François Bayrou pourrait faire son retour au gouvernement, et le haut-commissariat au Plan avec lui. Le Premier ministre Jean Castex a indiqué mercredi souhaiter faire renaître un tel portefeuille gouvernemental afin de "rééclairer l'action publique d'une vision de long terme", et n'a pas exclu la possibilité que le chef du Modem et éphémère ministre de la Justice soit nommé à sa tête.
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Passé l'enjeu politique autour de la nomination de Bayrou, un commissariat au Plan pourrait remplir un rôle de coordination pour le plan de relance post-confinement, afin d'articuler ses cinq aspects (économique, social, environnemental, territorial, culturel), selon une source à l'Elysée. En ce sens, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a estimé jeudi qu'il pouvait être "très utile d'avoir une boussole" pour définir les choix économiques de long terme. Même objectif affiché par le Premier ministre : "Recréer des outils de prospective".
François Bayrou, s'il était le choix d'Emmanuel Macron et de Jean Castex, reprendrait "la fonction indéfinissable de Commissaire au Plan", selon la tentative de définition de Jean Monnet, premier titulaire d'un poste créé en janvier 1946 par Charles de Gaulle afin d'organiser la planification économique dans un pays sortant de la guerre. Quatre objectifs avaient été fixés par le décret instituant la fonction : "accroître la production", "assurer le plein emploi de la main d'oeuvre", "élever le niveau de vie de la population" et améliorer le "rendement du travail", à travers une série de plans d'abord quinquennaux, puis sur trois ou quatre ans.
Décisif sous la présidence de Gaulle jusqu'à la fin des années 60, le Commissariat au Plan a survécu au Général sous diverses appellations, et en particulier grâce à l'intérêt que lui portait une figure du camp d'en face, le socialiste Michel Rocard, ministre du Plan sous François Mitterrand de 1981 à 1983. "L'idée du plan a nourri la réflexion d'une partie des personnalités de centre-gauche. Dans l'imaginaire lointain de la gauche, la planification a été un mot-clé essentiel", se souvient Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et politologue au Cevipof.
Ministre de l'Economie bis ?
"Rocard était adepte d'une planification à objectif de long terme, avec des programmations pluriannuelles pour dresser des lignes directrices et contrecarrer la tendance française à ne résonner que d'année en année", poursuit-il. On retrouve d'ailleurs ce vocabulaire chez Jean-Luc Mélenchon - un temps proche de Rocard à l'époque PS -,le chef de la France insoumise utilisant régulièrement l'expression de "planification écologique". Il s'est d'ailleurs félicité ce weekend de l'idée du gouvernement, "formidable victoire culturelle" pour les Insoumis et "belle avancée pour la France", dans une interview au Journal du Dimanche.
Clap de fin néanmoins en 2006 pour le Commissariat au Plan, quand le Premier ministre Dominique de Villepin le transforme en Centre d'analyse stratégique, devenu depuis 2013 le Commissariat général à la stratégie et à la prospective, aussi appelé France Stratégie, pourvoyeur pour l'Etat d'"études de prospective à moyen et long termes pour contribuer à la décision publique". "Le plan est tombé en désuétude à partir du moment où l'on est entré dans des logiques d'européanisation des politiques publiques, ce qui a conduit à coordonner les grands investissements et infrastructures avec le plan européen", explique Bruno Cautrès.
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Mais il s'agit d'un héritage gaulliste donc, qui "garde toute sa pertinence" selon Bruno Le Maire. Et c'est après cet imaginaire qui renvoie au général que court l'exécutif. "C'est certain, Emmanuel Macron veut replonger dans l'idée d'une France puissante et souveraine", note le chercheur, qui voit également dans le profil très IVe République de Jean Castex, qui s'est définit mercredi en "gaulliste social", un autre indice de ce déterrage des symboles de la France d'avant.
Mais au-delà des clins d'oeil sémantiques, quelle utilité aurait un Haut-commissariat au Plan, alors que France Stratégie planche déjà depuis plusieurs mois sur des idées pour "le monde d'après" ? "Bayrou haut-commissaire au plan..., souffle Bruno Cautrès. Ou bien c'est un gadget car il faut lui trouver une place, ou François Bayrou devient de facto un ministre de l'Economie bis, du moins si on prend la tradition française du plan au sérieux, c'est-à-dire celle d'un outil de pilotage des politiques publiques".
En ce sens, il faudra suivre l'articulation avec le ministère de l'Economie de Bruno le Maire, si François Bayrou venait à être nommé. "Si l'appellation est reprise, je crois quand même que d'un point de vue juridique, c'est une sorte de délégation interministérielle, pas le commissariat au plan d'il y a 30 ans", démine le chercheur du CNRS.
