Sa nomination est-elle synonyme de continuité, alors qu'Emmanuel Macron semblait faire le choix de la nouveauté ? Ce lundi 23 mai, Jean-Marc Huart, recteur de la région académique Grand-Est et de l'académie de Nancy-Metz, a été nommé directeur de cabinet de Pap Ndiaye, le nouveau ministre de l'Education nationale. "Il a la qualité de bien connaître le système éducatif, et sera un atout important pour son ministre qui, bien qu'il connaisse sûrement les questions d'éducation, n'est pas au fait du fonctionnement de la maison", réagit Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat des enseignants de l'UNSA, deuxième organisation du premier et du second degré. "C'est quelqu'un qui est respecté au sein de l'Education nationale, et qui en connaît bien les rouages", abonde une ancienne cheffe de cabinet.
Il faut dire que Jean-Marc Huart a un CV bien garni. Conseiller du ministre de l'Education nationale Xavier Darcos entre 2007 et 2009, il devient en 2017 directeur général de l'enseignement scolaire (Dgesco), un poste clé au sein de l'administration. "C'est le patron de l'Education nationale, une sorte de vice-ministre qui pilote la politique décidée par le ministère à tous les niveaux : primaire, collège et lycée", explique Claude Lelièvre, historien de l'éducation. "Dans son cas toutefois, Jean-Marc Huart a été dans l'exécution, plutôt que dans la conception d'une ligne. Cela contraste fortement avec Jean-Michel Blanquer, au même poste entre 2009 et 2012, et qui était un véritable chef d'état-major", poursuit l'universitaire.
Les deux hommes se connaissent bien. Lorsque Jean-Michel Blanquer a été Dgesco, Jean-Marc Huart était alors son sous-directeur, chargé des lycées et de la formation professionnelle. "Ils ont une vraie proximité idéologique et du respect mutuel. C'était rare de les voir en désaccord", témoigne un proche de l'ancien ministre. Alors quand Jean-Michel Blanquer devient locataire de la rue de Grenelle, ce dernier le propulse logiquement numéro 1 de la Dgesco. "Jean-Marc Huart est très marqué à droite. En le mettant aux côtés de Pap Ndiaye, on se demande quelle est la vision d'Emmanuel Macron en matière d'éducation", s'interroge un ancien cadre du ministère. "Pap Ndiaye, c'était un symbole de rupture. Là, on a l'impression de faire un retour en arrière, d'autant que Jean-Marc Huart a appliqué à la lettre la politique de Jean-Michel Blanquer", renchérit Sophie Venetitay, secrétaire générale Snes-FSU, premier syndicat dans le secondaire.
De son côté, une ancienne cheffe de cabinet se dit "préoccupée" par le rôle de Jean-Marc Huart dans l'affaire "Avenir Lycéen". Ce syndicat pro-gouvernement, crée en 2018, avait été épinglé par Mediapart et Libération en novembre 2020, pour son train de vie fastueux permis grâce aux subventions du ministère de l'Education nationale. A l'époque, certains membres disaient également avoir des relations régulières avec Jean-Marc Huart, au point que l'un des fondateurs avait décroché un poste de chargé de mission dans les services de ce dernier, à la Dgesco. "Nommé un ancien patron de la principale administration qui a baigné dans un tel scandale, ça n'envoie pas un bon signal", poursuit cette ancienne collaboratrice du ministère.
"Pas de procès d'intention"
Au-delà de la polémique, Stéphane Crochet attend de voir les orientations que va prendre le prochain ministère. "Jean-Marc Huart est un homme qui a des grandes qualités humaines, dont la capacité à dialoguer. La question est alors de savoir s'il sera bien le directeur d'une nouvelle politique, ou s'il est là pour assurer une continuité. Pour l'instant, on ne veut pas faire de procès d'intention", développe le secrétaire général du Se-Unsa. "C'est vrai que quand il était Dgesco, il était assez à l'écoute. Cela change de Jean-Michel Blanquer, avec lequel on avait souvent l'impression de parler dans le vent", ajoute Sophie Venetitay, qui précise qu'une réunion avec les syndicats est prévue demain au ministère.
Parmi les chantiers auxquels doivent s'adonner Jean-Marc Huart et Pap Ndiaye figurent alors la question de la revalorisation des salaires des professeurs, prévue à 10% d'ici 2023, ou encore celle du lycée professionnel, où le président a promis d'augmenter de 50% les périodes de stage en entreprise. "Entre 2013 et 2015, Jean-Marc Huart a été sous-directeur des politiques de formation et du contrôle au ministère du Travail. Je pense que s'il a été sollicité au poste de directeur de cabinet, c'est en partie pour faire la jonction entre le milieu scolaire et le milieu professionnel, car très peu ont cette expertise", conclut Claude Lelièvre.
