Pari provisoirement perdu pour Marine Le Pen qui espérait, dans la foulée de son succès aux européennes, pouvoir annoncer dès mercredi à Bruxelles la création d'un groupe parlementaire national-populiste. Mais dans la salle de presse, bondée comme jamais, du Parlement européen, la présidente du Front National a dû se contenter de présenter quatre alliés de pays différents alors qu'il lui en faut six pour atteindre le quorum nécessaire. Tout sourire malgré tout - triomphale même devant une centaine de journalistes européens - elle a présenté ses partenaires: Geert Wilders, fondateur du PVV hollandais, connu pour vouloir interdire le Coran, Harald Vilimsky, secrétaire général du FPÖ autrichien, Matteo Salvini, secrétaire fédéral de la Ligue du Nord italienne et Gerolf Annemans, président du Vlaams Belang belge.

Rassemblées, ces formations pèsent 38 eurodéputés, un nombre largement suffisant pour créer un groupe puisqu'il en faut 25. Mais deux nations manquent donc à l'appel. Marine Le Pen espérait pouvoir compter sur le SNS slovaque qui avait participé à Vienne il y a quelques semaines à une réunion de calage entre toutes ces formations. Las, le parti n'a obtenu aucun élu. Le FN misait aussi sur les Démocrates suédois avec lesquels il siège déjà au sein de l'Alliance européenne pour la liberté (qui n'est pas un groupe parlementaire). Mais pour l'heure, les Suédois boudent. Et pourraient être tentés de se rallier au groupe souverainiste Europe de la liberté et de la démocratie, mené par le moins sulfureux Nigel Farage.

Concurrence avec Farage

Le Britannique, qui a exclu une alliance avec le FN, estimant que le parti de Marine Le Pen porte l'antisémitisme "dans son ADN", fait lui aussi de l'oeil aux listes europhobes. Un autre groupe eurosceptique, celui des Conservateurs et réformistes européens, où siègent les conservateurs britanniques, drague les élus de Strasbourg. "J'ai la certitude d'avoir un groupe", assure pourtant Marine Le Pen selon laquelle les "combinaisons possibles sont considérables". Mais pas question de dévoiler les pistes. "Nous ne sommes pas les seuls, cela exige de la discrétion."

"Ca se passe super bien. De toute façon, on a le temps [jusqu'au 28 juin]", glisse Aymeric Chauprade, le conseiller international de Marine Le Pen qui participe aux négociations. Lundi, plusieurs sources au FN avaient indiqué à L'Express qu'elles devaient aboutir dès mercredi. Mais mardi, une source bien informée avait nuancé le propos. Et confirmé que les discussions se poursuivraient au-delà de mercredi avec six autres formations européennes. Sur le marché de l'europhobie, la concurrence est rude. Sont notamment courtisés, outre les Démocrates suédois, le Congrès de la Nouvelle Droite polonais, le parti Ordre et Justice lituanien ou les Vrais Finlandais. Le Parti populaire danois, qui a remporté au Danemark un succès comparable au FN en se hissant en tête des partis du pays, a d'ores et déjà claqué la porte à Marine Le Pen.

Allégeance à la nouvelle chef

En attendant d'arriver à ses fins, Marine Le Pen fanfaronne. Au sujet du conseil européen qui s'est tenu mardi, elle parle d'une "réunion de crise de l'oligarchie qui a peur des peuples". En réalité, cette réunion des chefs d'Etat et de gouvernement était prévue bien avant les européennes. "Je suis heureux d'être assis à côté de Marine Le Pen, véritable figure vers laquelle nous devons nous tourner", a flatté Harald Vilimsky du FPÖ. Matteo Salvini de la Ligue du Nord a dit s'asseoir "très confortablement à côté d'elle". "Pourtant, raconte-t-il, j'ai rencontré récemment la communauté hébraïque et elle m'a dit que si je m'asseyais à côté de Marine Le Pen, je sortais de la démocratie". Marine Le Pen jubile, heureuse d'avoir pris le leadership antieuropéen.

Avant de quitter la salle par une porte arrière, elle prend soin d'ajouter qu'il n'est pas question d'alliance avec les groupes radicaux. Et notamment pas avec le Jobbik avec lequel le FN a des "divergences majeures", rappelle-t-elle. Sans préciser que son père, président d'honneur du parti, participait jusqu'en novembre dernier, avec ce parti raciste et antisémite, à "l'Alliance européenne des mouvements nationaux".