Une Chirac candidate en Corrèze. Après Jacques Chirac et son épouse Bernadette, c'est au tour de Claude Chirac de se lancer dans le grand bain politique, dans ce département qui fait office de fief familial. Elle est candidate aux élections départementales sur le canton de Brive 2, où sa mère Bernadette a été élue suppléante en 2015, tandis que son père avait été élu Conseiller général du canton de Meymac entre 1968 et 1988.
La fille cadette de l'ancien président de la République, 58 ans, a "beaucoup réfléchi, beaucoup pesé la responsabilité que cela supposait". "Et puis je me suis dit que c'était maintenant, que c'était une grande chance pour moi d'ajouter tellement de sens à la vie", a-t-elle affirmé à un correspondant de l'AFP. La candidate qui affirme n'avoir "jamais eu aucune carte, dans aucun parti politique" se présente sur la liste menée par le président sortant du conseil départemental, Pascal Coste (LR).
Dans une interview au quotidien La Montagne, Claude Chirac évoque son choix du canton pour commencer son engagement départemental : "Commencer le mien ici, ça compte beaucoup pour moi. Cela fait sens". Bernadette Chirac a été élue suppléante en 2015 sur ce canton de Brive 2. Elle avait auparavant été élue sans discontinuer depuis 1979 dans le canton comprenant Sarran, où se trouve le château familial de Bity. Avant d'officialiser sa candidature, Claude Chirac, épouse de l'ex-secrétaire général de l'Elysée Frédéric Salat-Baroux, a expliqué en avoir parlé avec sa mère : "Elle sait que je me présente et je crois qu'elle est assez heureuse. Elle m'a donné sa bénédiction, ce qui était très important pour moi".
Formation
Claude Chirac étudie à l'Institution Sainte-Marie de Neuilly, à Neuilly-sur-Seine, et à l'Institut de La Tour, dans le XVIe arrondissement de Paris. Adolescente, elle se fait mettre à la porte de son école catholique et rêve de devenir vétérinaire, rappelle Le Monde. Après avoir préparé le concours d'entrée à Ipesup, elle intègre l'Institut d'études politiques de Paris. Mais elle n'aime pas son année à Sciences Po. A cette époque, elle ne sait pas vraiment quoi faire. Claude Chirac poursuit des études d'économie à l'université Panthéon-Assas. En 1988, sous la houlette de Jean-Michel Goudard, elle travaille dans la publicité chez Euro RSCG, qui deviendra par la suite Havas Worldwide.
Expérience
En 1989, elle rejoint Jacques Chirac à la cellule de communication de la mairie de Paris, alors que son père est le maire RPR de la capitale. Le début d'une longue collaboration, tant professionnelle que personnelle, qui leur permettra de se trouver. "J'ai besoin d'elle", dit-il, ajoutant que "ce n'est pas négociable". Si elle n'est pas une experte en communication, il ne veut pas revivre la situation de son autre fille, Laurence (décédée en 2016), dont l'état de santé alarmant - anorexie mentale, tentatives de suicide - angoisse ses parents.
A partir de mai 1995, Claude Chirac est conseillère en "communication-opinion" de son père, devenu président de la République. Pendant 12 ans, elle dirige la communication de l'Elysée d'une main de fer, se montrant intraitable avec la presse, ne communiquant qu'avec une poignée de journalistes jugés sûrs. Au début du premier mandat de Jacques Chirac, elle travaille au côté du stratège de l'ombre Jacques Pilhan, qui avait auparavant été conseiller en communication de François Mitterrand. Il l'a convertie à la stratégie de raréfaction de la parole. "Il m'a tout appris de mon métier et plus encore", dit-elle à son sujet, relate Le Monde. Claude Chirac est présente dans l'entourage du chef de l'Etat lors de nombreuses manifestations, ainsi que durant des déplacements officiels ou privés au cours desquels elle est fréquemment aperçue en train de téléphoner. Elle a la main sur son agenda.
Traits de caractère
Jacques Chirac, décédé en septembre 2019, a toujours eu une relation fusionnelle avec sa fille Claude, devenue présidente de la Fondation Chirac en 2012. "C'est bien simple : il n'aime qu'elle et elle n'aime que lui", dit Nicolas Sarkozy à propos de cette relation affective dans le livre Chirac ou le démon du pouvoir, de Raphaëlle Bacqué (Albin Michel, 2002). En 2010, Claude Chirac abandonne d'ailleurs son poste de directrice de la communication de PPR (qui deviendra par la suite Kering), fondé par François Pinault, un ami proche de Jacques Chirac, pour se consacrer à son père et à sa mère, dont l'état de santé se dégrade.
Durant les années précédant le décès Jacques Chirac, Claude passe ainsi ses journées au rez-de-chaussée de l'hôtel particulier prêté par le milliardaire François Pinault, à Paris, à deux pas du jardin du Luxembourg.
Auprès de Sud Radio, Pascal Coste, le président sortant du Conseil départemental vante les qualités de Claude Chirac, "une femme de grande qualité qui a un grand carnet d'adresses, une grande humanité, qui arrive sur la pointe des pieds". Elle a selon lui "la plus grande humilité : je crois qu'elle a retenu notamment de son père, elle n'a pas du tout de côté narcissique."
Centres d'intérêt
Dans les années 1980, note Le Monde, elle fait la fête au château de Bity l'été et dans les boîtes de nuit parisiennes. Ses amis s'appellent Vincent Lindon, Stéphanie de Monaco, Paul Belmondo ou Anthony Delon. Elle écoute Madonna et Prince dans son Walkman. Mais par la suite, Claude Chirac, secrète, fuit la lumière et les mondanités. Elle exclut de parler d'elle.
"Elle ne sait pas parler d'elle, constate auprès du Monde Agathe Sanson, ancienne cheffe du service de presse de l'Elysée. Dans sa famille ça ne se faisait pas. Elle ne dit jamais 'je'. Il y a des pans entiers de sa vie que je ne connais pas." "Claude accorde ou non sa confiance, déclare par ailleurs le député LREM de Paris Hugues Renson, l'un des derniers collaborateurs de Jacques Chirac. Quand on la trahit, c'est dur de remonter la pente."
Claude Chirac, amie de Muriel Robin et Michèle Laroque, a longtemps rêvé d'une autre vie, à Los Angeles, où elle a passé un mois chez Line Renaud lorsqu'elle avait 21 ans. Sous le soleil de la Californie, elle s'est immédiatement sentie chez elle. Mais elle n'est jamais partie. Toujours rattrapée, au bout du compte, par la politique.
