Emmanuel Macron est accusé par ses adversaires d'enjamber l'élection présidentielle en raison du conflit ukrainien. Il n'est guère le seul. Pessimistes sur les chances de succès de Valérie Pécresse, de nombreux députés Les Républicains (LR) désertent la bataille élyséenne et se replient dans leurs circonscriptions en vue des élections législatives, organisées les 12 et 19 juin. Avec l'espoir de sauver les meubles en cas de nouvel échec de la droite.

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A trois semaines du premier tour, une atmosphère de résignation règne au sein des Républicains. "On ne va pas se mentir, c'est mal embarqué cette affaire", soupire un député LR. La candidate oscille entre 10 et 12 % d'intentions de vote, loin du duo Macron-Le Pen. Nombre d'élus anticipent avec fatalisme l'élimination précoce de l'ancienne ministre du Budget. C'est une règle d'or du quinquennat : les élections législatives sont indexées sur le résultat de la présidentielle. Une victoire surprise de Valérie Pécresse offrirait à la droite une majorité à l'Assemblée nationale. Une élimination au premier tour exposerait en revanche les candidats LR à un départ précoce du Palais Bourbon.

"Il y a un repli stratégique"

En réunion de groupe, le patron des députés LR Damien Abad appelle ses troupes à s'engager dans la présidentielle. Le député de l'Ain et conseiller de Valérie Pécresse estime qu'un beau résultat au scrutin élyséen est la meilleure protection offerte aux députés LR. Cet appel à la mobilisation peine à percer. "Il y a un repli stratégique sur les législatives", concède un pilier de LR. "Depuis février et la fin de la session parlementaire, beaucoup ne sortent plus de leur circonscription", confirme un conseiller politique de Valérie Pécresse.

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Certes, les députés présents dans l'organigramme national sont actifs dans la campagne. Certains sont des fidèles de Valérie Pécresse, comme l'élu des Alpes-Maritimes Eric Pauget. D'autres l'ont rejointe après la primaire, comme le patron de la cellule riposte Julien Aubert. Mais ces élus n'en oublient pas leur cas personnel. "J'ai activé le mode survie, comme tout bon député", sourit un cadre.

Les parlementaires absents de l'état-major n'ont le plus souvent qu'une priorité : sauver leur siège. Valérie Pécresse est venue s'exprimer devant les députés LR le 15 mars. Signe de ce décrochage, l'essentiel des questions sur sa campagne lui a été posé par des députés non-candidats à leur succession. Une élue confie ainsi avoir arrêté de tracter pour la candidate LR - "c'est radioactif" - et se concentre sur son avenir. "Je suis 100 % législatives et je bétonne, confirme un collègue. Je n'ai pas dit de saloperies sur la campagne présidentielle dans la presse, j'ai fait mon job." Ce député ne mettra pas le logo LR sur son affiche de campagne et mise sur son ancrage local pour arracher la victoire. "Il faut maximiser sur nos noms, ce sera l'élection d'un super conseiller départemental à l'échelle d'une circonscription."

"On peut gagner 10 ou 15 sièges"

Ces comportements relèvent de l'instinct de survie. Ils mettent aussi en lumière les relations ténues entre Valérie Pécresse et les députés LR. La candidate, qui a quitté l'Assemblée en 2017, n'a pas vécu le mandat d'Emmanuel Macron aux côtés de la nouvelle génération de parlementaires. Certains regrettent de ne pas être assez associés à la campagne. De l'ego froissé, sûrement. Une réalité aussi. La prétendante s'appuie surtout sur son entourage francilien pour conquérir l'Elysée.

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Après la défaite de François Fillon, le groupe LR était passé de 194 à 101 membres. La saveur de la cuvée de 2022 aiguise les pronostics en cas d'élimination de Valérie Pécresse. Certains élus estiment que la droite perdra mécaniquement des sièges, logique du quinquennat oblige. D'autres, nombreux, jugent que LR pourrait progresser. "On peut gagner 10 ou 15 sièges", juge un hiérarque LR. Selon eux, Emmanuel Macron ne bénéficiera pas de la même dynamique qu'en 2017, surtout après une campagne vampirisée par les crises. La présence de candidats Reconquête ! pourrait affaiblir le RN et réduire le nombre de triangulaires, mortels pour LR. Certains nouveaux candidats sont enfin des élus locaux à l'ancrage important, une force dans un tel scrutin.

Mais rien n'est jamais simple à droite. Une victoire d'Emmanuel Macron pourrait ouvrir la voie à une nouvelle étape de la recomposition politique. En 2017, des députés élus sous la bannière LR avaient formé le groupe "Les constructifs", arrimé depuis à la majorité. Au sein de LR, on anticipe un phénomène similaire cet été. Sur le flanc gauche, voire le flanc droit. Un cadre résume : "On va peut-être revenir sur le papier à 105 ou 120, mais le groupe LR ne sera pas composé de 105 ou 120 députés." Les résultats de l'élection présidentielle dessineront en avril l'ampleur de cette tectonique des plaques.