Que serait la politique sans ses coups d'éclat, ses coups bas, ses coups tordus, ses coups fourrés... ? Parce que, comme dirait Edouard Philippe, "il faut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux", le service politique de L'Express propose de vous immerger dans les coulisses de cette année électorale grâce à un rendez-vous hebdomadaire tous les jeudis sur notre site Internet.
Hé là, qui va là ? L'inspectrice Delga !
Carole Delga n'est pas une habituée de l'Assemblée nationale, surtout depuis qu'y fourmillent les députés de la Nupes - qu'elle critique sans vergogne. Mardi 25 octobre, la présidente de la région Occitanie, sortant d'un rendez-vous chez le coiffeur et visiblement pressée, a coupé son chemin par les couloirs du palais Bourbon. Elle y a croisé quelques journalistes, étonnés de la voir en ces lieux, puis une députée PS, toute aussi surprise, et qui l'a conviée illico-presto à la réunion du groupe PS, lequel se tenait - ô surprise ! - au même moment. Les députés présents en auraient presque fait tomber leurs mâchoires en voyant Delga passer la porte. Cette dernière a félicité Boris Vallaud pour son discours de la veille lors de la motion de censure, notamment pour sa charge contre le Rassemblement national. Et Delga de rappeler : "Je n'ai jamais voté blanc face au RN. Il n'y a pas de collusion possible !" Manière de montrer son désaccord avec les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, alliés des socialistes, qui se félicitent de n'être passés qu'à 50 voix près de faire tomber le gouvernement, avec l'aide des députés RN.
"L'affaire Bayou" tétanise (encore et toujours) les écologistes
"Normalement, on n'a pas de réunion le mercredi matin..." Mais depuis "l'affaire Bayou", rien ne se passe "normalement" chez les écolos. Ce 26 octobre en fin de matinée, les députés du groupe écologiste ont été expressément conviés à un "huis clos" de dernière minute, qui s'est éternisé bien au-delà de l'heure de midi. La raison ? Un article problématique sur le site Reporterre où la vie privée de Julien Bayou y est racontée sans bienséance, et où son ex-compagne dénonce une "torture psychologique". Une réunion secrète à laquelle le principal intéressé a assisté, mais aussi Sandrine Rousseau qui l'avait, la première, accusé publiquement pour son comportement avec les femmes. Aux députés verts d'évoquer, à la manière d'une thérapie collective, si ces pseudo-révélations faisaient évoluer l'état de la situation de Julien Bayou aujourd'hui, et si sa mise en retrait devait perdurer dans le temps puisque rien n'apparaît pénalement répréhensible. Mais seule la cellule d'enquête sur les violences sexuelles et sexistes interne à EELV pourra trancher, elle qui traîne toujours autant à se prononcer sur cette histoire.
Retailleau, Ciotti, Pradié... Ça se tend !
Enfin un peu de piment. La campagne interne de LR se durcit. Après avoir critiqué certaines propositions de ses concurrents en matière régalienne, Aurélien Pradié est ciblé par l'entourage de Bruno Retailleau. On demande au secrétaire général du parti de quitter ses fonctions le temps de sa campagne. Julien Dive, proche de Pradié, rétorque : "Bruno Retailleau préside toujours le groupe LR au Sénat. Les sénateurs LR ont été verrouillés sur les parrainages dans la campagne interne." En parallèle, le camp Ciotti goûte peu la campagne numérique des soutiens de Bruno Retailleau, qui associent parfois le député des Alpes-Maritimes à Nicolas Sarkozy, favorable à un accord de gouvernement avec Emmanuel Macron. "Il y a des angles à arrondir régulièrement", confie la présidente de LR Annie Genevard.
Il faut sauver le soldat Béchu
Les temps sont durs pour le ministre de la Transition écologique. Plutôt inexistant sur le plan médiatique, Christophe Béchu suscite l'incompréhension - voire la colère - d'une partie des parlementaires Renaissance, exaspérés par le silence de celui qui est censé porter l'un des thèmes pilier du second quinquennat Macron. Coincé entre la Première ministre et sa collègue de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, l'ex-maire d'Angers aurait bien besoin d'air et d'appui. Son salut viendra peut-être du Palais Bourbon : le président de la commission Développement durable de l'Assemblée nationale, Jean-Marc Zulesi, tente de créer un groupe de soutien autour du patron du "ministère de l'impossible", afin de défendre sa cause, son action et l'aider à porter ses sujets. L'entreprise aurait un autre mérite : resserrer les liens entre Renaissance et Horizons, dont Béchu est le secrétaire général.
Entre Emmanuelle Ménard et Marine Le Pen, retour du froid polaire
Les relations ont toujours été compliquées entre Emmanuelle Ménard, la députée de l'Hérault, femme du maire de Béziers, et celle du Pas-de-Calais, Marine Le Pen, patronne du Rassemblement national. La faute à des divergences stratégiques - l'une, plus conservatrice, privilégiant l'union des droites, l'autre non - et à des tempéraments peu compatibles. Un froid polaire s'est de nouveau installé entre les deux femmes, selon des proches de Marine Le Pen, après un printemps placé sous le signe du réchauffement. Aux griefs passés s'en ajoutent désormais des plus récents : les prises de positions d'Emmanuelle Ménard en faveur de l'Ukraine et des sanctions contre la Russie (et ses critiques, en creux, des positions confuses de ses voisins d'extrême droite) et son refus d'être rattachée de près ou de loin au groupe RN.
Pour couronner le tout, le député lepéniste Pierre Meurin a débauché l'ancienne collaboratrice d'Emmanuelle Ménard sous la précédente mandature, Philippine Rambaud : une pratique courante mais peu élégante entre alliés.
