableau historique, la présidence de Nicolas Sarkozy, qu'il accuse d'avoir notamment "dévalorisé la fonction présidentielle", avec les accents du patron du MoDem, François Bayrou dans "Abus de pouvoir" en 2008.
Un réquisitoire qui tombe mal pour certains cadres de son parti "République solidaire" (RS). Même avec le procès en appel de Clearstream en mai 2011, ils espéraient voir leur leader tourner la page de l'antisarkozysme et prendre de la hauteur pour crédibiliser son offre de candidature alternative à droite en 2012.
Des temps plus difficiles
"L'antisarkozysme ne mène à rien. Les Français ne veulent pas d'un président qui clive, fabrique de la distance et pas de l'adhésion. Il faut dépasser cela si on veut apparaître comme un homme d'Etat, sinon, on se 'Bayrouise'", analyse-t-on dans l'entourage de l'ancien Premier ministre.
Selon la porte-parole de RS, Marie-Anne Montchamp, l'histoire des relations complexes entre Villepin et Sarkozy doit s'enrichir d'un nouveau chapitre après l'opposition frontale sur fond d'affaire Clearstream et le lancement de République solidaire le 19 juin.
"On est à 7% dans les sondages. On a vocation à être plus haut. Il faut repartir sur une dynamique politique", affirme Marie-Anne Montchamp, qui évoque une "séquence de la responsabilité" pour faire "un pont entre l'homme de l'ONU (non à l'intervention en Irak en 2003) et l'homme du combat présidentiel de 2012".
Dominique de Villepin ne semble plus s'appuyer sur une équipe aussi solide qu'il y a quelques mois, quand François Goulard, par exemple, critiquait vigoureusement et régulièrement la présidence Sarkozy. D'ailleurs, fin octobre, il a voté, comme Marie-Anne Montchamp, la réforme des retraites.
Une villepiniste pressenti au gouvernement
"On ne peut pas refuser une loi qui va apporter quelques milliards à l'équilibre des comptes sociaux", se justifie le député-maire de Vannes, François Goulard.
"J'ai dit que moi je me serais abstenu. Qu'ils décident de faire autrement, c'est leur choix", relativise l'ancien Premier ministre, qui revendique une "liberté" totale pour ses proches - y compris celle d'entrer au gouvernement.
Sur fond de remaniement, Marie-Anne Montchamp, ex-secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées de Jean-Pierre Raffarin, aurait d'ailleurs été approchée. "Je ne ferais rien qui n'aille pas dans le sens d'amplifier l'action de République solidaire", affirme l'intéressée, sans préciser ses intentions.
Tout en étant courtisés par l'Elysée, la dizaine de députés estampillés RS affirme toujours vouloir constituer un groupe parlementaire autonome de l'UMP (quinze députés minimum), en misant sur d'hypothétiques "prises de guerre" avec les déçus du remaniement.
Et loin de ces contingences Dominique de Villepin maintient son cap vers 2012: "Je serai partie prenante à cette élection présidentielle. Je ne fais pas que taquiner le goujon".